IV. If
les vieilles que les nouvelles. Celles qu'on appelie les nouvelles sont depuis 1702, et à celles-là on retranche les deux cinquièmes du capital, outre la réduction au denier s5. Les deux années qui n'ont point été payées sont jointes au capital. Malgré cette réduction, le roi doit encore 760 millions de livres à la maison-de-ville dont l'intérêt au denier 25 est de 3o millions de livres.
3 Janvier 1714.
Le père le Bel, récollet établi à Versailles, qui avait été nommé il y a douze ans à l'évèché de Bethléem dont la résidence est àClamecy dans le Nivernais, a enfin reçu ses bulles de Rome. Cet évêché lui était disputé par le père Sanlecque que M. de Nevers y avait nommé , prétendant que les ducs de Nevers avaient droit de nommer à cet évêché. Le père le Bel est fort accrédité dans son ordre, et le roi a toujours témoigné qu'il en faisait grand cas. Cet évêché ne vaut que 5oo écus de rente ; mais le clergé a coutume d'y ajouter une pension.
On prit hier au matin l'abbé Servien , à Paris , chez lui, et on l'a mis à Vincennes où on l'a enfermé dans le donjon. On ne lui permet d'avoir aucun de ses gens pour le servir. Personne ne le verra. On a mis le scellé sur ses papiers. On ne
dit point les raisons de cet emprisonnement. L'abbé Servien a soixante-cinq ans passés; il est (ils de feu M. Servien , surintendant des finances et plénipotentiaire à Munster. Il y a long-temps que cet abbé ne venait plus à la cour.
î3 Janvier.
Le bal de madame la duchesse de Berri fut fort magnifique et fort bien ordonné. On n'en sortit qu'à huit heures du matin , et les masques de Paris s'en retournèrent fort contens de monseigneur le duc de Berri et de madame la duchesse de Berri. 11 y eut pourtant une présidente à qui des jeunes gens considérables firent une insulte. Mais monseigneur le duc de Berri en fit des réprimandes si à propos qu'il en fut loué de tout le monde.
25 Janvier.
Il arriva un courrier de Madrid. La reine d'Espagne se trouvant plus mal, et ayant un grand dévoiement, demande qu'on lui envoie Helvétius. Il n'y voulait point aller, parce qu'il est fort incommodé et fort sujet à la goutte. Mais le roi lui a commandé de partir, et il est parti en chaise de poste. Il y a une autre chaise qui le suit , en cas que la sienne vienne à se rompre , et dans cette chaise est le fils de M. Orry. ïl y a outre cela cinq à six hommes à cheval. Par le détail qu'on
lui fait de la maladie de la reine , et que MM. Fagon et Chirac ont vue, on croit que cette princesse sera morte avant que Helvétius soit arrivé à Madrid.
9 Février.
MM. les évêques qui ont été de l'avis du cardinal de Noailles, ont eu des lettres de cachet pour retourner à leurs évêchés. Us ne sont plus que sept; car M. de Laon a changé d'avis, et s'est joint aux quarante.
18 Février.
L'ordinaire de Madrid a porté de mauvaises nouvelles de la santé de la reine d'Espagne ; on croit que le premier courrier apportera la nouvelle de sa mort. Elle a reçu tous ses sacremens. Elle avait pour confesseur un jésuite, mais elle l'a changé, et elle a pris un dominicain.
N. D. A. Les deux sœurs vérifièrent trop à la lettre un bon mot du premier président du Harlay. Trouvant à son audience deux jésuites et deux pères de l'Oratoire, qui avaient un procès ensemble, il les fit entrer dans son cabinet, et s'assit au milieu d'eux, ayant les jésuites à sa gauche, et les pères de l'Oratoire à sa droite, qui lui parlèrent l'un après l'autre de leur procès. Ensuite, et pour toute réponse, il se tourna aux jésuites, et avec ce tonliypoerit.e qui lui était si naturel : «Mes pères, leur dit-il, je voudrais toujours vivre avec «vous, » et se retournant aux pères de l'Oratoire, et do même ton comme achevant la phrase, « et mourir avec vous.
• nus pères. « Cette gène qui venait de la cour de France sur celle d'Espagne, reparut en cette triste occasion, et renouvela étrangement les discours du monde. Cette reine, avec les plus grandes et les plus aimables qualités, et avec l'amour pour elle des peuples, des seigneurs, et de toute l'Espagne, avait plus que toute autre chose contribué aux secours inespérés qui, parmi tant de prodigieux revers, maintinrent son mari sur le trône. L'empire de madame des Ursins, dont elle avait été l'échelon et l'appui , et qui devenait insupportable, commençait d'aliéner les cœurs de cette reine, qui ne fut pas aussi regrettée qu'on l'aurait cru. Le roi même, qui lui paraissait si attaché , alla sitôt après sa mort à la chasse, et on la porta le même jour à l'Escurial. La surprise fut encore plus grande de ce que, étant à cheval, il se détourna exprès pour s'approcher du convoi, et le voir passer. Après quelque temps, la reine fut plus regrettée, et devint le plus cher souvenir de toute l'Espagne , et par l'aversion universelle de celle qui lui succéda , et au passage de qui par les rues de Madrid le peuple dépité criait : J'iva la Savoyana, pour iusuller la Parmesane.
