‹ Œuvres de P. CorneilleChapitre 13 sur 123 · LE GENTILHOMME · texte numérisé non relu

LE GENTILHOMME

Il faut qu'en dépit de mon sang Je lui cède le premier rang.

En vain ma noblesse me flatte ; En ces lieux par où nous allons , On respecte mal Técarlate Qui ne va point jusqu'aux talons , Et celle qui souvent accompagne nos bottes,

Tombant dans le mépris Près de celle qu'on trsane aux crottes ,

Perd son lustre et son prix.

Trop d'or sur mes habits en a vuidé ma bourse ; La meute de mes chiens N'a chassé que mes biens ,

Qui dessus mes chevaux se sauvoient à la course ;

Et mes oiseaux , au bout d'un an ou deux ,

M ont fait léger comme eux.

DE P. CORNEILLE. iSy

Voilà , sans rechercher tant de contes frivoles , Tout ce qui ma gâté déduit en trois paroles ; Et, pour un cavalier, c est bien bourré des vers , A tort et à travers.

LE PLAIDEUB.

Les procès m ont gâté , messieurs ; je m'en repens : C est, dans mon déplaisir , tout ce que j'en puis dire ; Car je crains tellement de payer des dépens Que , même au mardi-gras , je n ose plus médire.

l'amoureux.

J'ai fait ce qu'il a fallu faire ; Mais les bals , les collations , Les présents, les discrétions N'ont point avancé mon afi&ire :

J'ai corrompu trente valets Afin de rendre mes poulets ; J'ai donné mille sérénades.

On persiste à me dédaigner; Et deux misérables œillades C'est tout ce que j'ai pu gagner.

Quoi que m'ait promis l'espérance , A la fin il ne m'est resté Que l'incommode vanité D'une sotte persévérance ; Ma profusion sans effet N'a servi qu'à gâter mon fisiit Et dissiper mon héritage :

Quel malheur me va poursuivant !

Ô dieux! j'ai mangé mon partage Sans avoir vécu que de vent.

i38 POESIES DIVERSES

l'itrogub.

N'est-ce pas une chose étrange Que, pour trotter dédans la fange , Je fasse ùlux bond au clairet , Et que cette troupe brouillonne M'arrache de ce cabaret Poiu: vous produire ma personne ?

Je violente mon humeur D'abandonner ce lieu charmeur; Toutefois je n'ose me plaindre , Étant déjà si fort gâté Que je m'achèverois de peindre Pour peu que j'en aurois tâté.

Outre que mes eaut sont si basses , A force de vuider les tasses , Qu'il faut renoncer au métier, Ne pouvant plus laisser en gage , Au malheureux cabaretier , Que les rubis de mon visage.

Mais encor suis-je plu» heureux Que tant de fous et d'amoureux Qui se sont perdus par leurs grippes ; Car, bien que je sois bas d'aloi , Mon argent , serré dans mes trippes , N'est point sorti hors de chez moi.

LB JOUEUA.

Attaqué d'une forte et rude maladie , Depuis le jour des Rois ,

DE P. CORNEILLE. iSg

Les os, par sa chaleur à mon dam trop hardie, M'en sont tombés des doigts.

Bien que , du seul revers de ce mal si funeste,

Je fusse assez gâté , Pour avoir fait encore à prime trc^ de reste

Il ne m'est rien resté.

Dames, à cela près, Êdsons en assurance

La béte en quelque lieu , Et je promets moi-même , à faute de finance ,

De me mettre au milieu.

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