‹ Œuvres de P. CorneilleChapitre 47 sur 123 · IMITÉES DU LATIN DU P. DE LA RUE, JÉSUITE · texte numérisé non relu

IMITÉES DU LATIN DU P. DE LA RUE, JÉSUITE

Maihss des grands Bourbons, brillants foudres de guerre, Qui fûtes et Fexemple et l'effroi de la terre, Et qu un climat fécond en glorieux exploits Pour le soutien des lis vit sortir de ses rois, Ne soyez point jaloux qu'un roi de votre race Egale tout d'un coup votre plus noble audace. Vos grands noms dans le sien revivent aujourd'hui : Toutes les fois qu'il vainc vous triomphez en lui; Et ces hautes vertus que de vous il hérite Vous donnent votre part aux encens qu'il mérite. C'est par cette valeur qu'il tient de votre sang Que le lion belgique a vu percer son danc ; Il en frémit de rage, et, devenu timide.

Il met bas cet orgueil contre vous intrépide , Comme si sa fierté qui vous sut résister Attendoit ce héros pour se laisser domter !

Aussi cette fierté , par le nombre alarmée , Voit en un chef si grand encor plus d'une armée. Dont par le seul aspect ce vieil orgueil brisé Court au devant du joug si long-temps rèfiisé. De là ces feux de joie et ces chants de victoire Qui font briller partout et retentir sa gloire:

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Et bien que la déesse aux cent voix et cent yeux L'ait publiée en terre et fait redire aux cieux, Qu'il ne soit pas besoin d'aucune autre trompette, Le cœur paroit ingrat quand la bouche est muette^ Et d'un nom que partout la vertu fait voler C'est crime de se taire où tout semble parler.

Mais n'attends pa^, grand roi , que mes ardeurs sincères Appellent au secours l'Apollon de nos pères ; A mes foibles efforts daigne senpr d'appui , Et tu me tiendras lieu des muses et de lui.

Toi seul y peux suffire , et dans toutes les âmes Allumer de toi seul les plus célestes flammes , Tel qu'épand le soleil sa lumière sur nous , Unique dans le monde, et qui suffit a tous.

Par l'ordre de son roi les armes de la France De la triste Hongrie avoient pris la défense ; Sauvé du Turc vainqueur, un peuple gémissant Fait trembler son Asie et rougir son croissant; Par son ordre on voyoit d'invincibles courages D'Alger et de Tunis arrêter les pillages , A£Granchir nos vaisseaux de ces tyrans des mers , Et leur faire à leur tour appréhender nos fers. L' Anglois même avoit vu jusque dans l'Amérique Ce que c'est qu'avec nous rompre la foi publique, Et sur terre et sur mar reçu le digne prix De l'infidélité qui nous avoit surpris.

Enfin du grand Louis aux trois parts de la terre Le nom se faisoit craindre à l'égal du tonnerre. L'Espagnol s'en émeut ; et, gêné de remords, Après de tels succès il craint pour tous ses bords f L'injure d'une paix à la fraude enchaînée, Les dures pactions d'un royal hyménée ,

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Tremblent soiu les raisons et la facilité Qu'aura de s'en venger un roi si redouté.

Louis s en aperçoit, et tandis qu'il s apprête A joindre à tant de droits celui de la conquête^ Pour éblouir l'Espagne et son raisonnement, Il tourne ses apprêts en divertissement^ Il s'en fait un plaisir, où par un long prélude L'image de la guerre en affermit l'étude, Et ses passe-temps même instruisant ses soldats Préparent un triomphe où l'on ne pense pas.

Il se met à leur tête aux plus ardentes plaines , Fait en se promenant leçon aux (capitaines , Se délasse à courir de quartier en quartier, Endurcit et soi-même et les siens au métier, Les forme à ce qu'il faut que chacun cherche oii craigne, Et par de feints combats apprend l'art qu'il enseigne. Il leur montre à doubler leurs files et leurs rangs, A changer tôt de £sice aux ordres différents. Tourner à droite , à gauche , attaquer et défendre , Enfoncer, soutenir, caracoler, surprendre.

