ACTE IV, SCÈITE V. ai
Vois si c'est sans raison que f en étois jaloux ; Et ^ malgré les avis de ta &u&se prudence ^ Juge de leur amour par leur intelligence.
CLÉOBULE
J'ose en douter encore , et je ne vols pas bien Si c'est zèle d'amant ^ ou fui*eur de Chrétien.
PLACIDE
Non , non ,' ce téméraire , au péril de sa tête , A mis en sûreté son illustre conquête :
Par tant de feints mépris elle qui t'abusoit Lui conservoit ce coeur qu'elle me refusoit , Et ses dédains cachoient une faveur secrète , Dont tu a'étoîs pour moi qu'un aveugle interprète. L'oeil d'un amant jaloux a bien d'autres clartés ; Les cœurs pour ses soupçons n'ont point d'obscurités; Son amour lui£iit jour jusquds au fond d'une âme , Pour y lire sa perte ^ écrite en traits de flamme. Elle me disoit bieh^ l'ingrate, que son Dieu Sauroit , sans mon secours , la tirer de ce lieu ; Et , sûre qu'elle étoit de celui de Didyme , A se servit du mien elle eut cru faire lin crime. Mais auroit-<m bien pris pour générosité L'impétueuse ardeur de sa témérité ?
Après un tel affront et de telles offenses , M'aur<Ht-on envié la douceur des vengeances?
CLEOBULE.
Vous le verriez déjà si j'avois pu souffrir Qu'en cet habit de fille on vous le vint offrir. Tai cru que sa valeur et l'éclat de sa race Pouvoient bien mériter cette petite grâce ;
2t4 THÉODORE.
Et vous pardonnerez à ma vieille amitié Si jusque-là , seigneur^ elle étend sa pitié. Le voici qu'Amintàs vous amène à main-forte.
PLACIDE
Pourrai-je retenir la fureur qui m'emporte ?
CLEOBULE.
Seigneur^ réglez si bien ce violent courroux, Qu'il n'en échappe rien trop indigne de vous.