ACTE IV, SCÈNE L
LYSE
Il VOUS auroit donné fort avant dans la vue.
Quel brait et quel édat n'eût point Êiit son courroux !
LYSE
Il eut été peut'-étre aussi honteux que vous.
Un homme un peu content et qui s'en fait accroire , Se voyant méprisé, rabat bien de sa gloire , Et surpris qu'il en est en telle occasion , Toute sa vanité tourne en confusion.
Quand il a de l'esprit, il sait rendre le change ; , Loin dé s'en émouvoir en raillant il se venge , AflFecte des mépris, comme pour reprocher Que- la perte qu'il fait ne vaut pas s'en fâcher ; Tant qu'il peut, il témoigne une âme indifférente. Quoi qu'il en* soit enfin, vous avez vu Dorante^ Et fort adroitement je vous ai misé en jeu.
MÉLISSE
Et fort adroitement tu m'as fait voir son feu.
LYSE
Eh bien ! mais que vous semble encor du personnage? Vous en ai-je trop dit ?
MELISSE.
J'en ai vu davantage.
LYSE
Avez-vous du regret d'avoir trop hasardé?
MELISSE.
iîNn'ai qu'un déplaisir, d'avoir si peu tardé.
LYSE
Vous l'aimez?
MÉLIS8E.
Je l'adore. ^^
Et croyeÉ qu'il vous aim^ ? |
MÉLISSE
Qu'il m'aime^ et d'une amour, comme la mienne, extremj
LYSE
Une première vue , un moment d'entretien , Vous Élit ainsi tout croire, et ne douter de rien !
MELISSE»
Quand les ordres du ciel nou& ont Êult l'un pour l'autre , Lyse , c'est un accord bientôt Êiit que le nôtre :
■ Si la Suite du Menteur est tombée, ces yen ne le sont pas; presque tous les connaîssenrs les savetit par cœar : c'est la même pensée ^qu'on voit Am^b Rodogune ; et cela prouve qae les mêmes choses conviennent quelquefois à la comédie et à la tragédie : mais la comédie a sans doute plus de droit à ces petits morceaux naïfs et galans *, Celui-ci a toujours passé pour achevé : il p'y a que ce vers ,
Et ,' sans slnqniéter de mille peurs frivoles ,
qui dépare un peu ce joli couplet.
Nous avons, déjà remarqué combien la rime entraîne de mauvais ▼ers y et avec quel soin il faut empêcher que de deux vers il j en ait un pour le sens , et l'autre pour la rime.
* Corneille affectionnait beaucoup cette pensée sur les sympathies : non seulement il Ta employée ici et dans Rodogune, mais il avait déjà dit, dans t Illusion 4^mique : P.
Souvent je ne sais ^oî , qse le ciel noas inspire ,
Soulève tout le cœur contre ce qn*on dësire ,
Et ne nons laissé pas en -état d*obéir ,
Quand on choisit pour i^ons ce qn^il nons faut haïr.
Il attache ici-bas avec des sympathies
Les âmes que son ordre a là-liaut assorties , etc.