‹ Œuvres de P. CorneilleChapitre 55 sur 123 · SUR SA LIBERALITE ENVERS LES MARCHANDS DE LA VILLE DE PARIS · texte numérisé non relu

SUR SA LIBERALITE ENVERS LES MARCHANDS DE LA VILLE DE PARIS

(jHAHSEz, peuples, chantez la valeur libérale ,

La bonté de Louis à son grand cœur égale :

Du trône , d*oii ses soins insultent les remparts ,

Forcent les bastions, brisent les boulevards,

Il vous tend cette main qui lance le tonnerre^

Et quand vous lui portez des secours pour la guerre,

Qu à tout donner pour lui vous tous montrez tout prêts ,

11 vous rend et vos dons, et d*heureux intérêts.

Ainsi quand du soleil la course rayonnante Fait rouler dans les cieux sa pompe dominante, Qu'en maître souverain de ce brillant séjoiu* Il règle les saisons et dispense le jour.

Il ne dédaigne point d'épandre ses lumières Sur les sables déserts et les tristes bruyères , Et sans que pour régner il veuille aucun appui , Il aime à voir Tamour que la terre a pour lui ; La terre qui Fadore exhale des nuages Qui du milieu des airs lui rendent ses hommages ; Mais il n'attire à lui cette semence d'eaux Que pour la distiller en de féconds ruisseaux, Et de tous les présents que lui fait la nature

* Ces ▼ers sont imites d'nnc pièce latine dont nous ignorons l'auteur, et qui fut imprimée avec la traductûm de GoroeiUe , en 1674*

Il n'en reçoit aucun sans rendre avec usure.

O vous , célèbre corps , à qui de l'univers Tous les bords sont connus et tous les ports ouverts ! Vous , par qui les trésors des plus heureuses plages Viennent de notre France enrichir les rivages, Oyez ce qu'au milieu du bruit de cent canons Votre grand roi prononce en faveur de vos dons, Ce qu'en votre faveur la muse me révèle !

Peuples , dit ce héros , je connois votre zèle , J'en aime les efforts, et dans tout l'avenir J'en saurai conserver l'amoureux souvenir ; Vous n'avez que trop vu ce qu'ose l'Allemagne, Ce que fait la Hollande, et qu'a tramé l'Espagne, Ce que leur union attente contre moi.

Plus l'attentat est grand, plus grande est votre foi , Et vous n'attendez point que je vous fasse dire Comme il faut soutenir ma gloire et mon empire ; Vous courez au-devant , et prodiguez vos biens Pour en mettre en mes mains les plus aisés moyens ; C'est votre seul devoir qui pour moi s'intéresse , C'est votre pur amoiu* qui pour moi vous en presse : Je le vois avec joie. A ces mots ce vainqueur , Sur son peuple en vrai père épanchant son grand cœur ^ Fait prendre ces présents , qu'un léger intervalle Renvoie accompagnés de sa bonté royale.

C'est assez, poursuit-il, d'avoir vu votre amour; La tendresse du mien veut agir à son tour.

Pour rendre cette guerre à ses auteurs funeste , Sujets dignes de moi , j'ai des trésors de reste ; J'en ai de plus surs même et de beaucoup plus grands Que ceux que vous' m'offrez , que ceux que je vous rends ; J'ai le fond de vos cœurs , et c'est, de quoi suffire

Aux plus rares exploits où. mon courage aspire : C'est aux ordres d*un roi ce qui donne le poids , C'est là qu'est le trésor, quest la force des jrois. Reprenez .œs présents dont l'offre m'est si chère; Si je les ai reçus , c'est en dépositaire , Et je saurai sans eux dissiper les complots : Que la triple alliance oppose à mon repos.

Ce fruit de vos trayaux destiné pour la guarë , Ces tributs. que vous font et la mer et la terré , Votre amour , votre ardeur à servir mes desseinSi Les rend assez à moi tant qu'ils sont en vos mains ; Mes troupes, par moi-même au péril animées , Renverseront sans eux les miu's et les armées, Ten ai la certitude , et de vous je ne veux Aucun autre secours que celui de vos vœux ; Offrezples sans relàdie au grand Dieu des batailles Tandis que mes canons foudroîront les murailles, Et devant ses autels, prosternés à genoux, Invoquezf-le poiu* moi , je combattrai pour vous. Là se tait le monarque, et sur de ses conquêtes, - Aux triomphes nouveaux il tient ses armes prêtes.* Cet éclat surprenant de magnanimité Par la nymphe à cent voix en tous heux est porlfé. Que de ravissements suivent cette nouvelle !

Cplbert y met le comble eu ministre fidèle :

Ce grand homme sous lui, maître de ses tréiwrs. Mande par ordre exprès ce grand et nombreux coips, Le force d'admirer des bontés sans mesure^ Et remet en ses mains ses dons avec usure.

De là ces doux trani^orts , ces prompts frémissements Qui poussent jusqu'au ciel mille applaudissements, Ces vœux si redoublés qui hâtent sa victoire,

aSo POÉSIES DIVERSES

Ces titres par avance élevés à sa gloire.

On voit Paris en foule accourir aux autels, Implorer le grand Maître, et tous les immortels; Ses temples sont ornés, des lumières sans nombre Y redoublent le jour , y font des nuits sans ombre : Son prélat donne Tordre , et par un saint emploi Répond aux dignités doni l'honore son roL

L'effet suit tant de vœux ; les plus puissantes villes Semblent ii'avoir pour nous que des remparts fragiles; On les perce, on les brise, on écrase les forts : Il y pleut mille feux , il y pleut mille morts. Les fleuves , les rochers , ne sont que vains obstacles ; Notre camp^à toute heure est fertile en miracles; Et lexemple d*nn roi qui se mêle aux dangers, Enflant le cœur aux siens , l'abat aux étrangers. Besançon voit bientôt sa dtadelle en poudre , Dôle avertit Salins de ce que peut sa foudre : Et toute la Comté, poiu* la seconde fois.

Rentre sous Theureux joug du plus juste des rois. Mais ce n est encor rien , et tant de murs par terre N'étalent aux regards que Tessai* d'une guerre. Où le manque de foi , qu'il comornence à punir , Voit le prélude afiBreux d'un plus rude avenir.

Généreux citoyrHis de cette immense ville , A qui par ce grand roi tout commerce est facile , Vous qui ne trouvez point de bords si peu connus Où son illustre nom ne vous ait prévenus; Si vous n'exppsez point de sang pour sa victoire. Vos cœurs, vos dons, vos vœux, ont du moins cette gloire Que votre exemple montre au reste des sujets Comme il faut d'un tel prince appuyer les projets. Plus à ses çnnemis il fait craindre ses armes , .

DE P. CORSEILLE. 2i5i

Plus la paix qa'îl sonhaite aura pour tous de charmes. Ce sera , peuple , alors que par d'autres vertus Ses lois triompkeront des Tiôes abattus ; Chaque jour , chaque instant lui fburfiîra Matière A déployer sw tous sa bonté tout entière; Les malheurs que la guerre aura trop fiadt dqrer , Cette même bonté saura les réparer.

Pour augure certaui, pour assuré pr^sa^f^, Dans ces dons qu il tous rend il tous en donne un gage; Et si jamais le del remplit ce doux souhait ^ Vous Toyez son amour, Tcms.en Terrez FeiCkt*

Présenté par les Gardes des Marchands, de la ville de^Ppis.. •

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