‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 123 sur 240 · ACTE IV, SCÈNE V. ^n · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V. ^n

Ten croyois apporter les premières nouvelles.

PLACIDE

Grâces aux dieux, sans vous j'ai des amis fidèles. Mais ne différez plus à me la faire voir.

CLEOBrLE.

Qui, seigneur?

PLACIDE

Théodore.

CLEOBULE.

Est-elle en mon pouvoir?

PLACIDE

Ne me dite»-vous pas que vous l'avez sauvée ?

CLÉOBULE

Je vous le dirois, moi, qui ne l'ai plus trouvée !

PLACIDE

Quoi ! soudain par un charme elle avoit disparu?

CLÉOBULE

Puisque déjà ce bruit jusqu'à vous a couru.

Vous savez que sans charme elle a fui sa disgrâce. Que je n'ai pu trouver que Didyme en sa place : Quel plaisir prenez-vous à me le déguiser ?

PLACIDE

Quel plaisir prenez-vous, vous-même, à m'abuser. Quand Paulin de ses yeux a vu sortir Didyme ?

CLÉOBULE

Si ses yeux l'ont trompé , l'erreur est légitime ; Et si vous n'en savez que ce qu'il vous a dit. Écoutez-en, seigneur, un fidèle récit.

Vous ignorez encor la meilleure partie :

212 THÉODORE

Sous l'habit de Didyme elle-même est sortie. '

PLACIDE

Qui?

CLEOBULE.

Votre Théodore; et cet audacieux Sous le sien au lieu d'elle est resté dans ces lieux*

PLACIDE

Que dis-tu, Cléobule? ils ont fait cet échange !

CLEOBULE.

C'est uùe nouveautç qui doit sembler étrange. ...

PLACIDE

£t qui me porte encor de plus étranges coups.

> Je dois remarquer ici en général que toutes ces petites trompe» ries, dés changemens d'habits, des billets qu'on entend en un sens, et qui en signifient un autre .'^^ des oracles même à double entente, des méprises de subalternes qui ont mal vu , ou qui n'ont vu que la jnoitié d'un événement , sont des inventions de la tragédie moderne; inventions petites, mesquines, imitées de nos romans ; puérilités inconnues à l'antiquité , et dont il faut couvrir la faiblesse par quelque chose de grand et de tragique , comme vous avez vu dans /e» Horacea la méprise d*une suivante produire les plus grands moavemens. Lie vieil Horace n'est admirable , que parce qu'une domestique de la maison a été trop impatiente : c'est là créer beaucoup de rien : mais ici c'est entasser petitesses sur petitesses.

* Voltaire critique ici , avec un courage qui lui fait honneur, des moyens qu*i) a souvent employés dans ses pièces. La croix de diamant de Zaïre , le billet équivoque qu'elle reçoit de Nérestan , celui que Nanine écrit à Philippe Uombert , la lettre sans adresse d*Aménaïde à Tancrède , sont précisément ce qu'il appelle ici des inventions petites , mesquines , imitées de nos romans. II est vrai que ces défauts sont rachetés par de très grandes beautés ; mais c'est en cela que l'ordonnance de Voltaire n'est pas toajonrs approuvée des connaisseurs , et que le cabinet lui est souvent moins favorable que le théâtre. P.

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