CLÉANDRE, MÉLISSE, LYSE
CLEANDRE.
Envers ce prisonnier as-tu fait cette feinte. Ma sœur?
MELISSE.
Sans me connoître, il me croit l'âme atteinte , Que je l'ai vu conduire en ce triste séjour) Que ma lettre et l'argent sont des effets d'amour j; Et Lyse , <iui l'a vu , m'en dit tant de merveillçs , Qu'elle £ùt presque entrer l'amour par les oreill^Si^
CLKANDRE.
Ah! si tu savois tout !
Elle ne laisse rien ; Elle en vante l'esprit^ la taille^ le maintien^ Le visage attrayant , et la façon modeste.
CLEANDRE.
Ah y que c est peu de chose au prix de ce qui reste !
MELISSE.
Que reste-t-il à dire ? Un courage invaincu?
CLEANDRE. ^
C'est le plus généreux qui jamais ait vécu j
C'est le cœur le plus noble, et l'âme la plus haute. ...
MELISSE. ^,
Quoi ! vous voulez , mon frère, ajouter à sa faute , Percer avec ces traits un cœur qu'elle a blessé , Et vous-même achever ce qu'elle a commencé ?
CLEANDRE.
Ma sœur, à peine sais^je encor comme il se nomme , Et je sais qu'on n'a vu jamais plus honnête homme , Et que ton frère enfin périroit aujourd'hui.
Si nous avions alOTaire à tout autre qu'à lui.
Quoique notre partie ait été si secrète Que j'en dusse espérer une sûre retraite , Et que Florange et moi, comme je t'ai conté , Afin que ce duel ne pAtétre éventé , * Sans prendre de seconds y l'eussions faite de sorte Que dbacun pour sortir choisit diverse porte , Que nous n'eussions ensemble été vus de huit jours , Que presque tout le monde ignorât nos amours ,