‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 68 sur 240 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

DORANTE

Puisse à vos yeux M'écraser à l'instant la colère des cieux , Si j'adore autre objet que celui de Mëlisse , Si je conçois des vœux que pour votre service, Et si pour d'autres yeux on m'entend soupirer. Tant que je pourrai voir quelque lieu d'espérer I Oui , madame, souffrez que cet amour persiste Tant que l'hymen engage ou Mélisse, ou Philiste; Jusque-là les douceurs de votre souvenir Avec un peu d'espoir sauront m'entretenir :

J'en jure par vous-même , et ne suis point capable D'un serment ni plus saint ni plus inviolable. Mais j'offense Philiste avec un tel serment; Pour guérir vos soupçons, je nui^ à votre amant.. J'effacerai ce crime avec cette prière :

Si vous devez le cœur à qui vous sauve un frère ,. Vous ne devez pas moins au généreux secours Dont tient le jour c^ui qui conserva ses jours. Aimez en ma faveur un ami qui vous aime , Et possédez Dorante en un autre lui-même. Adieu. Contre vos yeux c'est assez combattu,' Je sens à leurs regards chanceler ma vertu; Et, dans le triste état où mon âme est réduite. Pour sauver mon honneur, je n'ai plus que la fuite. '

> Cette scène pouvait faire un très grand effet , et ne le fait point. Les plus beaux sentimens n'attendrissent jamais quand ils ne sont pas amenés,. préparés par une situation pressante, par quelque coup de théâtre , par quelque chose de vif et d'animé.

ii8 LA SUITE DU MENTEUR.

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