‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 50 sur 240 · ACTE IV, SCÈNE L · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE L

LYSE

Il VOUS auroit donné fort avant dans la vue.

Quel brait et quel édat n'eût point Êiit son courroux !

LYSE

Il eut été peut'-étre aussi honteux que vous.

Un homme un peu content et qui s'en fait accroire , Se voyant méprisé, rabat bien de sa gloire , Et surpris qu'il en est en telle occasion , Toute sa vanité tourne en confusion.

Quand il a de l'esprit, il sait rendre le change ; , Loin dé s'en émouvoir en raillant il se venge , AflFecte des mépris, comme pour reprocher Que- la perte qu'il fait ne vaut pas s'en fâcher ; Tant qu'il peut, il témoigne une âme indifférente. Quoi qu'il en* soit enfin, vous avez vu Dorante^ Et fort adroitement je vous ai misé en jeu.

MÉLISSE

Et fort adroitement tu m'as fait voir son feu.

LYSE

Eh bien ! mais que vous semble encor du personnage? Vous en ai-je trop dit ?

MELISSE.

J'en ai vu davantage.

LYSE

Avez-vous du regret d'avoir trop hasardé?

MELISSE.

iîNn'ai qu'un déplaisir, d'avoir si peu tardé.

LYSE

Vous l'aimez?

MÉLIS8E.

Je l'adore. ^^

Et croyeÉ qu'il vous aim^ ? |

MÉLISSE

Qu'il m'aime^ et d'une amour, comme la mienne, extremj

LYSE

Une première vue , un moment d'entretien , Vous Élit ainsi tout croire, et ne douter de rien !

MELISSE»

Quand les ordres du ciel nou& ont Êult l'un pour l'autre , Lyse , c'est un accord bientôt Êiit que le nôtre :

■ Si la Suite du Menteur est tombée, ces yen ne le sont pas; presque tous les connaîssenrs les savetit par cœar : c'est la même pensée ^qu'on voit Am^b Rodogune ; et cela prouve qae les mêmes choses conviennent quelquefois à la comédie et à la tragédie : mais la comédie a sans doute plus de droit à ces petits morceaux naïfs et galans *, Celui-ci a toujours passé pour achevé : il p'y a que ce vers ,

Et ,' sans slnqniéter de mille peurs frivoles ,

qui dépare un peu ce joli couplet.

Nous avons, déjà remarqué combien la rime entraîne de mauvais ▼ers y et avec quel soin il faut empêcher que de deux vers il j en ait un pour le sens , et l'autre pour la rime.

* Corneille affectionnait beaucoup cette pensée sur les sympathies : non seulement il Ta employée ici et dans Rodogune, mais il avait déjà dit, dans t Illusion 4^mique : P.

Souvent je ne sais ^oî , qse le ciel noas inspire ,

Soulève tout le cœur contre ce qn*on dësire ,

Et ne nons laissé pas en -état d*obéir ,

Quand on choisit pour i^ons ce qn^il nons faut haïr.

Il attache ici-bas avec des sympathies

Les âmes que son ordre a là-liaut assorties , etc.

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