‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 167 sur 240 · ACTE I, SCÈNE VIL agî · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIL agî

Mais cette indifférence est une aversion Lorsque je k comparé avec ma passion.

Étrange effet d'amour ! incroyable chimère ! * Je voudrois être à lui si je n aimois son frère j Et le plus grand des maux toutefois que je crains , C'est que nsion triste sort me Kvre entre ses mains.

Ne pourrai-je servir une si belle flamme ? *

KODOGUNE.

Ne crois pas en tirer le secret de mon âme : ' Quelque époux que le ciel veuille me destiner, C'est à lui pleinement que je veux me donner. De celui que je crains si je suis le partagé , Je saurai l'accepter avec même visage ; L'hymen me le rendra précieux à son tour, ^ Et le devoir fera ce qu'auroit fait l'amour,

t autre , comme on l'a déjà remarqué. Cex)endant ces quatre vers , tout éloignés qu'ils sont du style de la yéritable tragédie , furent toujours regardés comme un chef-d'œuvre du développement du cœur humain , avant qu'on vit les chefs-d'œuvi-e véritables de Racine en ce genre.

' Elle voudrait bien être i. Séleucus , si elle n*aimait pas Antio* chus ; ce n'est pas là une chimère incroyable : mais cet examen , cette dissertation , cette comparaison de ses sentimens pour les deux frères , ne sont-ils pas l'opposé de la tragédie ?

^ N'est-ce pas là un discours de soubrette ?

^ Tirer n'est pas noble ; cet en rend la phrase incorrecte et louche.

4 /4 son tour est de trop ; mais il faut rimer au mot amour : cette gêne extrême se fait sentir à tout moment.

294 RpDOGUNE.

Sans crainte qu'on reproche à mon ^luiiieur forcée

Qu'un autre qu un mari règne sur ma peusëe. '

LAONICE

Vous craignez que ma foi vous Fose reprocbc^r !

RODOCUNE.

Que ne puis-je à moi-même aussirbien le cacher ! *

LÀONIGE.

Quoi que vous me cachiez , aisément je devine; ' El, pour vous dire enfin ce que je m'imagine^ Le prince....

RODOGUNÏ.

Garde-toi de nominer mon vainqueur :

Ma rougeur trahiroit les secrets de moçi coeur ; *

' Ces vers sont dans le style comique. Racine seul a su ennoblir ces sentîmens qui demandent les tours les plus délicats.

*" Que ne pais-je â moi-même aussi-bien le cacber !

est 4*ane jeune fille timide et vertueuse qui craint d^'aimei; ; c'est au lecteur à voir si cette timide innocence s'accorde avec ces ^^jkaximes de politique que Rodogune a étalées , et suitout avec la conduite qu'elle aura.

' Quoi que vous me cacbiez , aisément je devine ,

est d'une soubrette.

4 Remarquez que tous les discours de Rodogune 4ont dans le caractère d'une jeune personne qui craint de s'avouer à çUe^znéme les sentimens tendres et bonnétes dont son cœur est toucbé. Cependant Rodogune n'est point jeune ; elle épousa Nicanor lorsque les deux frères étaient en bas âge ; ils ont au moins vingt ans. Cette rougeur, cette timidité, cette innocence, semblent donc un peu outrées pour son âge ; elles s'accordent peu avec tant de maximes de politique ; elles conviennent encore moins à une femme qui bientôt demandera la léte de sa belle-mère aux enfans même de cette belle-mére.

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