Tantôt marcher en corps, et tantôt défiler, Pousser à toute bride, attendre, reculer.

Tirer à coups perdus, et par toute l'armée Faire l'oreille au bruit et l'œil à la fiimée. Ce héros va plus outre ; il leur montre à caniper : A la tente, à la hutte on les voit s'occuper; Sa présence aux travaux mêle de si doux charmes Qu'ils apprennent sans peine à dormir sous les armes ; Et comme s'ils étoient en pays dangereux , L'ombre de Saint-Germain est im bivouac pour eux.

Achève, grand monarque! achève , et pars sans crainte: Si tu t'es fait un jeu de cette guerre feinte ,

Accoutumé par elle à la poussière ^ au feu,

La véritable ailleurs ne te sera qu un jeu :

Tes guerriers t y suivront sans y voir rien de rude,

Combattront par plaisir, vaincront par habitude;

Et la victoire, instruite à prendre ici ta loi ,

Dans les champs ennemis n obéira qu'à toi.

L'Espagne cependant qui voit des Pyrénées Donner ce grand spectacle aux dames étonnées , Loin de craindre pour soi, regarde avec mépris Dans un camp si pompeux des guerriers si bien mis , Tant d'habits , comme au bal , chargés de broderie , Et parmi des canons tant de galantei^ie.

Quoi ! l'on se joue en France, et ce roi si puissant Croit m'effrayer, dit-elle, en se divertissant! Il est vrai qu'il se jotte, Espagne ^ et tu devines) Mais tu mettras au jeu plus que tu n'imagines. Et, de ton dernier vol si tu né te repens, Tu ne verras finir ce jeu qu'à tes dépens.

Son père et son aïeul t'ont fait voir que sa Franco Sait trop, quand il lui plaît, domter ton afrogance; Tant d'escadrons rompus , tant de murs emportés , .T'ont réduite souvent au secours, des traités ; Ces disgrâces alors te donnoient peu d'alarmes , Tes conseils réparoient la honte de tes armes; Mais le ciel réservoit à notre auguste roi D'avoir plus de conduite et plus de cœur que toi. Rien plus ne le retarde , et déjà ses trompettes Aux confins de l'Artois lui servent d'interprètes; C'est de là, c'est par là qu'il s'explique assez haut. Il entre dans la Flandre et rase le Hainaut.

Le François court et vole , une mâle assurance Le fait à chaque pas triompher par avance ;'

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Le désordre est partout , et lapproche du roi Remplit lair de clameurs et là terre d'eilroi. Jusqu'au fond du climat ses lions en rugissent , Leur vue en étincelle , et leurs crins s'en hérissent ; Les antres et les bois , par de longs hurlements , Servent d'afïreux échos à leurs rugissements : Et les fleuves mal sûrs dans leurs grottes profondes Hâtent vers Tocéan la fuite de leurs ondes ; Incertains de la marche, ils tremblent tous pour eux. Songe encor , songe, Espagne, à mépriser nos jeux!

Ainsi , quand le courroux du Maître de la terre Pour en punir l'orgueil prépare son tonnerre , Qu'un orage imprévu qui roule dans les airs Se fait connoitre au bruit et voir par les éclairs , Ces foudres, dont la route est pour mous inconnue, Paroissent quelque temps se jouer dans la nue, Et ce feu qui s échappe et brille à tous moments Semble prêter au ciel de nouveaux ornements : Mais enfin le coup tombe ; et ce moment horrible , A force de tarder , devenu plus terrible , Etale aux yeux surpris des hommes écrasés, Une plaine fumante, et des rochers brisés.

Telle on voit le Flamand présumer ta venue , Grand roi ! pour fuir ta foudre il cherche à fuir ta vue ; Et , de tes justes lois ignorant la douceur , Il abandonne aux tiens des murs sans défenseur.