2 Mars.
Le roi commanda au cardinal de Rohan d'aller demain à la Sorbonne qui se rassemble pour les affaires de la constitution ; et le roi leur envoie une lettre de cachet pour la recevoir sans retardement et sans représentation.
14 Mars.
Le roi, après son lever, donna audience dans son cabinet aux députés de la Sorbonne que le
cardinal de Rohan lui présenta. S. M. fit une réponse à leur harangue , assez longue et beaucoup plus belle que la harangue.
27 Mars.
M. de la Houssaye, s'étant excusé d'accepter l'emploi de plénipotentiaire avec le comte de Luc à qui il ne voulut pas céder, parce qu'il est conseiller-d'État et que le comte de Luc ne l'est pas, le roi a nommé en sa place M. de Saint-Contest , intendant de Metz.
N. D. A. C'est la première fois que les conseillers d'Etat ont prétendu ne pas céder aux gens de qualité. Le roi le trouva ridicule, s'en expliqua, mais laissa faire; et tout en le blâmant, même aigrement , y arriva, en substituant un maître des requêtes au lieu du conseiller d'Etat, On verra dans la régence le désordre que cette tolérance a en (an lé.
29 Mars.
M. de Montauban , qu'on avait mis à la Bastille sur des accusations qu'avait Faites la famille de sa femme sur la religion , a été justifié ; il est en liberté présentement, et le roi a ordonné qu'on mît en sa place à la Bastille la dame de la Motte , mère de sa femme, qui était celle principalement qui avait donné des mémoires contre lui. M. de Montauban demande grâce au roi présentaient pour sa bellc-mcre.
4 Avril.
Le roi a résolu d'augmenter son parc de Marly de dix mille toises qu'on prend sur la foret. 11 y va demain se promener, et il verra le terrain qu'il y veut faire enfermer. Il veut faire aussi à Marly des agrandissement et pour les écuries et pour le chenil, l'équipage de chasse étant fort augmenté depuis que M. le comte de Toulouse est grand veneur.
14 Avril.
Il est arrivé de Rome un décret de l'inquisition contre le mandement du cardinal de Noailles et celui de l'archevêque de Tours, que l'on qualifie de captieux , scandaleux , téméraires , injurieux au Saint-Siège , et l'on ajoute même à celui du cardinal de Noailles, sentant le schisme, et y conduisant.
11 Mai.
On a exilé trois docteurs de Sorbonne , qui sont l'abbé Bidal, l'abbé de Bragelonne et M. Hulot.
Depuis que le cardinal de Bouillon est arrivé à Rome , les cardinaux de la Trémoille et Gualterio lui ont rendu une visite comme au doyen des cardinaux. Le roi leur avait permis de lui rendre cette visite, et leur a ordonné de ne lui en pas rendre d'autres.
i96 ARTICLES INEDITS.
17 Mai.
M. le maréchal de Villars fut élu tout d'une voix à l'Académie en la place de M. l'évêque de Senlis frère de M. Cham illard. 11 avait écrit une lettre à un académicien pour la lire à l'Académie après son élection , dans laquelle il mandait que M. le cardinal de Rohan,M. le cardinal de Poiignac et moi pouvions assurer la compagnie qu'il recevait avec beaucoup de joie et de reconnaissance l'honneur qu'on lui faisait de le choisir.
JV. /). A. L'Académie française se perdit peu à peu par sa vanité et par sa complaisance. Elle serait demeurée en lustre si elle s'en était tenue à son institution. La complaisance commença à la gâter. Des personnes puissantes par leur élévation ou parleur crédit, protégèrent des sujets qui ne pouvaient lui être utiles, et conséquemment ne pouvaient lui faire honneur. Ces protections s'étendirent après jusque sur leurs domestiques par orgueil, et ces domestiques, qui n'avaient souvent pas d'autre mérite littéraire , furent admis. De là cela se tourna en espèce de droit que l'usage autorisa , et qui remplit étrangement FAcadémie. Pour essayer de se relever au moins par la qualité de ses membres, elle élut des gens considérables, mais qui ne l'étaient que par leur naissance ou leurs emplois, sans lesquels les lettres ne les auraient jamais admis dans une société littéraire, et ces personnes eurent la petitesse de s'imaginer que la qualité d'académiciens les rendait académiques. De l'un à l'autre, cette mode s'introduisit, et l'Académie s'en applaudit par la vanité de faire subir a ces hommes distingués une égalité littéraire. Tel qui eut été à peine assis chez un autre, se croyait quelque cfcose
de grand par ce mélange , et ne sentait pas que cette distinction intérieure et momentanée ne différait guère de celle des rois de théâtre et des héros d'opéra. Tant que PAcadémie n'a été ouverte qu'à des prélats et à des magistrats, en petit nombre, distingués en effet par les lettres, et à des gens de qualité, même de dignité, s'il s'en trouvait de tels, elle leur a donné, et en a reçu un éclat réciproque ; mais depuis que, par mode et par succession de temps , les grandes places , et celles de domestiques, sans autres titres, s'y sont réunies , les lettres sont tombées dans le néant par le très-petit nombre de gens de lettres qui y ont eu place, et qui se sont découragés par les confrères qui leur ont été donnés, parfaitement inutiles aux lettres, et bons seulement à y cabaler des élections. On admirera la fatuité de plusieurs gens considérables, qui s'y laissèrent entraîner, et celle de l'Académie à les élire.
