‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 23 sur 240 · ACTE II, SCÈBÏE H · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈBÏE H

Et (fie Toccasion me fut si fiivarable Que je vis Finnocent saisi pour le coupable ; Je crois te l'avoir dit, quil nous viut séparer, £t ({ue sur son cheval je sus me retirer.

Gomme je me moutrois^ afin que ma présence Donnât lieu d'en juger une entière innocence. Sur un bruit épandu que le dëfiint et moi D une même beauté nous adorions la loi^ Un prévôt soupçonneux me saisit dans la rue, Me mène au prisonnier , et m'expose à sa vue. Juge quel trouble j'eus de me voir en ces lieux : Ce cavalier me voit , m'examine des yeux , Me reconnoit , je tremble encore à le le dire ; Mais apprends sa vertu, chère. sœur, et l'admire.

Ce grand cœur, se voyant mon destin en la main. Devient pour me sauver à soi-même inhumain ; Lui qui souffre pour moi sait mon crime et le nie , Dit que ce qu'on m'impute est une calomnie , Dépeint le criminel de tout autre façon , Oblige le prévôt à sortir sans soupçon , Me promet amitié , m'assure de se taire.

Voilà ce qu'il a fait ; vois ce que je dois faire.

mÉIiISSE.

L'aimer, le secourir, et touSxdeuz avouer Qu'une teUe vertu ne se peut trop louer.

Si je l'ai plaint tantôt de souffrir pour mon crime , Cette pitié, ma sœur, étoit bien légitime :

Mais ce n'est plus pitié , c'est obligation , Et le devoir succède à la compassion.

Nos plus puissants secours ne sont qu'ingratitude ; Mets à les redoubler ton soin et ton étude ; Sous ce même prétexte et ces déguisements Ajoute à ton argent perles et diamants ; Qu'il ne manque de rien ; et pour sa délivrance Je vais de mes amis faire agir la puissance.

Que si tous leurs efforts ne peuvent le tirer , Pour m'acquitter vers lui j'irai me déclarer. Adieu. De ton coté prends souci de me plaire^ Et vois ce que tu dois à qui te sauve un frère.

MELISSE.

Je vous obéirai très ponctuellement. *

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