‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 28 sur 240 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

DORANTE, CLITON

CLITON

Gomment va maintenant l'amour ou la folie ?

Cette dame obligeante au visage inconnu , Qui s'empare des cœurs avec son revenu.

Est-elle encore aimable? a-t-elle encor des charmes? Par générosité lui rendons^nous les armes?

DORANTE

Cliton, je la tiens belle, et m'ose figurer

Qu elle n'a rien en soi qu'on ne puisse adorer.

Qu'en imagines-tu?

CLITON

J'en fais des conjectures Qui s'accordent fort mal aveçque vos figures. Vous payer pçir avance^ et vous cacher son nom , Quoi que vous présumiez, ne marque rien de bon. Avoir ce qu'elle a fait, et comme elle procède.

Je jureroigy monsieur^ qu'elle est ou vieille ou laide ^ Peut-être Tune et l'autre , et vous a regardé Comme un galant commode ^ et fort incommodé.

DORANTE

Tu parles en brutal.

CLITON

Vous, en visionnaire.

Mais^ si je disois vrai , que prétendez-vous faire ?

DORANTE. '

Envoyer et la dame et les amours au vent.

CLITON

Mais vous avez reçu ; quiconque prend se vend.

DORANTE

Quitte pour lui jeter son argent à la tête.

CLITON

Le compliment est doux , et la défaite honnête. Tout de bon à ce coup vous êtes converti; Je le soutiens, monsieur, le proverbe a menti. Sans scrupule autrefois, témoin votre Lucrèce, Vous emportiez Targent, et quittiez la maîtresse; Mais Rome vous a fait si grand homme de bien , Qu'à présent vous voulez rendre à chacun le sien. Vous vous êtes instruit des cas de conscience.

Tu m'embrouilles l'esprit faute de patience.

Deux ou trois jours peut-être, un peu plus, un peu moins^

Éclairciront ce trouble, et purgeront ces soins.

Tu sais qu'on m'a promis que la beauté qui m'aime

Viendra me rapporter sa réponse elle-même :

Vois déjà sa servante , elle revient.

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