8 Juin.
Il y a eu du désordre à Lyon. Les bouchers avaient animé la populace sur ce que la ville avait mis une imposition sur la viande. La sédition a été assez grande. Beaucoup de peuple avait pris les armes. Cela est un peu apaisé , parce que M. de Meillan l'intendant a fait ôter cette imposition nouvelle, dont on n'est pas trop content ici. Le maréchal de Villeroi, qui est à Villeroi avec la goutte , a écrit au roi pour le prier de lui permettre d'y aller.
9 Juin.
Le roi permet au maréchal de Villeroi d'aller à L\on, et lui sait très-bon gré de s'être offert. Il
'Mjti ARTICLES INEDITS.
partira le j5. On a envoyé à quelques-unes des troupes qui campent sur la Saône l'ordre de marcher à Lyon , afin que le maréchal se puisse faire obéir, en cas que les mutins fussent en assez grand nombre pour vouloir s'opposer à ses ordres.
Madame la duchesse de Bouillon alla sur les sept heures du soir de Paris à Clichi , où M. de Bouillon est malade depuis quelque temps. En y arrivant elle se trouva très-mal. Elle mourut sans qu'on put lui donner aucun secours ni pour l'ame ni pour le corps.
N. D. A. Quoique la plus heureuse et la moins déraisonnable des nièces de Mazarin , sa vie avait été d'autant plus libre , qu'elle était échue au meilleur et au plus commode des maris. Visage aimable, beaucoup d'esprit, orné, hardi, màie, entreprenant, dominant; de la hauteur en tout genre; quoique répudiée du commerce de toutes les femmes qui avaient le moindre soin de leur réputation , elle s'était formé une cour des autres, et de ce qu'il y avait de plus distingué en hommes , ou par l'esprit , ou par l'éclat extérieur. Grand jeu et toutes sortes de jeux ; grande table soir et matin ; par grandeur sortant peu de chez elle On pouvait dire avec raison que c'était la. reine de Paris et des lieux où elle fut exilée. Ménagée et crainte de tout le monde, avec un art de plaire, une politesse digne, un grand savoir-vivre, un reste du temps passé rehaussé de princerie. M. de Bouillon , toujours à la cour, ne la voyait guère. Elle y allait elle-même fort rarement. On l'entendait parler de deux pièces en arri-
vaut chez le roi ; et si le roi, qui la craignait et ne l'aimait pas, ne lui disait rien , elle l'attaquait de conversation. Le courtisan faisait partout foule autour d'elle. Monsieur l'aimait fort, et allait presque toujours à Saint-Cloud avec elle. Elle n'avait pour M. de Bouillon qu'un épiderme de bienséance, et ne se contraignait pas de montrer tout le mépris qu'elle avait pour lui. Il en avait toujours été amoureux; et cet amour, de concert avec son peu d'esprit et sa bonhomie, lui avait fermé les yeux à tout ce qu'elle ne s'était jamais embarrassée de cacher ni à lui ni à personne. Un coup de sang lui fit enfin justice, et sans avoir été malade, en arrivant de Paris pour dîner avec lui à Clichy, où il était venu de Versailles prendre le lait pendant quelques jours, elle tomba morte précisément à ses pieds. Le spectacle le toucha ; l'amour l'affligea ; sa fille lui en fit honte, et il n'osa montrer son affliction long-temps. C'était un très-bon homme, de point d'esprit, de peu de sens, ruiné, volé, dominé à merveille par tous les siens, aimé du gros parce qu'on aime en gros ces bénins caractères, mais prince tant qu'il pouvait el avec grand embarras; aimé du roi pour son assiduité, ses flatteries et sa servitude. Il passa quatre-vingts ans avec une santé fort faible , et une mine plus qu'au-dessous de sa naissance et de sa fortune.
