ACTE V, SCÈNE IV. SgS
J'ai prévu d'assez loin ce que j'en viens d'apprendre; Mais je vous ai laissé désarmer mon courroux.
(àRodogune.)
Sur la foi de ses pleurs je n'ai rien craint de vous > * Madame; mais, ô dieux ! quelle rage est la vôtre! Quand je vous donne un fils, vouwassassinez l'autre, Et m'enviez soudain l'unique et foible appui Qu'une mère opprimée eût pu trouver en lui !
Quand vous m'accablerez , où sera mon refuge ? Si je m'en plains au roi, vous possédez mon juge; Et s'il m'ose écouter , peut-être , hélas ! en vain Il Voudra se garder de cette même main.
Enfin je suis leur mère, et vous, leur ennepiie ; J'ai recherché leur gloire, et vous, leur infamie; Et si je n'eusse aimé ces fils que vous m'ôtez , Votre abord en ces lieux les eût déshérités.
C'est à lui maintenant, en cette concurrence , A régler ses soupçons sur cette différence , A voir de qui des deux il doit se défier , Si vous n'avez un charme à vous justifier. *
* Ce plaidoyer de Cléopâtre n'est pa$ sans adresse ; mais ce vaia artifice doit être senti par Antiochus , qui ne peut , en aucune façon , soupçonner Rodogune.
â Cela n'est pas français , et ce dernier vers ne finit pas heureusement une si belle tirade.
d antres bons auteurs du siècle de Louis XIV , qui semblent même l'aToir préféré quelquefois à répandre. Nous le trouvons dans îa Henriade :
De Doirs torrents de «oofre épandus dans les airs.
Permettons donc aux poètes de le rajeunir en remployant. P.
RODOGUNE> àCléopfttre.
Je me défendrai mal : l'innocence étonnée Ne peut s'imaginer qu'elle soit soupçonnée ; Et n'ayant rien prévu d'un attentat si grand , Qui l'en veut accuser sans peine la surprend. '
Je ne m'étonne jpoint de voir que votre haine Pour me faire coupable a quitté Timagène.
Au moindre jour ouvert de tout jeter sur moi , Son récit s'est trouvé digne de votre foi.
Vous l'accusiez pourtant, quand votre âme alarmée Craignoit qu'en expirant ce fils vous eût nommée : Mais de ses derniers mots voyant le sens douteux , Vous avez pris soudain le crime entre nous deux. Certes , si vous voulez passer pour véritable Que l'une de nous deux de sa mort soit coupable, Je veux bien par respect ne vous imputer rien; Mais votre bras au crime est plus fait que le mien; Et qui sur un époux fit son apprentissage A bien pu sur un fils achever son ouvrage.
Je ne dénîrai point, puisque vous les savez , De justes sentiments dans mon âme élevés :
Vous demandiez mon sang; j'ai demandé le vôtre :
' On n'a rien à dire sur ce» deux. plaidoyers de Cléopâtre et de Bodogune. Ces deux princesses parlent toutes deux comme elles doivent parler. La réponse .de Rodogune est beaucoup plus forte que le discours de Cléopâtre , et elle doit Fêtre : il n'y a rien à y répliquer, elle porte la conviction ; et Antiochus devrait en être tellement fraj^é, qu'il ne devrait peut-être pas dire , Non ,/> n'écoute rien : car , comment ne pas écouter de si bonnes raisons : mais j'ose dire que le parti que prend Antiochas est infiniment plus théâtral que s'il était simplement raisonnable.