SCÈNE IX
VALENS, PLACIDE, CLÉOBULE, PAULIN, STÉPHANIE, TROUPE de soldats.
VALENS
Cleobule , quel sang ooule sur ^s habits?
CLEOBULE.
Le sien propre^ seigneur.
VALENS
Ah ! Placide ! ah i mon filsl
• PLACIDE
Retire-toi , cruel !
' Cette fin est funeste, mais elle n'est nullement touchante : poui^ c[aoi? parce qu'on ne s'intéresse à personne. A quoi bon intituler tragédie chrétienne ce malheureux ouvrage? Supposons que Théodore fût de la religion de ses pères , Marcelle n'en est pas moins furieuse de la perte de sa fille , que Placide a déda^née , et qui est morte, dé la fièvre ; elle n'en tue pas moins Théodore ; elle ne s'en tue pas moins elle-même ; Placide aussi ne s'arrache pas moins la vie , et le tout aux yeux du maître de la maison , le plus imbécile qu1)n ait jamais mis sur le théAtre tragique : voili qiMtre morts violentes , et tout est froid. U ne suffit pas de répandre du «ang , il faut que l'âme du spectateur soit contiouellèment remuée en faveur de ceux dont le sang est répandu. Ce n'est pas le meurtre qui touche, c'est l'intérêt qu'on prend aux malheureux. Jamais Corneille n'a cherché cette grande et principale partie de la tragédie ; il a donné tout à l'intrigue, et souvent à Tintrigue plus embrouillée qu'intéressante : il a élevé l'âme quelquefois , il a excité l'admiration ; il a presque toujours négligé les deux grands pivots du tragique , la terreur et la pitié ; 'il a fait très rarement répandre ^es larme^
336 THÉODORE
VALENS
Cet ami si fidèle N'a pu rompre le coup qui t'immole à Marcelle ! Qui sont les assassins?
CLEOBULK.
Son propre désespoir.
YALENS.
Et vous ne deviez pas le craindre et le prévoir ?
CLEOBULE.
Je l'ai craint et prévu jusqu'à saisir ses armes ; Mais comme après ce soin j'en avois ml>in» d'alarmes. Embrassant Théodore , un fiuieste hasard A.&it dessous sa main rencontrer ce poignard ^ Par où ses déplaisirs trompant ma prévoyance. •••
VALENS
Ah ! falloit-il avoir si peu de défiance ?
PLACIDE
Rends-en grâces au ciel , heureux père et mari ;
Par là t'est conservé ce pouvoir si chéri ,
Ta dignité dans l'âme à ton fils préférée j
Ta propre vie enfin par là t'est assurée ,
Et ce sang , qu'un amour pleinement indigné
Peut-être en ses transports n'auroit pas .épargné.
Pour ne point violer les droits de la naissance ,
Il falloit que mon bras s'en mît dans l'impuissance ;
C'est par là seulement qu'il s'est pu retenir ,
Et je me suis puni de peur de te punir.
Je te punis pourtant, c'est ton sang que je verse ; Si tu m'aimes encor; c'est ton sein que je perce ; Et c'est pour te punir que je viens en ces lieux.