3 Juillet.
On a reçu des lettres de Lyon. Les désordres y <mt apaisés. Quelques-uns des plus mutins ont quitté la ville avant que le maréchal de Villeroi y arrivât. Ce maréchal a rétabli tous les droits que les séditieux avaient fait ôter, et il n'y a eu nulle opposition. On croit qu'on punira le commis des rrtiers . qui avait un peu abusé de son emploi.
9oo ARTICLES INÉDITS.
5 Juillet.
Le maréchal de Villars présenta au roi à son coucher la harangue qu'il avait faite à l'Académie. C'est l'usage de les imprimer, et de les donner au roi.
9 Juillet.
Madame la Duchesse et les princesses ses filles vont tous les soirs se baigner à la rivière , en-deçà de la machine (de Marly).
14 Juillet.
L'abbé Bignon, que M. le chancelier de Pontchartrain , son oncle , avait chargé du soin de la librairie, qui demande beaucoup d'application et de connaissances , a remis cet emploi où il n'y a point d'appointemens, mais qui ne laisserait pas de valoir assez si on voulait. Le nouveau chancelier en a chargé M. de la Rochepot son gendre.
16 Juillet.
M. du Buisson, intendant des finances, a eu ordre de se défaire de sa charge, parce qu'il est si vieux, qu'il n'est plus en état de la faire. Il avait peine à la quitter, mais il a fallu obéir. On a choisi M. Fagon, maître des requêtes.
11 Août.
Madame la duchesse de Berri, outre les douze
ANNEE 1714. 3oi
gardes que le roi a ordonné qu'elle eût, voulait en avoir dix-huit autres, pour relever tous les jours les douze gardes, et remplacer même ceux qui pourraient être malades ou absens. Ainsi elle en aurait eu toujours douze dans sa salle des gardes, et pour suivre à cheval quand elle serait en carrosse ; mais le roi n'a pas jugé que cela dût être.
24 Août.
Monseigneur le dauphin prit les chausses, et il en paraît encore plus joli; il n'a que quatre ans et demi.
6 Septembre.
Le maréchal de Villeroi ne reviendra de Lyon que dans quelques jours. Il a fait punir les séditieux. Il travaille présentement à faire faire le procès aux commis des traitans , qui avaient voulu pousser leurs droits trop loin.
21 Septembre.
Les états de Languedoc s'assembleront cette année à Nîmes. Ils s'étaient toujours assemblés à Montpellier depuis quelques années. On a jugé à propos de les mettre dans une autre ville , parce que l'on n'est pas content de 1 evêque de Montpellier, sur les affaires de la constitution.
3o Septembre.
M. l'archevêque de Narbonne est nommé président de l'assemblée du clergé, qui commencera
3oa ARTICLES INÉDITS.
au mois de mai et qui se tiendra à Pontoise. On n'a pas voulu que ce fut dans le diocèse de Paris. Il n'y avait point eu d'assemblée du clergé à Pontoise depuis l'année i65o.
16 Octobre.
M. le Blanc, intendant à Dunkerque, a fait arrêter deux Anglais qu'on a trouvés sondant le canal de Mardik. Le nouveau roi d'Angleterre se plaint un peu de ce que nous faisons travailler à ce
canal-là.
17 Octobre.
M. de Chalais, que le roi d'Espagne a envoyé deux fois ici , comme un homme en qui il a grande confiance, a été fait grand d'Espagne. Le roi lui a permis de recevoir cet honneur, mais à condition qu'il ne viendra point ici, parce que le roi ne veut plus que ses sujets acceptent cette grâce, ne voulant pas multiplier les honneurs dans sa cour. Il est neveu et héritier du premier mari de madame des Ursins.
19 Octobre.
Il y avait une course de chevaux réglée pour dimanche. MM. les ducs d'Aumont et de Fronsac avaient fait de grosses gageures , et plusieurs gens s'étaient intéressés avec eux. On conseilla à
M. de Fronsac de rompre la gageure, et M. d'Aumont y voulut bien consentir.
4 Novembre.
Le roi envoie M. de Saint-Olon, un de ses gentilshommes ordinaires , à Marseille pour y recevoir un ambassadeur de Perse que le sophi envoie au roi, ambassade qu'on n'est point accoutumé de voir. Cest la grande réputation du roi dans les pays même les plus éloignés, qui attire cette ambassade.
