‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 135 sur 240 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

EUe semble à tous deux porter un diadème ; Vous en êtes jaloux comme d^un bien suprême; L'un et l'autre de moi s'efforce à l'obtenir : Je puis vous immoler^ et ne puis vous punir; Et quelque sang qn'épande une mère aàtigée^ Ne vous punissant pas ^ elle n'est pas vengée. Toutefois Placide aime , et votre châtiment Portera sur son cœur ses coups plus puissamment; Dans ce gouffre de maux c'est lui qui m'a plongée, Et si je l'en punis, je suis asaez vengéel

THEOnORS,, à Diéyme.

J'ai donc enfin gagné, Didyme, et tu le vois ; L'arrêt est prononcé, c'est moi dont on fait choix. C'est moi qu'aime Placide, et ma mort te délivre/

DIDYME

Non, non, si vous mourez^ Didyme vous doit suivre.

MARCELLE

Tu la suivras, Didyme , et je suivrai tes voeux ; Un déplaisir si grand n'a pas trop de tous deux. Que ne puis-je aussi-bien immoler à Flavie Tous les Chrétiens ensemble , et toute la Syrie ! Ou que ne peut ma haine avec un plein loisir Animer les bourreaux qu'elle sauroit choisir, Repattre mes douleur^ d'une mort dure et lente, Vous la rendre à la fois et cruelle et traînante. Et parmi les tourments soutenir votre sort Pour vous faire sentir chaque, jour une mort ! Mais je sais le secours que Placide prépare; Je sais l'effort pour vous que fera ce barbare; Et ma triste vengeance a beau sç consulter.

Il me faut, ou la perdre, ou la précipiter; Hâtons^la donc, Lycante, et couron*-y sur l'heure : La plus prompte des morts est ici la meilleure; N'avoir pour y descendre à pousser qu'un soupir, ,. C'est mourir doucement, mais c'est enfin mourir; Et, lorsqu'un grand obstacle à nos fureurs s'oppose, Se venger à demi c'est du moins quelque chose. Amenez-les tous deux. r

PAULIN

* Sans l'ordre de Valens?

Madame, écoutez moins des transports si bouillants; Sur son autorité c'est beaucoup entreprendre.

MARCELLE

s'il en demande compte, est-K^e à vous de le rendre? Paulin, portez ailleurs vos conseils indiscrets^ Et né prenez souci que de vos intérêts.

THÉODORE, à Didyme.

Ainsi de ce combat, que la vertu nous donne.

Nous sortirons tous deux avec une couronne.

DIDYME

Oui, madame, on exauce et vos vœux et les miens. Dieu

MARCELLE

Vous suivrez ailleurs de si doux entretiens.

Amenez4es tous deux.

' PAULIN, fteul.

Quel orage s'apprête !

Que je vois se former une horrible tempête!

Si Placide survient, que de sang répandu !

Et qu'il en répandra s'il trouve tout perdu !

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