‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 217 sur 240 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CLÉOPATRE

Que tu pénètres mal le fond de mon courage !

Si je verse des pleurs , ce sont des pleurs de rage j

Et ma haine , qu'en vain tu crois s'évanouir.

Ne les a fait couler qu afin de t'éblouir.

Je ne veux plus que moi dedans ma confidence. '

Et toi crédule amant ^ que charme l'apparence.

Et dont l'esprit léger s'attache avidement

Aux attraits captieux de mon déguisement ,

Va , triomphe en idée avec ta Rodogune ,

Au sort des inunortels préfère ta fortime ,

Tandis que; mieux instruite en l'art de me venger.

En de nouveaux malheurs je saurai te plonger.

> On dit qii'aa théâtre on n'aime pas les scélérats. U n'y a point de criminelle plus odieuse que Cléopâtre , et cependant on se plaida la voir; du moins le parterre, qui n'est pas toujours composé de connaisseurs sévères et délicats , s'est laissé subjuguer quand une actrice imposante a joué ce rôle ; elle ennoblit l'horreur de son caractère par la fierté des traits dont Corneille la peint; on ne lui pardonne pas, mais on attend avec impatience ce qu'elle fera après avoir proinis Rodogun« et le trône à son fils Antiochus. Si Corneille a manqué à son art dans les détails, il à rempli le grand projet de tenir les esprits en suspens , et d'arranger tellement les événemens , que personne ne peut deviner le dénoûment de cette tragédie.

ft On a déjà averti qu'il faut dans , et non pas dedans. Mais pourquoi ne veut- elle plus de confidente? et pourquoi s'est-elle confiée? Elle ue le dit pas.

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