‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 4 sur 240 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Et y rongeant; dans son cœur son déplaisir secret ^ D'un visage content prend le change à regret. L'éclat d'un tel affront l'ayant trop décriée , Il n'est à son avis que d'être mariée ; . , ;

Et comme en un naufrage on se prend où l'on peut. En fille obéissante elle veut ce qu'on veut.

Voilà donc le bonhomme enfin à sa seconde , C'est-à-dire qu'il prend la poste à Fautre monde j Un peu moins de deux mois le met dans le cercueil.

DORANTE

J'ai su sa mort à Rome , où j'en ai pris le d^uil.

CLITON

Elle a laissé chez vous un diable de ménage : • Ville prise d'assaut n'est pas mieux au pillage ; La veuve et les cousins , chacun y fait pour soi , Comme fait un traitant pour lés deniers du roi j Où qu'ils jettent la main ils font rafles entières; , , Us ne pardonnent pas même au plomb des 'gouttières; Et ce sera beaucoup si vous trouvez chez vous , Quand vous y rentrerez , deux gonds et quatre clous. J'apprends q^'pn vous a vu cependant à Florence^ Pour vous donner avis je pars en diligence ; Et je suis étonné qu'en entrant dans Lyon Je vois courir du peuple avec émotion ; Je veux voir ce que c'est ; et je vois , ce me semble , Pousser dans la prison quelqu'un qui vous ressemble ; On m'y permet l'entrée ; et ,. vous trouvant ici , Je trouve en même temps mon voyage accourci.

Voilà mon aventure j appi:ene^moi la vôtre. . .

DORANTE

La mienne est bien étrange,' onme prend pour unautre.

CLÏTON.

J'eusse osé le gager. Est-ce meurtre , ou larcin ?

DORANTE

Suis-je fait en voleur, ou bien en assassin?

Traître, en ai-je Thabit, ou la mine, ou la taille?

CLITON

Connnoît-on à l'habit aujourd'hui la canaille ? Et n'est-il point, monsieur, à Paris de filous Et de taille et de mine aussi bonnes que vous ?

DORANTE

Tu dis vrai, mais écoute. Après une querelle Qu'à Florence un jaloux me fit pour quelque belle , J'eus avis que ma vie y couroit du danger :

Ainsi donc sans trompette il fallut déloger.

Je pars seul et de nuit, et prends ma route en France^ Où , sitôt que je suis en pays d'assurance , Comme d'avoir couru je me sens un peu las , J'abandonne la poste , et viens au petit pas. Approchant de Lyon je vois dans la campagne. ...

CLITON, bas.'

N'aurons-nous point ici de guerres d'Allemagne ?

DORANTE

Que dis-tu?

CLITON

Rien, monsieur, je gronde entre mes dents Du malheur qui suivra ces rares incidents ; J'en ai l'âme déjà toute préoccupée.

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