A MONSEIGNEUR
SUR SON MARIAGE*, i68o.
Fringe, l'appui des lis, et l'amour de la France, Toi, dont au berceau mèine elle admira Fen&nee, Et pour qui tous nos vœux s'efforçoîent d'obtenir Du souverain des rois un si bel avenir > Aujourd'hui qu'elle voit tes vertus é clatantea Répondre à nos souhaits > et passer nûs attentes 9 Quel supplice pour moi que Tâge a tout usé, De n'avoir à t'offrir qu'un esprit épuisé 5
D'autres y suppléront^ et tout notre Parnasse Va s'animer poiu* toi de ce que j'eus d'audace, Quand sur les bords du Rhin , pleins de san^ et d'efiroi , Je fis suivre à mes vers notre invincible roi.
Ce cours impétueux de rapides conquêtes, Qui jeta sous ses lois tant de murs et de têtes , Sembloit nous envier ^ès lors le doux loisir D'écrire le succès qu'il lui plaisoit choisir : Je m'en plaignis dès lors ; et quoi que leur histoire A qui les écriroit dût promettre de gloire , Je pardonnai sans peine au déclin de mes ans Qui ne m'çn laissoient plus la force ni le temps; J'eus même quelque joie à voir leur impuissance D'un devoir si pressant m'assurer la dispense ;
* Avec Anne-Marie-Christine de Bavière , fille de réiectcur Ferdi- Dand-Marie , et dUenriette- Adélaïde de Savoie. P.
a66 POÉSIES DIVERSES
Et , sans plus attenter aux miracles divers
Qui portent son grand nom au bout de l'univers ,
J espérai dignement terminer ma carrière ,
Si j'en pouvois tracer quelque ébauche grossière
Qui servît d un modèle à la postérité
De valeur , de prudence , et d'intrépidité :
Mais comme je tremblois de n'y pouvoir suffire ,
Il se lassa de vaincre , et je cessai d'écrire ;
£t ma plume , attachée à suivre ses hauts faits ,
Ainsi que ce héros acheva par la paix.
La paiX) ce grand chef-d'œuvre, où sa bonté suprême Pour triomphe dernier triompha de lui-même, Il la fit , mais en maître : il en dicta les lois ; Il rendit , il garda les places à son choix : Toujours grand , toujours juste , et, parmi les alarmes Que répandoit partout le bonheur de ses armes, Loin de se prévaloir de leurs brillants succès , De cette bonté seule il en crut tout Texcès ; Et l'éclat surprenant d'un vainqueur si modeste De mon feu presque éteint consuma l'heureux reste.
Ne t'offense donc point si je t'offre aujourd'hui Un génie épuisé , mais épuisé pour lui :
Tu dois y prendre part; son trône, sa couronne , Cet amas de lauriers qui partout l'environne. Tant de peuples réduits à rentrer sous sa loi , Sont autant de dépôts qu'il conserve pour toi ; Et mes vers, à ses pas enchaînant la victoire, Préparoient pour ta tête un rayon de sa gloire.
Quelle gloire pour toi d'être choisi des cieux Pour digne successeur de tous nos demi-dieux ! Quelle faveur du ciel de l'être à double titre D'un roi que tant d'états ont pris pour seul arbitre ,
Et d'avoir des venus prêtes à soutenir délies qui le font craindre, et qui le font bénir! C'est de tes jeunes ans ce que ta France espère Quand elle admire en toi l'image d'un tel père.
N'aspire pas pourtant à ses travaux guerriers : Oii trouveras-tu , prince, à cueillir des lauriers^ Des peuples à domter, et des murs à détruire? Yois-tu des ennemis en état de te nuire?
Son bras ou sa valeur les a tous désarmés ; S'ils ont tremblé sous l'un , l'autre les a charmés. Quelques lieux qu'il te plaise honorer de ta vue, Un respect amoureux y prévient ta venue ; Tous les murs sont ouverts, tous les cœurs sont soumis, Et de tous ces vaincus il t'a fait des amis.
A nos vœux les plus doux si tu veux satisËdre , / Vois moins ce qu'il a ùàt que ce qu'il aime à faire : La paix a ses vertus , et tu dois y régler Cette ardeur de lui plaire et de lui ressembler.
Vois quelle est sa justice , et quelle vigilance Par son ordre en ces lieux ramène l'abondance , Rétablit le commerce , et quels heureux projets Des charges de l'état soulagent ses sujets; Par quelle inexorable et propice tendresse Il sauve des duels le sang de sa noblesse ; . Comme il punit le crime, et par quelle terreur Dans les cœurs les plus durs il en verse l'horreur. Partout de ses vertus tu verras quelque marque, Quelque exemple partout à faire un vrai monarque.
Mais sais-tu quel salaire il s'en promet de toi? Une postérité digne d'un si grand roi, Qui fasse aimer ses lois chez la race future , Et les donne pour règle à toute la nature»
C'est sur ce digne espoir de sa tendre amitié Quil t'a choisi lûî^mAme une illustre moitié. Ses ancêtres ont su de plus d'une manière Unir le sang de Fratioe à celui de Bavière; Et rheureuse beauté qui t'attend pour mari Descend ainsi que toi de notre grand Henn ; Vous en tirez tous deux votre auguste origine , L'un par Louis le Juste, et l'autre par Christine , En d^ré tout pareil : ses a!eux paternels Firent avec les tiens ligue pour nos autels, Joignirent leurs drapeaux contre le fier insulte ' Que Luther et sa secte Àsoient faire au vrai culte ; Et Prague du dernier vit les &meux exploits De Rome dans ses murs faire accepter les lois.
Us ont assez donné de Césars à Tempire, Pour en donner encor, s'il en falloit élire ; Et notre grand monarque est assez redouté Pour faire encor voler l'aigle de leur côté.
Quel besoin toutefois de vanter leur noblesse Pour assurer ton cœur à la jeune princesse, Comme si ses vertus et Téclat de ses yeux A son mérite seul ne l'assuroient pas mieux?
La grandeur de son âme et son esprit sublime S'élèvent au-dessus de la plus haute estime ; Son accueil, ses bontés, ont de quoi tout charmer; Et tu n'auras enfin qu'à la voir pour Taimer.
Vois bénir en tous lieux l'hymen qui te l'amène
* Insuhe étjlt encore du genre mascuUn , et o€9 vers du Lutrin de Boileao en sont la preuve ;
Evrard sml , en un coin prodemment retiré , Se croyoit à cdlivtrt de rinsulte Mcré.
DE P. CORNEILLE. a6^
Des rives du Danube aux rives de la Seine ; Yois-le suivi partout des grâces et des jeux ; Vois la France à Fenyi lui porter tous ses vœux.
Je t'en peindrois ici là pompeuse allégresse : Mais pour s'y hasarder il faut de la jeunesse.» De quel front oserois-^je, avec mes cheveux gris, Ranger autour de toi les amours et les riâ ?
Ce sont de petits dieux ei^oués , mais timides , Qui s épouvanteroient dès qu'ils verroient mes rides; Et ne me point mêler à leur galant aspect C'«st te marquer mon zèle avec plus de respect.
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