La Bassée , Armentière , aussitôt sont désertes ; Charleroi, qui t'attend, mais à portes ouvertes, A forts démantelés, à travaux démolis, Sur le nom de son roi laisse arborer tes lis : C'est là le prompt effet de la frayeur commune; C'est ce que font sans toi ton nom et ta fortune.

Heureux tous nos Flamands, si l'exemple suivi

Eût partout à tes droits fait justice à Tenvi !

Furne n auroit point vu ses portes enfoncées ;

Bergue n auroit point vu ses murailles forcées )

Et Tournai , de tout temps tout François dans le cœur ,

T'eût reçu comme maître , et non comme vainqueur $

Les muses à Douay n'auroient point pris les armes

Pour coûter à son peuple et du saiig et des larmes ;

Courtray, sans en verser, eût changé de destin ;

€e refuge orgueilleux de l'Espagnol mutin ,

Alost , n'eût point fourni de matière à ta gloire ;

Oudenarde jamais n'eût pleuré ta victoire.

Que dirai-je de Lille, où tant et tant de tours,

De forts , de bastions, n'ont tenu que dix jours ?

Ces murs si rechantés , dont la noble ruine De tant de nations flatte encor l'origine ; Ces remparts , que la Grèce et tant de dieux ligués En deux, lustres à peine ont pu voir subjugués , Eurent moins de défense, et l'art en leur structure Avoit moins secouru l'efibrt de la nature ; Et ton bras en dix jours a plus fait à nos yeux Que la fable en dix ans n'a fait faire à ses dieux.

Ainsi , par des succès que nous n'osions attendre , Ton état voit sa borne au milieu de la Flandre ; Et la Flandre, qui craint de plus grands changements, Voit ses fleuves captifs diviser ses Flamands. C'est là ton pur ouvrage , et ce qu'en vain ta France Elle-même a tenté sous une autre puissance, Ce que sembloit le ciel défendre à nos souhaits ; Ce qu'on n'a jamais vu , qu'on ne verra jamais ; Ce que tout l'avenir à peine voudra croire.... Mais de quel front osé*je ébaucher tant de gloire ,

Moi, dont le style foible et le vers mal suivi

Ne sauroient même atteindre à ceux qui t*ont servi ?

Souffre-moi toutefois de tâcher à portraire D'un roi tout merveilleux l'incomparable frère ; Sa libéralité pareille à sa valeur ; A lespoir du combat ce qu'il sent de chaleur; Ce que lui fait oser l'inexorable envie D'affronter les périls au mépris de sa vie, Lorsque de sa grandeur il peut se démêler , Et trompe autour de lui tant d'yeux pour y voler* Les tristes champs de Bruge en rendront témoignage : Ce fut là que pour suite il n'eut que son courage; Il fuyoit tous les siens pour courir sur tes pas , Marcin ; et ta déroute eût signalé son bras , Si le destin jaloux qui l'avoit arrêtée Pour en croître l'affront ne l'eût précipitée, Et sur ton nom fameux déployé sa rigueur Jusques à t'envier un si noble vainqueur.

Enghien le suit de près, et n'est pas moins avide De ces occasions où l'honneur sert de guide.

L'Escaut épouvanté voit ses premiers effort Le couronner de gloire au travers de cent morts , Donner sur l'embuscade, en pousser la retraite. Triompher des périls oii sa valeiu- le jette, Et montrer dans un cœur aussi haut que son rang De l'illustre Condé le véritable sang.

Saint-Paul , de qui l'ardeur prévient ce qu'on espère, De son côté Dunois , et Condé par sa mère , Â l'un et l'autre nom répond si dignement Que des plus vaillants même il est l'étonnement. Des armes qu'il arrache aux mains qui le combattent Il commence un trophée où ses vertus éclatent ;

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Et^ pour forcer la Flandre à prendre un joug plus doux^ Les pals les plus serrés font passage à ses coups. Mais où va m*emporter un zèle téméraire?

