ACTE IV, SCÈNE VI. 2i
Âaroîent*ils contre moi choisi ton ministère ? Et, pour mieux t'enhardir à me voler mon bien , T'auroient-ils promis grâce, appui, faveur, soutien? Aurois-*tu bien uni leurs fureurs à ton zèle , Son amant tout ensemble , et l'agent de Marcelle? Qu'en às-tu fait, enfin? où me la cachesr-tu ?
DIDYME
De rechef jugez mieux de la même vertu*
Je n'ai rien entrepris , ni comme amant fidèle ,
Ni comme impie agent des fureurs de Marcelle ,
Ni sous l'espoir flatteur de quelque impunité ,
Mais par un pur effet de générosité :
Je le nommerois mieux , si vous pouviez comprendre
Par quel zèle un Chrétien ose tout entreprendre.
La mort, qu'avec ce nom je ne puis éviter.
Ne vous laisse aucun lieu de vous inquiéter :
Qui s'apprête à mourir , qui court à ses supplices ,
N'abaisse pas son âme à ces molles délices ;
Et , prêt de rendre compte à son juge étemel ,
Il craint d'y porter même un désir criminel.
J'ai soustrait Théodore à la rage insensée ,
Sans blesser sa pudeur de la moindre pensée :
Elle fuit, et sans tache , où l'inspire son Dieu :
Ne m'en demandez point ni l'ordre ni le lieu :
Comme )e n'en prétends ni faveur, ni salaire ,
J'ai voulu l'ignorer, afin de le mieux taire.
PLACIDE
Ah ! tu me £iis ici des contes superflus :
J'ai trop été crédule , et je ne le suis plus.
Quoi! sans, rien obtenir, sans même rien prétendre ,
2i6 THÉODORE.
Un zèle de. Chrétien t'a fait tout entreprendre ?
Quel prodige pareil s'est jamais rencontre?
DIDYME
Paulin vous aura dit comme je suis entré ; Prêtez l'oreille au reste, et. punissez ensuite Tout ce que vous verrez de coupable en sa fuite.
PLACIDE
Dis , mais en peu de mots , et sûr que les tourments M'auront bientôt vengé de tes déguisem^its.
DIDYME
La princesse à ma vue également atteinte
D'étonnement , d'horreur, de colère, et de crainte,
 tant de passions exposée à la fois,
A perdu quelque temps l'usage de la voix;
Aussi j'avois l'audace encor sur le visage.
Qui parmi ces mutins m'avoit donné passage.
Et je portois encor sur le front imprimé
Cet insolent orgueil dont je l'avois armé.
Enjfin, reprenant cœur, w Arrête, me dit-elle,
« Arrête » , et m'alloit faire une longue querelle ;
Mais pour laisser agir l'erreur qui la surprend
Le temps étoit trop cher, et le péril trop grand ;
Donc, pour la détromper : <« Non, lui dis-je, madame,
c( Quelque outrageux mépris dont vous traitiez ma flamme^
K Je n^ viens point ici comme amant indigné
« Me venger de l'objet dont je fus dédaigné ;
w Une plus sainte ardeur règne au cœur de Didyme; '
« Il vient de votre honneur se faire la victime,
(( Le payer de son sang , et s'exposer pour yous
« A tout ce qu'oseront la haine et le courroux. |