N. D. A. Cette ambassade fut toujours fort équivoque , et même quelque chose de plus. Ce qu'on crut en démêler' de mieux, fut qu'un ministre d'une des provinces de Perse, comme qui dirait un intendant de Languedoc, avait envoyé ce prétendu ambassadeur pour des affaires de négoce entre des marchands, et que pour se faire défrayer il contrefit l'ambassadeur de Perse; que Pontchartrain , dont cette ambassade regardait le département, ne voulut pas dévoiler la friponnerie , pour amuser le roi, et lui faire sa cour en lui laissant croire que le sophi lui envoyait un ambassadeur. En effet le roi y prit si bien , qu'il parut par toute sa conduite à cet égard, qu'il en croyait sa gloire fort rehaussée. Peu d'autres que lui en furent les dupes ; l'ambassadeur lui-même, homme bas et insolent, et de plus extravagant et d'une avarice sordide, soutint fort mal le caractère dont il prétendait être revêtu. Les suites découvrirent encore plus à plein la fourberie; mais le roi était mort, et Pontchartrain chassé de sa place
19 Novembre.
Le roi a taxé les régimens d'infanterie, qui se
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vendaient si cher qu'ily avait peu de gens de qualité qui les pussent acheter. Les six vieux corps sont taxés à 75,000 livres; les six petits vieux à 55,ooo livres. Les régimens suivant ces douze premiers jusqu'à ceux qui furent faits en 1684, et qu'on appelle les régimens de Luxembourg, sont taxés à 40,000 livres. Ces régimens-là sont appelés Luxembourg, parce que c'est cette année-là que nous prîmes Luxembourg. On a mis tous les autres régimens qu'on conserve à 3o,ooo livres, à commencer par celui de Guienne. On n'a point taxé les régimens des princes, comme Orléans, Chartres, Bourbon, etc., parce que ce sont les princes qui, avec l'agrément du roi, en disposent.
a5 Décembre.
Le roi donne au prédicateur qui prêche l'avent i5oo livres, et 3,ooo livres à celui qui prêche le carême.
6 Janvier 171 5.
On apprit la mort de M. de Grignan, qui était parti de Lambesc pour aller à Marseille. Il est mort dans une hôtellerie sur le chemin. Il n'a que deux filles de deux mariages différens. L'aînée est la marquise de Vibraye, et la cadette la marquise de Simiane, qui était toujours auprès de lui, et qu'il a avantagée autant qu'il a pu. Ii avait quatrevingt-trois ans.
ANNÉE 171 5. 3o5
10 Janvier.
Le cardinal de Polignac eut une longue audience de madame de Maintenon, à Saint-Cyr. Il a demandé au roi l'archevêché de Cambrai. Il n'est pas prêtre encore; mais il songe à l'être, et a besoin des bontés du roi, et d'une grâce considérable , car il est mai dans ses affaires.
i3 Janvier.
M. l'évêque de Fréjus demandait au roi depuis quelque temps la permission de se démettre de son évêché, quoiqu'il soit d'un assez grand revenu. Le roi le lui a permis, et lui a donné une petite abbaye qui ne vaut pas la cinquième partie du revenu de l'évêché.
N. D. A, Ce prélat règne encore et seul et uniquement, et avec toute plénitude de puissance. Tl n'est donc pas temps de parler d'un homme parvenu à un état unique et sans exemple dans l'histoire. Qu'en dire de son vivant sans soupçon de haine ou de flatterie , non-seulement de son gouvernement et de son personnel, mais même des degrés qui l'ont porté sur le trône ? Voici l'époque de ces merveilles qui confondent les hommes les plus prude#8, mais qui sont dans la vue des profondeurs de la Providence.
20 Janvier.
L'ordinaire d'Espagne apporta des lettres de Madrid, du 7 de ce mois. Le roi paraît fort content de la nouvelle reine, qui entre dans tous ses iv. 20
3o6 ARTICLES INÉDITS.
goûts, et qui le suit tous les jours à la chasse. On mande qu'elle tire à merveille.
22 Janvier.
Le maréchal de Montrevel, qui voulait faire élever à Bordeaux une statue magnifique au roi , n'a pas pu réussir dans son entreprise. Il est parti d'ici avant la fin de l'année, fort fâché de n'avoir pas pu exécuter ce projet, qui était fort beau.
N. D. A. Montrevel, bas courtisan, et de fort peu d'esprit, conçut l'idée de donner au roi le réchauffé de M. de la Feuillade de la place des Victoires, et en espérait bien des retours. Mais il devait plus qu'il n'avait, et comme c'était aux dépens d'autrui qu'il espérait tirer cette chère flatterie par son éloquence et son autorité , il eut le double dépit de voir aller ses projets en fumée , et le monde se moquer doublement de lui.
On a mis à la Bastille madame d'Esclainvilliers, accusée d'avoir voulu faire assassiner son mari dans son château , par quatre hommes à qui elle avait promis chacun 3,ooo liv. On prétend qu'un de ces quatre hommes alla tout découvrir au mari, qui a fait arrêter sa femme.
6 Février.
L'évêque de Pamiers, qui préside aux états du pays de Foix, et qui est le seul des évèques qui y ait séance , étant accusé de ne vouloir pas rece-
voir la constitution , a ordre de ne se point trouver à cette assemblée.
8 Février.
Le roi joua chez madame de Maintenon avec les dames, et le soir il y eut la comédie du Baron d'Albicrak, et du Cocu imaginaire.
