‹ Œuvres de P. CorneilleChapitre 75 sur 123 · PSAUME XLIV · texte numérisé non relu

PSAUME XLIV

Eructavit cor meum verbunt bonum,

J E me sens tout le cœur plein de grandes idées , Je les sens à l'envi s'en échapper sans moi , Je les sens yers le roi d'elles-mêmes guidées. Dédions-les toutes au roi.

Ma langue qui s-empresse à chanter son mérite , Suit plus rapidement r^<»t de mon esprit Que ne court une plume en la main la plus vite Qui puisse trac^ un écrit.

Sa beauté sans égale entre les fils des hommes Mêle une grâce infuse à ses moindres discours. Et Dieu, qui Ta béni sur tous tant que nous sommes , L'appuie, etTappuira toujours.

Grand monarque, dont l'âme est sans cesse occupée A bien remplir ce rang où le ciel vous a mis , Vous n'avez qu'à paroitre et ceindre votre épée Pour confondre vos ennemis.

Vos attraits sont si forts, vos actions si belles, Tant de gloire et d'amour les sait accompagner, Que chacun se déclare et pour eux et pour elles; *> • Et vous faire voir , c'est régner.

La justice en votre âme et la mansuétude Avec la vërité font un accord si doux, Que de tant de vertus la sainte plénitude Fait partout miracle pour vous.

D'un acier pénétrant la pointe de vos flèches Percera tous les cœurs rebelles à leur roi ; Et, voyant ruisseler leur sang par tant de brèches | Les peuples tomberont d'e£&oi.

Comme votre grandeur s'est toujours mesurée Sur la droiture même , et la même équité, Votre règne n'aura pour borne à sa durée Que celle de Fétemité.

La haine des forfaits, l'amour de la justice. Font de tous vos desseins les sacrés appareils : Et Dieu répand sur vous une onction propice Plus qu'il ne fait sur vos pareils.

De riches vétemens au jour de votre gloire, D'ambre, aloês, et myrrhe , embaumés à la fois, Seront tirés pour vous des cabinets d'ivoire Par les filles des plus grands rois.

La reine votre épouse à votre droite assbe Brillera d'une auguste et douce majesté ; Ses habits feront voir dans leur dorure exquise Une exquise diversité.

Mais écoute, ma fille, écoute et considère Combien en sa personne éclatent de trésors j. Oublie auprès de lui la maison de ton père, Et ce cher peuple d où ^u sora»

DE P. CORNEILLE. 3fi3

Plus soil amour pour toi se fera voir extrême , ' Plus tes soumissions les doivent honorer; Car enfin c'est ton roi, ton seigneur, ton Dieu même, Qu'on fera gloire d adorer.

Les princesses de Tyr te rendront leur hommage

Avec même respect qu'on t'aura vu pour lui :

Le riche avec ses dons briguera ton suffrage Et réclamera ton appui.

Mais si l'âme au dedans n'est encor mieux ornée, Reine , ce sera peu que l'ornement du corps.

Bien que la frange d'or en fleurons contournée Y borde cent divers trésors.

De cent filles d'honneur tu te verras suivie Quand il faudra paroître aux yeux d'un si grand roi ; Et tes plus proches même y verront sans envie Qu'on les y présente après toi.

Toutes en montreront une allégresse entière , Toutes y borneront leurs plus ardents souhaits , Toutes estimeront à faveur singulière , Le droit d'entrer dans son palais.

Pour récompense enfin d'avoir quitté tes pères , n te naîtra des fils plus grands , plu!s braves qu'eux, Qui feront recevoir tes lois les plus sévères Aux peuples les plus belliqueux.

La terre , qu'on verra trembler devant leur face , Conservera sous eux ton digne souvenir ; Et l'on respectera ton nom.de race en race Dans tous les siècles à venir.

3a4 POÉSIES DIVERSES

Toutes les nations en ta faveur unies , De ce nom à lenvi publîront la grandeur :

Et les temps jusqu'au bout de leurs courses finies En verront briller la splendeur.

Page 1