‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 73 sur 240 · ACTE V, SCÈNE V. laS · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V. laS

(àCléandre.)

Votre secret^ monsieur, est sûr entre mes mains ; Recevez-moi pour tiers d'une amitié si belle; Et croyez qu'à l'envi je vous serai fidèle.

CLITON, seul.

Ceux qui sont las debout se peuvent aller seoir; Je vous donne en passant cet avis, et bonsoir.

X Cette scène est encore manquée : Tautenr n'a point fait de Philiste Tosage qu'il en pouvait faire. Un rival ne doit jamais être un personnage épisodique et inutile. Philiste est froid ; et c'est , comme on Ta dit si souvent , le plus grand des défamts. Ce refrain , Jienirea dans la prison dont voua voulie% sortir , e»t encore plus froid que le caractère de Philiste ; et cette petite finesse anéantit tout le mérite que pouvait avoir Philiste en se sacrifiant pour son ami.

Je ne sais si je me trompe ; mais en donnant de l'âme à ce caractère, en mettant en œuvre la jalousie, en retranchant quelques mauvaises plaisanteries de Cliton , on ferait de cette pièce un chefd'œuvre.

Ij'effet de cette pièce n'a pas été si avantageux que celui de la précédente , bien qu'elle soit mieux écrite» L'original espagnol est de Lope de Vega sans contredit, et a ce défaut, que ce n'est que le valet qui fait rire , au lieu qu'en l'autre les principaux agréments sont dans la bouche du maître. L'on a pu voir par les divers succès quelle différence il y a entre les railleries spirituelles d'un honnête homme de bonne, humeur , et les bouffonneries froides d'un plaisant à gages. L'obscurité que fait en celle-ci le rapport à l'autre a pu contribuer quelque chose à sa disgrâce , y ayant beaucoup de choses qu'on ne peut entendre , si l'on n'a l'idée présente du Menteur. Elle a encore quelques défauts particuliers. Au second acte ^ Gléandre raconte à sa sœur la générosité de Dorante qu'on a vue au premier, contre la maxime , qu'il ne faut jamais faire raconter ce que le spectateur a déjà vu. Le cinquième est trop sérieux pour une pièce si enjouée , et n a rien de plaisant que la première scène entre un valet et une servante. Cela plaît si fort en Espagne, qu'ils font souvent parler bas les amants de condition , pour donner lieu à ces sortes de gens de s'entredire des badinages ; mais en France , ce n'est pas le goût de l'auditoire. Leur entretien est plus supportable au premier acte , pendant que Dorante écrit ; car il ne faut jamais laisser le théâtre sans qu'on y agisse,

EXAMEN DE LA SUITE DU MENTEUR. laS

et Ton n y agit qu'en parlant. Ainsi Dorante qui écrit ne le remplit pas assez ; et toutes les fois que cela arrive , il faut fournir l'action par d'autres gens qui parlent. Le second débute par une adresse digne d'être remarquée , et dont on peut former cette règle, que, quand on a quelque occasion de louer une lettre, un billet, ou quelque autre pièce éloquente ou spirituelle , il ne faut ja* mais la faire voir; parce qu'alors c'est une propre louange que le poète se donne à soi-même; et souvent le mérite de la chose répond si mal aux éloges qu'on en fait, que j'ai TU des stances présentées à une maîtresse , qu'elle vantoit d'une haute excellence, bien qu'elles fussent très médiocres; et cela devenoit ridicule. Mélisse loue I ici la lettre que Dorante lui a écrite ; et comme elle ne la lit point , l'auditeur a lieu de croire qu'elle est aussi bien faite qu'elle le dit. Bien que d'abord cette pièce n'eût pas grande approbation , quatre ou cinq ans après la troupe du Marais la remit sur le théâtre avec un succès plus heureux ; mais aucune des troupes qui courent les provinces ne s'en est chargée. Le contraire est arrivé de Théodore ', que les troupes de Paris n'y ont point rétablie depuis sa disgrâce , mais que celles des provinces y ont fait assez passablement réussir.

* n ne faut jamais juger d'une pièce par les succès des premières années ni à Paris ni en province; le temps seul met le prix aux ouvrages, et l'opinion réfléchie dés bons juges est à la longue larbitre du goût du public.

THÉODORE

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