ACTE IV, SCÈNE VIIL ,io
Et^ sans ce prompt secours^ votre feinte importune M'eût bien embarrassé de votre nuit sans lune. Sachez une autre fois que ces difficultés Ne se proposent point cp'entre gens concertés.
DORANTE
Pour le mieux éblouir^ je faisois le sévère.
CLITON
C'étoit un jeu tout propre à gâter le mystère. Dites-moi cependant, étes-vous satisfait?
DORANTE
Autant comme on peut l'être.
CLITON
En effet?
DORANTE
En effet.
CLITON
EtPhUiste?
DORANTE
Il se tient comblé d'heur et de gloire :
Mais on Ta pris pour moi dans une nuit si noire ; On s'excuse du moins avec cette couleur.
CLITON
Ces fenêtres toujours vous ont porté .malheur. Vous y prîtes jadis Clarice pour Lucrèce :
Aujourd'hui, même erreur trompe cette maîtresse; Et vous n'avez point eu de pareils rendez-vous Sans faire une jalouse , ou devenir jaloux.
Je n'ai pas lieu de Têtre , et n'en sors pas fort triste.
io6 LA SUITE DU MENTEUR.
CLITON
Vous pourrez maintenant savoir tout de PhiKste.
DORANTE
Cliton^ tout au contraire^ il me faut Téviter : Tout est perdu pour moi s'il me va tout conter. De quel front oserois-je, après sa confidence , Souffrir que mon amour se mît en évidence?
Après l^s soins qu'il prend de rompre ma prison , Aimer en mé^e lieu semble une trahison.
Voyant cette chaleur qui pour moi l'intéresse , Je rougis en secret de servir sa maîtresse , Et crois dévoir du moms ignorer son amour Jusqu'à ce que le mien ait pu paroître au jour. Déclaré le premier, je l'oblige à se taire ; Ou , si de cette flanmie il ne se peut défaire , Il ne peut refuser de s'en remettre au choix De celle dont tous deux nous adorons les lois.
CLITON
Quand il vous préviendra , vous pouvez le défendre Aussi-bien contre lui comme contre Cléandre.
DORANTE
Contre Cléandre et lui je n'ai pas même droit; Je dois autant à l'un cbmiùé l'autre me doit ; Et tout homme d'honneui' n'est qu'en inquiétude , Pouvant être suspect de quelque Ingratitude.
Allons nous reposer ; là nuit et le sonimeil Nous pourront inspirer quelque meilleur conseil.
FIN DU QUATRIÈME ACTE