‹ Œuvres de P. CorneilleChapitre 74 sur 123 · PSAUME XXXVII · texte numérisé non relu

PSAUME XXXVII

Domine , ne infurore tuo arguas me,

uBiGNEUR, quand tu voudras convaincre ma foiblesse. Mets à part la ftu*eur de tes ressentiments, Et ne consulte point ton ire vengeresse Sur le choix de mes châtiments.

Les flèches que sur moi ton bras a décochées De leurs pointes d'acier hérissent tout mon cœur.

3i8 POÉSIES DIVERSES

Et ta main enf<^çant leurs atteintes cachées S'est af£n*mie en sa rigjueur.

Je ne vois sur ma chair que blessures mortelles , Qu ulcères qu'à toute heure ouvrent de nouveaux traits ; Mes crimes ont pour moi des pointes étemelles Qui de mes os chassent la paix.

Ces crimes entassés élèvent sur ma tète Des eaux de ta colère un fier débordement, Et d'un fardeau si lourd la pesanteur m'apprête Un long; et triste accablement.

Ma folie a long-temps négligé ma blessure ; Elle en a vu sans soin la plaie et les tumeurs , Et voit honteusement tourner en pourriture La corruption des humeurs.

La misère m'accable et la douleur me presse ; J'en marche tout courbé, j'en vis tout abattu , . Et partout où je vais l'excès de ma tristesse M'y traîne foible et sans vertu.

Ce n'est qu'illusion que l'éclat de ma vie, Qu'un vieux songe qui flatte , et qu'on rappelle en vain ; Il fait place à l'horreur de cette chair pourrie, Et d'un corps qui n'a rien de sain.

Dans ces afflictions et ces gènes cruelles, Quand je crois ne pousser que des gémissements , Je sens de nouveaux maux , et des rigueurs nouvelles Les tourner en rugissements.

Seigneur, jetex les yeux sur ma douleur profonde : Vous savez mes désirs, vous les connoissez tous;

Et j'ai beau déguiser ces maux à tout le inonde y Ils n'ont rien de caché pour vous.

Mon cœur est plein de trouble, et ma vigueur entière M'abandonne et m'expose à des âmes sans foi; « Et celui qui servoit à mes yeux de lumière Lui-même n est plus avec moi.

Son exemple a séduit mes amis et mes proches; Ib ont vu ma misère, et s'en sont écartés , Et ces lâches esprits reviennent aux approches Sous l'étendard des révoltés.

Les plus attachés même à chercher ma présence M'ont regardé de loin sans m'offrir de secours ^ Et laissé sans obstacle agir la violence

Qui cherchoit à trancher mes jours.

De ceux qui m'ont haï les langues mensongères Par des contes en l'air chaque jour m'ont noirci, Et leurs fourbes sans cesse ont forgé des chimères Par qui mon nom fut obscurci.

J'ai fait la sourde oreille et refusé d'entendre Ce que de l'imposture osoit l'indigne cours , Et ma bouche muette a dédaigné de rendre Réponse aucune à leurs discours.

fai mieux aimé passer, pour un homme incapable Et de rien écouter, et de rien démentir, Ou plutôt pour un homme ou stupide , ou coupable , Qui n'a point de quoi repartir.

Vous répondrez pour moi. Seigneur, et je l'espère, Moi qui n'ai jamais eu d'espérance qu'en vous :

Vous saurez, et bientôt , exaucer la prière Que je TOUS en fais à genoux.

Vous ne permettrez point qu'une pleine victoire Mette au-dessus de moi ces esprits insolents , Eux qui n'ont déjà pris que trop de vaine gloire D'avoir vu mes pas chancelants.

S'il faut sou&ir encore un coup de fouet plus rude, Je suis prêt ; déployez votre sévérité :

Ma peine est au-dessous de mon ingratitude , Et mon crime a tout mérité.

Je l'avoûrai tout haut, pour rendre mieux connue L'infâme énormité de tout ce que j'ai fiait, J'y pense nuit et jour , et n'ai devant la vue Que l'image de mon forfait.

Mais faut-il cependant que mes ennemis vivent Avec tant d'avantage affermis contre moi, Et que le nombre accru de ceux qui me poursuivent A jamais me fasse la loi?

Vous voyez à quel point enflent leur médisance Ceux dont l'injuste aigreur rend le mal pour le bien , A quel point ma bonté, réduite à l'impuissance. Les porte à ne douter de rien.

Ne m'abandonnez pas à toute ma disgrâce :

Autre que vous. Seigneur, ne peut me relever ; Ne VQus éloignez pas que ce torrent ne passe , Vous qui seul m'en pouvez sauver.

Venez, venez, mon Dieu, venez tôt àmon aide.

Contre tant de malheurs qui m'ont choisi pour but,

DE P. CORNEILLE. 32i

Vous qui de tous mes maux êtes le seul remède , Et Fespoir seul de mou salut.

Page 1