DORANTE, MÉLISSE, LYSE, CLITON
MELISSE.
Au bruit de vos^ soupirs, tremblante et sans couleur, Je viens savoir de vous mon crime , ou mon malheur;
^ ACTE V, SCÈNE IIL ii3
Si j'en suis le sujet, si j'en suis le remède; Si je puis le guérir, ou s'il faut que j'y cède; Si je dois, ou vous plaindre, ou me justifier. Et de quels ennemis il faut me défier. *~
DORANTE
De mon mauvais destin qui seul me persécute.
MELISSE.
A ses injustes lois que faut-il que j'impute ?
DORANTE
Le coup le plus mortel dont il m'eût pu frapper.
MELISSE.
Est-ce un mal que mes yeux ne puissent dissiper?
DORANTE
Votre amour le fait naître , et vos yeux le redoublent.
MELISSE.
Si je ne puis calmer les soucis qui vous troublent^ Mon amour avec vous saura les partager.
DORANTE
Ah ! vous les aigrissez , les voulant soulager ! Puis-je voir tant d'amour avec tant de mérite , Et dire sans mourir qu'il faut que je vous quittç ?
Vous me quittez! ô ciel I mais, Lyse, soutenez; Je sens manquer la force à mes sens étonnés.
DORANTE
Ne croissez point ma plaie, elle est assez ouverte; Vous me montrez en vain la grandeur de ma perte. Ce grand excès d'amour que font voir vos douleurs Triomphe de mon cœur sans vaincre mes malheurs. On ne m'arrête pas pour redoubler mes chaînes, V. 8
ii4 LA SUITE DU MENTEUR.
On redouble ma flamme , on redouble mes peines ; Maïs tous ces nouveaux feux qui viennent m'embraser Me donnent seulement plus de fers à briser.
MÉLISSE
Donc à m'abandonner votre âme est résolue?
DORANTE
Je cède à la rigueur d'une force absolue.
MELISSE.
Votre manque d'amour vous y fait consentir.
DORANTE
Traitez-moi de volage , et me laissez partir ;
Vous me serez plus douce en m'étant plus cruelle.
Je ne pars toutefois que pour être fidèle ;
A quelque loi par là qu'il me faille obéir,
Je m'en révolterois , si je pouvois trahir.
Sachez-en le sujet; et p€ut-«tre, madame,
Que vous-même avoûrez, en lisant dans mon âme.
Qu'il faut plaindre Dorante au lieu de l'accuser ,
Que plus il quitte en vous, plus il est à priser ,
Et que tant de faveurs dessus lui répandues
Sur un indigne objet ne sont pas descendues.
Je ne vous redis point combien il m'étoit doux De vous connoître enfin, et de loger chez vous. Ni comme avec transport je vous ai rencontrée : Par cette porte, hélas! mes maux ont pris entrée , Par ce dernier bonheur mon bonheur se détruit j Ce funeste départ en est l'unique fruit.
Et ma bonne fortune , à moi-même contraire.
Me fait perdre la sœur par la faveui* du frère.
Le cœur enflé d'amour et de ravissement,