Madame de Polignac, fille de madame de Mailly, partira lundi de Paris pour s'en aller au Puy-en- Velay, dont son mari est gouverneur. Sa famille n'a point été contente de sa conduite , et a voulu qu'elle s'éloignât de Paris. Elle s'y est résolue de fort bonne grâce. Elle n'a point eu de lettre-decachet, comme on l'avait dit.
1 1 Février.
Dipi, qui était notre interprète pour l'ambassadeur de Perse, est mort en deux jours de maladie. On a envoyé chercher un curé d'Amboise, qui a passé plusieurs années en Perse, pour remplacer Dipi pendant que l'ambassadeur sera ici.
i5 Février.
On apprend de Madrid que Orry a ordre de sortir du royaume , sans voir le roi d'Espagne. Son départ et sa disgrâce pourront bien empêcher le siège de Majorque , car c'est lui qui avait fait tous les préparatifs pour cette entreprise , et qui faisait trouver l'argent dont on avait besoin. Macanas ,
3o8 ARTICLES INEDITS.
qui avait écrit contre l'inquisition, est disgracié aussi.
N. D. A. Orry, qui n'était qu'un avec madame des Ursins, fut chassé ainsi, qu'elle , aux applaudissemens de toute l'Espagne, et fort mal reçu en notre cour. Ses provisions étaient faites, et il eut de quoi se consoler. Qui lui eût dit que seize ans après, son fils serait contrôleur-général des finances, il ne l'eût pas cru. Pour Macanas, lui et le cardinal del Giudice étaient les sceaux du puits. Après qu'on se fut servi de sa plume pour se défendre de Rome , il fut abandonné aux esclaves de cette cour , e'n haine de madame des Ursins , qui avait tendu son livre en panneau au cardinal del Giudice , lequel, rétabli sur ses ruines, ne songea qu'à la vengeance. La disgrâce de ce digne et savant magistrat devint si forte , qu'il ne put se dérober à la fureur de l'inquisition qu'en passaut les Pyrénées. Il a vécu vingt ans depuis , errant en France et en Flandre , payé toutefois par le roi d'Espagne , et conservant un commerce direct d'affaires avec lui , mais obscur, et par intervalles. A la fin l'argent a tari et le commerce a fini, et il a mené depuis une vie pauvre, misérable, caché en France , détestant son maître et sa fidélité , dans les ruines de son repos et de sa famille. Rome donne souvent de pareils exemples, jusqu'en France, et vient aussi à bout de tout, quoique en ce même genre les petits rois, comme Portugal et Sardaigne , vengent les grands monarques , et s'en trouvent fort bien.
4 Mars.
L'ambassadeur de Perse alla à l'Opéra à Paris. On lui avait fait garder l'amphithéâtre. Il fut charmé des danses plus que de la musique.
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M. le comte du Luc a renouvelé l'alliance de la France avec les cantons catholiques. Il travaille présentement à la renouveler avec les cantons protestans , ce qui sera plus difficile parce que les catholiques et les protestans sont fort animés les uns contre les autres. On prétend même que les ministres du pape en ce pays-là ont fort aigri les esprits. Cela retarde fort le voyage du comte du Luc à Vienne, où sa présence serait nécessaire parce que les Anglais y ont toujours des ministres qui voudraient engager l'Empereur dans leur animosité contre la France.
N„D. A. On se sent encore depuis vingt ans de la bévue de ce traité, qui mit la dissension , puis la guerre, entre les cantons catholiques et protestans, qui a occasioné une fatale supériorité au canton de Berne , et qui a toujours depuis arrêté le renouvellement de l'alliance des cantons protestans avec la France , qui sont bien plus puissans que les cantons
catholiques.
21 Mars.
Le duc de Fronsac avait fait quelques démarches qui faisaient croire qu'il voulait se venger d'un procédé qu'avait eu avec lui un page de la grande écurie, le jour de l'audience de l'ambassadeur de Perse. M. de Fronsac prétend que tout ce qui a été dit là-dessus est faux, mais le public l'avait échauffé. M. le duc d'Orléans prit hier sa parole ,
3io ARTICLES INÉDITS.
et lai imposa silence. MM. les ducs ne veulent point reconnaître le tribunal des maréchaux de France.
N. D. A. Cette prétendue affaire était passablement ridicule. M. le duc d'Orléans se trouva sous la main , et finit cela en l'arrêtant sur-le-champ. Au moins Dangeau avoue ici que les ducs ne veulent pas reconnaître le tribunal des maréchaux de France, et par les diverses occasions qu'il en a rapportées, quoique à sa manière, montre qu'ils ne le reconnaissent ni
de droit ni de fait.
8 Avril,
Il y a eu trois prédicateurs chassés de Paris. Il y en a même un des trois qu'on a mis à la Bastille.
