ACTE I, SCÈNE IL i5i
Que f al fait ce que sont et le père et le fils : Vous me devez l'Egypte ; et Valens , Antioche.
PLACIDE
Nous ne vous devons rien après un. tel reproche. Un bien&ît perd sa grâce à le trop publier; ' Qui veut qu'on s'en souvienne ^ il le doit oublier.
MARCELLE
Je l'oubltrois^ ingrat^ si pour tant de puissance Je recevois de vous quelque reconnoissance.
PLACIDE
Et je m'en souviendrois jusqu'aux derniers abois. Si vous vous contentiez de ce que je vous dois.
MARCELLE
Après tant de bienfaits, osé-je trop prétendre?
PLACIDE
Ce ne sont plus bienfaits alors qu'on veut les vendre.
Que doit donc un gi^d cœur aux faveurs qu'il reçoit?
PLACIDE
S'avouant redevable il rend tout ce qu'il doit.
MARCELLE
Tous les ingrats en foule iront à votre école , Puisqu'on y devient quitte en payant de parole.
PLACIDE
Je vous dirai donc plus, puisque vous me pressez : Nous ne vous devons pas tout ce que vous pensez.
> Racine a imité heareoMment ce vers dans Jpkigénte : Un. bienfait reproclié tint toojonrs lien d^offense.
i52 THÉODORE,
MARCELLE
Que seriez-vous sans moi ?
PLACIDE
Sans vous? ce que nous sommes.
Notre empereur est juste , et sait choisir les hommes; Et mon père, après tout, ne se trouve qu'au rang Où Tauroient mis sans vous ses vertus et son sang.
^ MARCELLE
Ne vous souvient-il plus qu'on proscrivit sa tête!
Par là votre artifice en fit votre conquête.
MARCELLE.'
Ainsi de ma faveur vous nommez les effets t
PLACIDE
Un autre ami peut-être auroit bien fait sa paix; Et si votre faveur pour lui s'est employée, " Par son hymen, madame, il vous a trop payée.
On voit peu d'unions de deux telles moitiés; Et, la faveur à part, on sait qui vous étiez.
MARCELLE
L'ouvrage de mes mains avoir tant d'insolence !
PLACIDE
Elles m'ont mis trop haut pour souffrir une offense.
MARCELLE
Quoi ! vous tranchez ici du nouveau gouverneur?
PLACIDE
De mon rang en tous lieux je soutiendrai l'honneur.
MARCELLE
Considérez donc mieux quelle main vous y porte; L'hymen seul de Flavie en est pour vous la porte.