ACTE II, SCÈNE IV. 5i
Il s'est bien converti dans un si long voyage; . C'est tout un autre esprit sous le même visage; Et tout ce qu'il débite est pure vérité , S'il ne ment quelquefois par générosité.
C'est le même qui prit Clarice pour Lucrèce , Qui fit jaloux Alcippe avec sa noble adresse ; Et , malgré tout cela , le même toutefois , Depuis qu'il est ici , n'a menti qu'une fois.
PHILISTE
En voudrois-tu jurer ?
CLITON
Oui, monsieur, et j'en jure Par le dieu des menteurs dont il est créature ; Et , s'il vou» iaut encore un serment plus nouveau^ Par l'hymen de Poitiers et le festin sur l'eau.
PHILISTE
Laissant là ce badin ^ ami, je vous confesse Qu'il me souvient toujours de vos traits de jeunesse ; Cent fois en cette ville aux meilleures maisons ' ^ J'en ai fait un bon conte en déguisant les noms; J'en ai ri de bon cœur , «t j'en ai bien fait rire ; Et, quoique maintenant je vous entende dire^ Ma mémoire toujours me les vient présenter.
Et m'en fait, un rapport qui m'invite à douter.
DORAIfTB.
Formez en ma faveur de plus saines pensées ; Ces petites humeurs sont aussitôt passées ; Et l'air du monde change en bonnes qualités Ces teintures qu'on prend aux uoiversilés.
PH1LI8TE
Dèft-lors^ à cela près, vous étiez en estime D'ayoir une âme noble, et grande , et magnanime.
CLITON-
Je le disois dès-lors ; sans cette qualité , Vous n'eussiez pu jamais le payer de bonté.
DORANTE
Ne te taira»-tu point ?
CLITON
Dis-je rien qu'il ne sache ?
Et fais-je à votre nom quelque nouvelle tache ? N'étoit-il pas, monsieur, avec Alcippe et vous Quand ce festin en Pair le rendit si jaloux?
Lui qui fiit le témoin du conte que vous fîtes , Lui qui vous sépara lorsque vous vous battîtes , Ne sait-il pas encor les plus rusés détours Dont votre esprit adroit bricola vos amours?
PHILISTE
Ami, ce flux de langue est trop grand pour se taire ; Mais , sans plus l'écouler , parlons de votre affaire.
Elle me semble aisée, et j'ose me vanter Qu'assez facilement je pourrai l'emporter :
Ceux dont elle dépend sont de ma connoissance , Et même à la plupart je touché de naissance.
Le mort étoit d'ailleurs fort peu considéré.
Et chez les gens d'honneur on ne l'a point pleuré. Sans perdre plus de temps, souffrez que j'aille apprendn Pour en venir à bout quel chemin il faut prendre. Ne vous chagrinez point cependant en prison,