12 Avril.
On ne croit pas que milord Stairs prenne la qualité d'ambassadeur. Il parle toujours fort haut aux ministres, et on lui répond de même. On ne le croit pas trop bien intentionné, et on ne sera pas fâché de le voir partir.
i3 Avril.
M. le Grand , qui ne peut pas se tenir debout , se fit porter dans le cabinet du roi, et lui apprit
la mort de la princesse D Elle est morte à
Clermont et en fort peu de temps. On dit qu'elle laisse beaucoup de bien. Elle avait ici et à Fontainebleau de beaux logemens dans les châteaux qui sont déjà demandés par biens des gens.
ANNEE 1715. 3 ri
N. D. A. C'était une mégère, qui sut se conserver jusqu'au bout l'amitié Je madame de Maintenon , et jusqu'au bout aussi vivre de fureurs, de rapines et d'hypocrisie. Sa mort fut un grand soulagement pour la cour, même pour sa famille, malgré tout ce qu'elle lui valut. Cette princesse, qui avait été belle et point trop cruelle, était devenue hideuse. C'était une harpie qui prenait de toutes mains au jeu, comme ailleurs; qui ne pavait personne , qui battait ses gens et ses femmes comme plâtre, et qui en était quelquefois très-bien rossée; tempêtant chez elle avec tant de furie, que ses voisins àMarly n'y pouvaient tenir; avec cela dévote incomparable, et communiant tant et plus; fléau de ses enfans, et ayant fait déserter son mari ; haute par-delà l'insolence à l'ordinaire de sa vie , et plus basse que l'herbe devant quiconque elle avait ou pouvait avoir affaire. Avec ces aimables qualités, elle avait trouvé une telle grâce devant madame de Maintenon, qu'elle était et faisait ce qu'il lui plaisait, et on ne comprenait rien à ce goût. Il lui est arrivé d'être accablée dans son lit, à Marly, de pelotes de neige, par madame la duchesse de Bourgogne et sa suite, et d'avoir non-seulement le lit, mais la chambre noyée , et d'autres fois d'être réveillée en sursaut par tous les tambours de la garde suisse tout autour de son lit. Tantôt le chemin du pavillon du roi chez elle se trouvait bordé de pétards au milieu desquels ses porteurs avertis l'abandonnaient toute seule. Une autre fois elle eût sauté en l'air par un pétard sous son tabouret , si quelqu'un n'eût averti que c'était de quoi l'estropier; quelquefois cousue à son siège en jouant, et laissée à s'en dépêtrer toute seule. Elle y était si accoutumée qu'étant allée en Lorraine , deux jours après son arrivée on tira des pétards pour je ne sais quelle fête. Elle ne le savait point, et après une grande peur elle s'écria que c'était par trop, et toute en furie, qu'on la poursuivait
jusqu'en Lorraine , où étant princesse elle devait être au moins à l'abri. On ne sut ce qu'elle voulait dire , et on y apprit avec scandale, par cette aventure, tout ce que journellement elle essuyait à la cour. On ne l'y appelait que princhi— pionnette ; c'est ce qui la peinait le plus , mais ce que jamais elle ne put corriger. Ce qu'elle a eu du roi , fait d'affaires , pris de force ou d'adresse , ne se peut nombrer. Deux de ses fils passèrent à l'Empereur, où ils sont morts.
39 Avril.
Le roi fait partir un de ses écuyers qui mène au roi Auguste six très-beaux chevaux d'Espagne avec des harnais et des housses très-magnifiques. On n'avait encore rien vu de si beau et si superbe en ce genre-là- Il y a des pistolets à tous les chevaux qui répondent à la magnificence de l'équipage.
On a mis à la Bastille madame de Nassau , sœur du marquis de Nesle. C'est sa famille même qui a demandé qu'on l'y mît. Son mari l'accuse de choses effroyables, et avait présenté, il y a quelques jours, au roi, un placet où il priait S. M. de lui permettre de convaincre sa femme d'adultère, et de pouvoir attaquer en justice ceux qui l'avaient commis avec elle.
5 Mai.
Le roi a fait quitter le grand deuil à madame la duchesse de Berri, et l'a menée dans le salon
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pour y tenir le jeu. On avait coutume depuis quelques années de porter le deuil d'un mari quarante jours après Tan révolu; mais le roi s'étant informé à beaucoup de dames de ce qui se faisait autrefois, elles l'ont assuré qu'on ne portait le grand deuil qu'un an entier. Il a ordonné à madame la duchesse de Berri de suivre cet ancien usage.
N. D. A. On a vu souvent dans ces Mémoires combien les grands deuils importunaient le roi , et le peu de mesures qu'il y garda dans sa plus proche famille.
13 Mai.
M. le bailli de Mesme , ambassadeur de Malte , alla rendre visite en cérémonie à M. le prince de Dombe , qui le reçut à l'arsenal. C'est la première fois que les enfans des enfans naturels aient reçu pareil honneur; mais aussi n'ont-ils jamais eu un si grand rang que celui qu'ils ont aujourd'hui.
