‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 233 sur 240 · ACTE V, SCÈNE IV. Sgî · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV. Sgî

Je mourrois ndUe fois; mais enfin mon récit Contient, sans rien de plus, ce que le prince a dit.

ANTIOCHUS

D'un et d'autire côté l'action est si noire ,

Que, n'en pouvant douter, je n'ose eneor la croire.

O quiconque des deux avez versé son sang.

Ne vous préparez plus à me percer le flanc.

Nous avons mal servi vos haines mutuelles , Aux jours l'une de l'autre également cruelles; * Mais si j'ai refusé ce détestable emploi , Je veux bien vous servir toutes deux contre moi : Qui que vous soyez donc , recevez une vie Que déjà vos fureurs m'ont à demi ravie.

(Il tire son éj)ée , et Teut se tuer.) ROpOGUNE.

Ah ! seigneur, arrêtez.

TIMAGENE.

Seigneur, que faites^vousi ?

ANTÏOCHXJS.

Je sers ou l'une ou l'autre, et je préviens ses coups.

CLÉOPATRE

vivez ^ régnez heureux.

ANTIOCHUS

Otez-moi donc de doute , ^ Et montrez-moi la main qu'il faut que je redoute. Qui pour m'assassiner ose me secourir.

Et me sauve de moi pour me faire périr.

» Dea haines cruelles aux Jours Vune de f autre ; cela n'est pas friinçais.

Puis-je vivre et traîner cette gêne éternelle , '

Confondre l'innocente avec la criminelle.

Vivre , et ne pouvoir plus vous voir sans m'alarmer,

Vous craindre toutes deux, toutes deux vous aimer?

Vivre avec ce tourment, c'est mourir à toute heure.

Tirez-moi de ce trouUe, ou souffrez cpie je meure.

Et que mon déplaisir, par un coup généreux ,*

Épargne un parricide à Tune de vous deux.

CLÉOPATRE

Puisque le même jour que ma main vous couronne Je perds un de mes fife, et Tautre me soupçonne. Qu'au milieu de mes pleurs, qu'il devroit essuyer, Son peu d'amour me force à me justifier.

Si vous n'en pouvez mieux consoler une mère Qu'en la traitant d'égale avec une étrangère , Je vous dirai, seigneur (car ce n'est plus à moi A nommer autrement et mon juge et mon roi).

Que vous voyez l'effet de cette vieille haine Qu'en dépit de la paix me garde l'inhumaine , Qu'en son cœur du passé soutient le souvenir. Et que j'avois raison de vouloir prévenir.

Elle a soif de mon sang, elle a voulu l'épandre : ^

* On ne traîne point une gène ; mais le discours d'Antlochus est si beau , que cette légère faute n'est pas sensible.

^ n faudrait désespoir plutôt que déplaisir,

3 Épandre était un terme beureux qu*on employait au besoiu , au lieu de répandre ; ce mot a vieilli*.

* A quelle époque un mot peut-il être censé assez yieilli pour qu'il ne soit plus d'usage ? Nous trouvons le mot épandre dans Boilean et dam

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