VALENS, PAULIN
VALENS
Ah ! Paulin, est-ce une vérité ?
Est-ce une illusion ? est-ce une rêverie ?
Viens-je d'ouïr la voix de Marcelle en furie ? Ose-t-elle traîner Théodore à la mort? , .
PAULIN
Oui , si Valens n'y fait un généreux effort.
VALENS
Quel effort généreux veux-tu que Valens fesse , Lorsque de* tous côtés il né voit que disgrâce ?
PAIJLIN. ' " ^ ' . *
Faites voir qu'en ces lieux c'est vous qui gôuvemeB, Qu'aucun n'y doit périr si vous ne l'ordonnez. La Syrie à vos lois est-ellé assujettie Pour souffrir qu'une femme y soitt jugQ et partie ? Jugez de Théodore.
•£t qu'en puis-je ordonner Qui dans mon triste sort ne serve à me gêner? Ne la condamner pas ^ c'est me perdre avec elle ,
a3o THÉODORE.
C'est m'exposer en butte aux fureurs de Marcelle ,
Au pouvoir de son frère, au courroux des Césars,
Et pour un vain effort courir mille hasards.
La condamner d'ailleurs, c'est faire un parricide.
C'est de ma propre main assassiner Placide,
C'est lui porter au cœur d'inévitaUes coups.
PAULIN
Placide donc, seigneur, osera plus que vous. t>
Marcelle a fait armer Lycante et sa cohorte ; Mais sur elle et sur eux il va fondre à main-forte , Résolu de forcer pour cet objet charmant Jusqu'à votre palais et votre appartement.
Prévenez ce désordre , et jugez que! carnage Produit le désespoir qui s'oppose à là rage , • Et combien des deux parts l'amour et la fureur Étaleront ici de spectacles d'horreur.
N'importe, laissons faire et Marcelle et Placide.
Que l'amour en furie, ou la haine en décide ;
Que Théodore en meure ou ne périsse pas ,
J'aurai lieu d'excuser sa vie ou son trépas.
S'il la sauve , peut-être on trouvera dans Rcume
Plus de cœur que decrime à l'ardeur d'un jeune homme.
Je l'en d^savourai , j'irai l'en accuser,
I«ies pousser par ma plainte à le favoriser ,
A plaindre son malheur en blâmant son audace :
César même pour lui me dema|&dera grâce ;
Et cette illusion de ma sévérité
Augmentera ma gloire et mon autorité.