ACTE IV, SCÈNE I
Sa main entre les cœurs , par un secret pouvoir, Sème l'intelligence avant que de se voir ; .
U prépare si bien lamant et la maîtresse , Que leur ame au seul nom s'émeut et s'intéresse. On ^'estime, on se cherche, on s'aime en un moment; Tout ce cpi'on s'entredit persuade aisément j Et, sans s'inquiéter de mille peurs frivoles , La foi semble courir au-devant des paroles ; La langue en peu de mots en explique beaucoup ; Les yeux, plus éloquents, font tout voir tout d'un coup ; Et, de quoi qu'à l'envi tons les deux nous instruisent, JLe coeur en entend plus que tous les deux n'en disent.
LYSK.
Si, comme dit Sylvandre, une âme en s^ formant, * Ou descendant du ciel, prend d'une autre l'aimant, La sienne a pris le vôtre , et vous a rencontrée.
MÉLISSE
Quoi ! tu lis les romans ?
LYSE
Je puis bien lire Astrée ; Je suis de spn village , et j'ai de bons garants Qu'elle et son Céladon étoient de mes parents.
I Toat ce qui sait est ane allasion aa roman de rj»trée , da marquis d'Urfé ; ropuan qai eut en France beaucoup de réputation' et de cours sous les régnés de Henri IV et de Louis XIII , et qu'on lisait encore même dans les beaux jours de liouis XTV , sur la foi de aa réputation. Toutes ces allusions sont toujours froides au tbéâtre , parce qu'elles ne sont point liées au nœud de la pièce ; ce n'est que de la conversation , ce n*est que de Fesprit , et toufe beauté étrangère est un défauK
88 LA SUITE DU menteur;
MÉLISSE
Quelle preuve en aà^tu ?
LYSE
Ce vieux saule ^ madàme> * Où ctiacun d'eux cachoit ses lettres et sa flamme , Quand le jaloux Sémire en fit un faux témoin ; Du pré de mon grand-père il fait encor le coin ; Et l'on m'a dit que c'est un infaillible signe Que d'un si rare hymen je viens en droite ligne. Vous ne m'en croyez pas ?
MELISSE.
De vrai , c'est un grand point.
LYSE
Aurois-je tant d'esprit, si cela n'étoit point?
D'où viendroit cette adresse à faire vos messages ^
A jouer avec voua de si bons personnages.
Ce trésor de lumière et de vivacité ,
Que d'un sang amoureux que j'ai d'eux hérité ?
MELISSE.
Tu le disois tantôt , chacun a sa folie ;
Les uns l'ont importune, et la tienne est jolie.