‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 5 sur 240 · ACTE I, SCÈNE I. ai · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. ai

DORANTE

Donc à deux cavaliers je vois tirer Tépée ; Et, pour eu empêcher rév«nement fatal , Je cours la mienne au poing, et d^cends de cheval. L'un et l'autre , voyant à quoi je me prépare , Se hâtent d'achever avant qu'on les sépare , Pressent sans perdre temps , si Hen qu'à mon ahoxd D'un coup que l'un allonge il blesse l'autre à mort* Je me jette au blessé , je l'embrasse , et j'essaie Pour arrêter son sang de lui bander sa plaie ; L'autre , sans perdre temps en cet événement, Saute sur mon cheval , le presse vivement , Disparoît, et mettant à couvert le coupable.

Me laisse auprès du mort faire le charitable.

Ce fut en cet état , les doigts de sang souillée , Qu'au bruit de ce duel trois sergents éveillés^. Tout gonflés de l'espoir d'une bonne lippée.

Me découvrirent seul , et la main à l'épée.

Lors, suivant du métier le serment solennel.

Mon argent fat pour eux le premier criminel ; Et, s'en étajit saisis aux premières approches. Ces messieurs pour prison lui donnèrent leurs poches; Et moi, non sans couleur, encor qu'injustement. Je fus conduit par eux en cet appartement.

Qui te fait ainsi rire ? et qu'est-ce que tu penses?

CLITON

Je trouve ici, monsieur, beaucoup de circpnsunites. : Vous en avez sans doute un trésor infini ; Votre hymen de Poitiers n'en fat pas mieux fpurni; Et le cheval surtout vaut en cet*te rencoiUre , ,

Le pistolet ensemble , et Tépée , et la montre.

DORANTÏ.

Je me suis bien défait de ces traits d'écolier

Dont Fusage autrefois m'étoit si familier;

Et maintenant, Cliton, je vis en honnête homme.

CLITON

Vous êtes amendé du voyage de Rome; Et votre âme en ce lieu , réduite au repentir, Fait mentir le proverbe en cessant de mentir. Ah ! j'aurois plutôt cru. . . .

DORANTE

Le temps m'a fait connottre Quelle indignité c'est, et quel mal en peut naître.

CLITON

Quoi ! ce duel, ces coups si justement portés, Ce cheval, ces sergents....

Autant de vérités.

CLITON

J'en suis fâché pour vous, monsieur, et surtout d'une. Que je ne compte pas à petite infortune :

Vous êtes prisonnier, et n'avez point d'argent; Vous serez criminel.

DORANTE

Je suis trop innocent.

CLITON

Ah! monsieur, sans argent est-il de l'innocence?

DORANTE-

Fort peu; mais dans ces murs Philiste a pris naissance^ Et comme il est parent des premiers magistrats.

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