A quoi m'expose->t->il? et que prétends-j© faire, Lorsque tant de grands noms , tant d'illustres exploits, ' Tant de héros enfin s'offrent tous à la fois ?

Magnanimes guerriers , dont les hautes merveilles Lasseroient tout TefFort des plus savantes veilles , Bien que votre valeur étonne l'univers , Qu elle mette vos noms au-dessus de mes vers , Vos miracles pourtant ne son;t point des miracles ; L exemple de Louis vous lève tous obstacles : Marchez dessus ses pas, fixez. sur lui vos yeux , Vous^ n'avez qu'à le voir, qu'à le suivre en tous lieux, Qu'à laisser faire en vous l'ardeur qu'il vous inspire. Pour vous faire admirer plus qu'on ne vous admire.

Cette ardeur , qui des chefç passe aux moindres soldats. Anime tous les cœurs , fait agir tous les bras : Tout est beau , tout est doux sous de si grands auspices ; La peine a ses plaisirs , la mort a ses délices ; Et de tant de travaux qu'il aime à partager , On n'en voit que la gloire et non pas le danger.

Il n'est pas de ces rois qui , loin du bruit des armes , Sous des lambris dorés donnent ordre aux alarmes , Et , traçant en repos d'ambitieux projets , Prodiguent, à couvert, le sang de leurs sujets. Il veut de sa main propre enfler sa renommée , Voir de ses propres yeux l'état de son armée, Se fait à tout son camp recônnoitre à la voix , Visite la tranchée , y fait suivre ses lois : S'il faut des assiégés repousser les sorties , S'il {aut livrer assaut aux places investies ,

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Il montre à voir la taort, à la braver de près , Â mépriser partout la grêle des mousquets , Et lui-même essuyant leur plus noire tempête Par ses propres périls achète sa conquête.

Tel le grand saint Louis , la tige des Bourbons , Lui-même du Soudan forçoit les bataillons :

Tel son aïeul Philippe acquit le nom d'Auguste Dans les fameux hasards d une guerre aussi juste ; Avec le même front , avec la même ardeur Il terrassa d*Othon la superbe grandeur , Couvrit devant ses yeux la Flandre de ruines , Et du sang allemand (it ruisseler Bovines :

Tel enfin , grand monarque 9 aux campagnes dTvri , Tel en mille autres lieux l'invincible Henri , De la ligue obstinée enfonçant les cohortes, Te conquit de sa main le sceptre qiie tu portes.

Vous, ses premiers sujets qu'attache à son côté La splendeur de la race ou de la dignité, Vous , dignes commandants , vous , dextres aguerries , Troupes aux champs de Mars dès le berceau nourries , Dites-moi de quels yeux vous vîtes ce grand roi, Après avoir rangé tant de murs sous sa loi , Descendre parmi vous de son char de victoire Pour vous donner à tous votre part à sa gloire. De quels yeux vîtes-vous son auguste fierté Unir tant de tendresse à tant de majesté , Honorer la valeur , estimer le service , Aux belles actions rendre prompte justice , Secourir les blessés , consoler les mourants , Et pour vous applaudir passer dans tous vos rangs?

Parlez , nouveaux François , qui venez de connoître Quel est votre bonheur d'avoir changé de maître ,

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Vous , qui ne voyiez plus vos princes qu'en portrait , Sujets en apparence , esclaves en effet , Pouvez-vous r^etter ces démarches pompeuses, Ces fastueiuL dehors , ces grandeurs sourcilleuses , Ces gouverneurs enfin envoyés de si loin , Tout-puissants en parade, impuissants au bekoin, Qui, ne montrant jamais qu un œil fairouche et sombre, A peine vous jugeoient dignes de voir leur ombre?

Nos rois. n'exigent point cet odieux respect: Chacun peut chaque jéur jouir de leur aspect; On leur parle , on reçoit d'eux-mêmes le salaire Des services rendus , ou du zèle à leur plaire; Et l'amoureux attrait qui règne en leurs bontés Leur gagne d'un coup d'oeil toutes les volontés.

