‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 155 sur 240 · SÉLEUCUS, ANTIOCHUS, TIMAGÈNE, LAONICE · texte numérisé non relu

SÉLEUCUS, ANTIOCHUS, TIMAGÈNE, LAONICE

SELEUCUS

Vous puis-je en confiance expKquer ma pensée? '

ANTIOCHUS

Parlfez ; notre amitié par ce doute est blessée.

SELEUCUS

Hélas ! c'est le malheur que je crains aujourd'hui. L'égalité, mon frère, en est le ferme appui; C'en est le fondement , la liaison , le gage ; Et, voyant d'un côté tomber tout l'avantage.

Avec juste raison je crains qu'entre nous deux L'égalité rompue en rompe les doux nœuds , Et que ce jour fatal à l'heur de notre vie Jette sur l'un de nous trop de honte ou d'envie. *

ANTIOCHUS

Comme nous n^avons eu jamais qu'un sentiment. Cette peur me touchoit, mon frère, également; Mais , si vous le voulez, j'en sais bien le remède. ^

1 On ne sait point encore que c*e8t Sélencns qui parle. H était aisé de remédier à ce petit défaut.

• Pourquoi trop de honte ? y a-t-il de la honte à n'être pas Fainé? et s^il est honteux de ne pas régner , pourquoi céder le trône si vite?

S Ce Ters est de la hante comédie. On a déjà dit que cet usage dura trop loog-tçmps.

SELEUGUS.

Si je le veux ! bien plus , je l'apporte^ et vous cède Tout ce que la couronne a de charmant en soi. ' Oui^ seigneur , car je parle à présent à mon roi^ ' Pour le trône cédé , cédez-moi Rodogune , Et je n'en virai point votre haute fortune.

Ainsi notre destin n'aura rien de honteux^ Ainsi nôtre bonheur n'aura rien de douteux; Et nous mépriserons ce foible droit d'aînesse > Vous , satisfait du trône , et moi , de la princesse.

ANTIOCHUS

Hélas!

SELEUGUS.

Recevez-vous l'offre avec déplaisir?

ANTIOCHUS

Pouvez-vous nommer offre une ardeur de choisir^ Qui y de la même main qui me cède un empire.

M'arrache un bien plus grand, et le seul où j'aspire ?

SELEUGUS.

ANTIOCHUS

Elle-même; ils en sont les témoins.

SELEUGUS.

Quoi! l'estimez-vous tant?

> n parait nngulier que Séleucus ait précisément la même idée que son frère. U y a beaucoup d'art à les représenter unis de Tamitié la plus tendre ; n'y en a-t~il point un peu trop à leur faire naître en même temps une idée si contraire au caractère de tous les princes? cela esl-il bien naturel? peut-être que non. Cepend.int les deux. frères intéressent; pourquoi? parce qu'ils s'aiment; et le specUtear ▼oit déjà dans quel embarras ils vont se prédpiter l'un et l'autre.

Page 1