SUR UNE ABSENCE EN TEMPS DE PLUIE
JDspuis qu'un mallieureux adîeu Rendit vers tous ma flamme criminelle, Tout l'univers , prenant votre querelle ,
Contre moi conspire en ce lieu.
Ayant osé me séparer Du beau soleil qui luit seul à mon âme , Pour le venger, l'autre cachant sa flamme,
Refuse de plus m'éclairer.
L'air , qui ne voit plus ce flambeau y En témoignant ses regrets par ses larmes , M'apprend assez qu'éloigné de vos charmes
Mes yeux se doivent fondre en eau.
Je vous jure , mon cher souci , Qu'étant réduit à voir l'air qui distille, Si j'ai le cœur prisonnier à la. ville ,
Mon corps ne l'est pas moins ici.
i44 POÉSIES DIVERSES
STANCES
J'ai TU la peste en racourci :
Et s'il faut en parler sans feindre , Puisque la peste est faite ainsi y Peste, que la peste est à craindre!
De cœurs qui n'en sauroient guérir , Elle est partout accompagnée , Et dût-on cent fois en mourir y Mille Youdroient lavoir gagnée.
L'ardeur dont ils sont emportés , En ce péril leur persuade , Qu'avoir la peste à ses côtés y Ce n'est point être trop malade.
Aussi faut-il leur accorder Qu'on auroit du bonheur de reste, Pour peu qu'on se pût hasarder Au beau milieu de cette peste.
La mort seroit douce à ce prix , Mais c'est un malheur à se pendre , Qu'on ne meurt pas d'en être pris , Mais faute de la pouvoir prendre.
L'ardeur qu'elle fait naître au sein N'y fait même un mal incurable Que parce qu'elle prend soudain , Et qu elle est toujours imprenable.
DE P. CORNEILLE. i45.
Aussi chacun y perd son temps , L'un en gémit, l'autre en déteste , Et ce que font les plus contents C'est de pester contre la peste.
STANCES
• i^vn vous sert-il de me charmer?
Aminte , je ne puis aimer
Ou je ne vois rien à prétendre;
Je sens naître et mourir ma flamme à votre aspect ,
Et si pour la beauté j'ai toujours l'âme tendre, .
Jamais pour la. vertu je n'ai que du respect.
f Vous me recevez sans mépris ,
Je vous parle , je vous écris ,
Je vous vois quand j'en ai l'envie ;
Ces bonheurs sont pour moi des bonheurs superflus ;
Et si quelque autre y trouve une assez douce vie,
n me faut pour aimer quelque chose de plus»
Le plus grand amour sans faveur , Pour un homme de mon humeur , Est un assez triste partage ; Je cède à mes rivaux cet inutile bien , Et qui me donne un cœiu>, sans donner davantage, STobligeroit bien plus de ne me donner rien.
Je suis de ces amants grossiers
Qui n'aimait pas fort volontiers ^
Sans aucun prix de leurs services, Et veux, pour m'en payer, un peu mieux qu'un regard; Et l'union d'esprit est pour moi sans délices Si les charmes des sens n'y prennent quelcpie part.
STANCES
(jALiSTE, lorsque je vous vois, Dirai-je que je vous admire ?
C'est TOUS dire bien peu pour moi, Et peut-être c'est trop vous dire.
Je m'esqpliqmrois un peu mieux Pour un moindre rang que le v6tre , Vous êtes belle , j'ai des yeux , Et je suis honmie comme un autre.
Que n'êtes-vous à votre tour, Caliste , comme une autre fi^nme!
Je seroifi pour tous tout d'amour Si vous n'étiez point si grand'dame.
Votre grade hors du commun Incommode fort qui vous aime, Et sous le respect importun Un beau feu s'éteint de lui-même*
If' aime un peu l'indiscrétion Quand je veux faire des maîtresses; Et quand j'ai de la passion , J'ai grand amour pour les caresses»
Mais si j'osois me hasarder Arec vous au moindre pillage , Vous me feriez bien regarder Le grand ohemin de mon villa|[e.
Jaime donc mieux laisser mourir L'ardeur qui seroit mal traitéa f Que do prétendre à conquérir Ce qui n est point de ma portée.