Pourriez- vous en avoir une plus sûre marque, Belges ? vous le voyez, cet illustre monarque, A vos temples ouverts conduire ses vainqueurs Pour y bénir le ciel de vos propres bonheurs. Est-il environné de ces pompes cruelles Dont à Rome éclatoient les victoires nouvelles. Quand tout autour d'un char elle voyoit traînés Des peuples soupirants et des rois enchaînés. Qu'elle admiroit l'amas des affreux brigandages D'où tiroient leurs grands noms ses plus grands personnages , Et des fleuves domtés les simulacres vains Qui sous des flots de bronze adoroient ses Romains? Il n'y fait point porter les dépouilles des villes , Comme ses Marins , ses Meiels , ses Émiles , Et ce reste insolent d'avides conquérants , Grands héros dans ses murs , partout ailleurs tyrans.

II entre avec éclat, mais votre populace

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Ne voit point sur son fipont de fast * ni de menace ; Il entre, mais dun air qui ravit tous les cœurs, En père des vaincus, en maître dés vainqueurs. Peuples , repentez-vous de votre résistance ; Il ramène en vos murs la joie et l'abondance ; Votre défaite en chasse un sort plus rigoureux : Si vous avie^ vaincu^, vous seriez moins heureux.

On m'en croit, on laborde, on lui porte de^ plaintes. Il écoute , il prononce, il fait des lois plus saintes^ Chacun reste charmé d'un si facile accès, Chacun des maux passés goûte le doux succès, Jure avec l'Espagnol un éternel divorce, Et porte avec amour un joug reçu par force.

C'est ainsi que la terre , au retour du printemps , Des grâces du soleil se défend quelque temps, De ses premiers rayons refiiit les avantages, Et pour les repousser élève cent nuages; Le soleil plus puissant dissipe ces vapeurs, S'empare de son sein, y fait naître des fleurs ,

* Fast f pour orgueil. On a écrit depuis faste , et c'est au)ourd''hui lé mot français. INous pensions que Corneille n'avait employé ce mot tel qu'il l'emploie ici , que cette seule fois ; mais on le retrouve dans des vers qu'il adresse à l'abbé de Boisrobert , et qui furent imprime's , en 1647 1 àsLas une édition des ëpiires de cet abbé ^ les voici :

Que tes entretiens sont charmans!

Qu,e leur douceur est infinie!

Que la facilité de ton heureux génie Fait de honte à Téclat des plu» beaux ornemeos ! Leur grâce naturelle aura pins d'idolâtres Que n'en a jamais en le Jast de nos théâtres : Le temps respectera cette naïveté j Et pour un seul endroit où tu me donnes place , Tu m'assures bien mieux de rimmortallté Que Cinna , Rodogttne , et le Cid , et X Horace, l

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Y Êdt germer des fruits, et la terre à leur vue Se trouvant enrichîe aussitôt que vaincue , Ouvre à ce conquérant jusques au fond du cœur , Et, pleine de,ses dons , adore son vainqueur.

Poursuis, grand roi, poursuis : c'est par là qu on s'assure Un respect immortel chez la race future :

C'est par là que le ciel prépare ton Dauphin A remplir hautement son illustre destin :

Il y répond sans peine, et son jeune courage Accuse incessamment la paresse de l'âge ; Toute son âme vole après tes étendards, Brûle de partager ta gloire ^t tes hasards.

D'aller ainsi que toi de conquête en conquête.

Conservez , justes cieux , et lune et l'autre tête ; Modérez mieux l'ardeur d'un roi si généreux : Faites-le souvenir qu'il fait seul tous nos vœux, Que tout notre destin s'attache à sa personne , Qu'il feroit d'un faux pas chanceler sa couronne ; Et puisque ses périls nous forcent de trembler. Du moins n'en soufi&ez point qui nous puisse accabler.

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