LAONICE, TIMAGÈNE
LAOKICi:.
Enfin ce jour pompeux, cet heureux jour nous luit, Qui d'un trouble si long doit dissiper la nuit;; ^
1 A CQ magnifique début,* qui annonce la réunion entre la Perse et la Syrie et la nomination d'un roi , etc. , on croirait que ce sont des princes qui parlent de ces grapds iutéréls ( quoiqu'un prince nB dise guère qu'un jour est pottpeuic) : ce sont malheureusement deux subalternes qui ouvrent la pièce. Corneille, dans son examen, dit qu'on lui reprocba cette faute : il était presque le seul qui eût appris aux Français à ;ager ; avant lui , on n'était pas difficile. 1\ n'y a guère de connaisseurs , quand il n'y a point de modèles.
Ijiea défauts de cette exposition sont, i°. qu'on ne sait point qui pftvle; •<>. qtt'oB-ne s»it point de qui l'on parle; $<*# qu'on ne sait point où l'on parle. Les premiers vers doivent mettre le spectateur au fait y autant qu'il est possible*
Ce grand jour où Thymen, étouffant la vengeance^
Entre le Parthe et nous remet rintelligénce ,
Affranchit sa princesse , et nous fait pour jamais
Du motif de la guerre un lien de la paix;
Ce grand jour est venu, mon frère, où notre reine,
Cessant de plus tenir la couronne incertaine ,
Doit rompre aux yeux de tous son silence obstiné , '
De deux princes jumeaux nous déclarer l'aîné :
Et l'avantage seul d'un moment de naissance ,
Dont elle a jusqu'ici caché la connoissance ,
Mettant au plus heureux le sceptre dans la main.
Va faire l'un sujet, et l'autre souverain.
Mais n'admirez-vous point que cette même reine
Le donne pour époux à l'objet de sa haine , *
Et n'en doit faire un roi qu'afin de couronner
Celle que dans les fers elle aimoit à gêner ? '
* Quelle reine ? elle n'est.pas nommée dans cette scène. * On ne dit point que l'on soit en Syrie , et il faudrait le dire d'abord.
* Sa haine se rapporte à V époux , qui est le substantif le plus voisin ; cependant Fauteur entend la haine de Cléopâtre : ce sont de ces fautes de grammaire dans lesquelles Corneille, qui ne châtiait pas son style , tombe souvent , et dans lesquelles Racine ne tombe jamais depuis jéndromaque.
S Le mot gêner -ne signifie , parmi nous, c\pi embarrasser , inquiéter c ainsi Pyrrhus dit à Andromaque , Jh ! que vous me gênez / Il vient, à la vérité , originairement de géhêne , vitaux mot tiré de la Bible , qui signifie torture , prison ; mais jamais il n'est pris en ce dernier sens.
* Corneille en donne une raison dans Targument qui précède la pièce. Il craignit que Ton ne confondit la Cléopâtre de Syrie avec celle d'Egypte » beaucoup pins célèb):e. Cette excuse- ne couvre pas le défaut ; une exposi* tion plus claire et plus soignée n*eût permis ancniie méprise» P.