‹ Œuvres de P. CorneilleChapitre 60 sur 123 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

Cette pièce se trouve imprimée sous le nom de saint Bonaventure, à la fin de ses Œuvres. Plusieurs doutent si elle est de lui , et je ne suis pas assez savant en son caractère pour en juger. Elle n*a pas l'élévation d'un docteur de l'Église , mais elle a la simplicité d'un saint , et sent assez le zèle de s6n siècle , où , dans les hymnes , proses , et autres compositions pieuses que l'on faisoit en latin , on recherchoit davantage les heureuses cadences de la rime que la justesse de la pensée. L'auteur de celle-ci a voulu trouver l'image de la Vierge en beaucoup de figures du vieux et du nouveau Testament; les applications qu'il en a faites sont quelquefois un peu forcées; et, quelque aide que j'aie tâché de lui prêter , la figure n'a pas toujours un entier rapport à la chose. Je me suis réglé à rendre chacun de ses huitains par , un dixain ; mais je ne me suis pas assujetti à les

' Ce petit ouvrage parut à Paris en i665 , m- 12.

faire tous de la même mesure ; j'y ai mêlé des vers longs et courts , selon que les expressions en ont eu besoin , pour avoir plus de conformité avec l'original , que j'ai tâché de suivre fidèlement. Vous y en trouverez d'assez passables , quand l'occasion s'en est offerte ; mais elle iie s'est pas offerte si souvent que je l'aurois souhaité pour votre satisfaction. Si ce coup d'essai ne déplaît pas , il m'enhardira à donner de temps en temps au public des ouvrages de cette nature , pour satisfaire en quelque sorte à l'obligation que nous avons tous d'employer à la gloire de Dieu du moins une partie des talents que nous en avons reçus. Il ne faut pas toutefois attendre de moi dans ces sortes, de matières autre chose que des traductions ou des paraphrases. Je suis si peu versé dans la théologie et dans la dévotion , que je n'ose me fier à moi-même quand il eri faut parler ; je les regarde comme des routes inconnues , où je m'égarerois aisément, si je nem'assuT rois de bons guides ; et ce n'est pas sans beaucoup de confusion que je me sens un esprit si fécond pour les choses du monde , et si stérile pour celles de Dieu. Peut-être l'a-t-il ainsi voulu pour me donner d'autant plus de quoi m'humilier devant lui , et rabattre cette vanité si naturelle à ceux qui se mêlent d'écrire, quand ils ont eu quelque succès avantageux. En attendant qu'il lui plaise m'inspirer et m'attirer plus fortement, je vous fais cet aveu sincère de ma foiblesse , et rie me hasarderai à vous rien dire de lui que je n'emprunte de ceuiç qu'il a mieux éclairés.

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