‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 80 sur 240 · ACTE I, SCÈNE IL i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IL i

MARGELLE

Il VOUS parle d'aimer?

PLACIDE

Contre mon sentiment.

MARCELLE

Levez , levez le masque , et parlez franchement : De votre Théodore il est l'agent fidèle ; Pour vous mieux engager elle fait la cruelle , Vous chasse en apparence, et, pour vous retenir, Par ce parent adroit vous fait entretenir.

PLACIDE

Par ce fidèle agent elle est donc mal servie : Loin de parler pour elle, il parle pour Flavie j Et ce parent adroit en matière d'amour Agit contre son sang pour mieux faire sa cour. C'est, madame, en effet le mal qu'il me conseille; Mais j'ai le cœur trop hon pour lui prêter l'oreille.

MARCELLE

Dites le cœur trop bas pour aimer en bon lieu.

PLACIDE

L'objet où vont mes vœux seroit digne d'un dieu.

MARCELLE

Il est digne de vous, d'une âme vile et basse.

PLACIDE

Je fais donc seulement ce qu'il faut que je fasse. Ne blâmez que Flavie : un cœur si bien placé Dune âme vile et basse est trop embarrassé; D'un bhoix qui lui fait honte il faut qu'elle s'irrite, £t me prive d'un bien qui passe mon mérite.

i5o THÉODORE.

Arec quelle arrogance osez-vous me parler !

PLACIDE

Au-dessous de Flavie ainsi me ravaler^

C'est de cette arrogance un mauvais témoignage.

Je ne me puis^ madame^ abaisser davantage,

MARCELLE

Votre respect est rare, et fait voir clairement Que votre humeur modeste aime l'abaissement.

Eh bien ! puisqu'à présent j'en suis mieux avertie, Il faudra satisfaire à cette modestie j Avec un peu de temps nous en viendrons à bout.

PLACIDE

Vous ne m'ôterez rien , puisque je vous dois tout. Qui n'a que ce qu'il doit a peu de perte à faire.

MARCELLE

Vous pourrez bientôt prendre un sentiment contraire,

PLACIDE

Je n'en changerai point pour la perte d'un bien Qui me rendra celui de ne vous devoir rien.

MARCELLE

Ainsi l'ingratitude en soi-même se flatte.

Mais je saurai punir cette âme trop ingrate ; Et y pour mieux abaisser vos esprits soulevés. Je vous ôterai plus que vous ne me devez.

PLACIDE

La menace est obscure; expliquez-la, de grâce,

L'eflFet expliquera le sens de la menace.

Tandis, souvenez-vous, malgré tous vos mépris,

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