18 Mai.
Un aide-de-camp de milord Stairs, qui était venu avec lui à Paris, étant retourné en Angleterre, y a dit beaucoup de sottises sur la santé du roi , qui sont toutes très-fausses , Dieu merci. Le roi méprise fort tous ces sots bruits. Mais le milord en ayant été averti, a désavoué cet aide-de-camp, et a déclaré même que c'était un fripon qu'il avait
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chassé de chez lui, et que si jamais il tombe en son pouvoir , il le fera châtier rudement. Cela n'a pas laissé d'affliger fort ce mil or d.
N D. A. La santé du roi diminuait à vue d'œil , quoiqu'il ne changeât rien à sa manière de vivre. Il maigrissait et changeait tous les jours. Les paris s'ouvrirent publiquement en Angleterre , sur le peu de durée de sa vie , et beaucoup parièrent qu'il verrait à peine les premiers jours de septembre. Torcy lui lisant en particulier quelques gazettes, qu'il n'avait point parcourues auparavant , vint à s'arrêter court, puis à reprendre comme un homme qui saute et qui est embarrassé. Le roi s'en aperçut, et voulut tout voir. Torcy, ne pouvant s'en défendre , lut tout. C'étaient ces paris. Le roi ne fit pas semblant d'en être touché , mais il le fut profondément , et ne put s'empêcher d'en parler généralement à son petit couvert. Il fit ce qu'il put pour manger et montrer de l'appétit , mais on voyait que les morceaux lui croissaient à la bouche. Tout cela ne laissa pas de faire une sorte de mouvement , mais en même temps tint encore le monde et la cour plus circonspects, et surtout ceux qui pouvaient par leur position avoir lieu d'y èlre plus attentifs que les autres.
19 Juin.
Le roi apprit à son lever la mort de l'évêque de Bayeux. Il avait quatre-vingt-six ans. Il était beaufrère de la présidente de ^Nesmond. Son évèché vaut plus de 60,000 livres de rente; mais il était si charitable qu'il en donnait plus des deux tiers aux pauvres.
JV". D, A. Nesmond , évèquc de Bayeux , était un de ci
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saints qui attirent malgré eux la vénération , et dont la simplicité donne à tous momens à rire. Aussi disait- on de lui qu'il disait la messe tous les malins, et qu'il ne savait après ce qu'il disait de tout le reste de la journée. L'innocence de ses mœurs , jointe à un esprit borné, lui laissait échapper des propos dont il ne se doutait pas, et qui rendaient sa compagnie indécente aux femmes , jusque-là que la présidente Lamoignon , 6a nièce , renvoyait toujours sa fille dès qu'il arrivait; et il fut bien surpris quand elle lui en avoua la cause. Mais le pli était pris, et il n'y avait plus moyen d'y remédier. Ce fut lui qui dit à un curé qui s'excusait d'être allé à la noce, par l'exemple de N. S. qui assista à celle de Cana : « Voyez- « vous, monsieur le curé, ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux. » Quel blasphème dans une autre bouche ! Ce bonhomme croyait fort bien répliquer, et d'une manière édifiante, et il est vrai que de lui on le prenait ainsi. C'était un vrai pasteur, très-riche de patrimoine, très -libéral envers les pauvres, plein d'ordre, et tout occupé du soin de son diocèse, et avec plus d'esprit et de sens que Dieu ne lui en avait donné pour tout le reste. On n'a su qu'après sa mort, que tant que le roi Jacques a vécu , il lui donnait 3o,ooo livres par an , non plus que quantité d'autres œuvres nobles et grandes. Il sollicitait un procès à Rouen. Un desprésidens, qui avait la plus grande influence au parlement, avait mis sa femme au couvent, et vivait publiquement avec une femme mariée. M. de Bayeux se présente chez lui , et le portier lui dit que M. le président est sorti , mais qu'il trouvera madame , désignant la femme entretenue. « Fi, fi, répliqua l'évêque , je ne veux point en- « trer. C'est une vilaine , une vilaine que je ne veux pas « voir. Dites-le bien à M. le président de ma part, et que « cela est honteux à un magistrat comme lui de maltraitci i madame sa femme, une femme honnête et vertueuse comme
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<♦ elle, et donner ce scandale, et vivre avec une gueuse, et « encore à son âge. Fi, fi , cela est infâme; dites-le lui bien « de ma part, et encore une fois, et que je ne reviendrai pas « ici. » Voilà la belle sollicitation que fit ce bonhomme; et la rareté est qu'il gagna son procès, et que ce président l'y servit à merveille. Il ne se raccommoda pourtant pas avec lui. Mais-ce conte fit rire toute la ville , et vint après jusqu'à Paris.
C'était hier le jour de la naissance du roi d'Angleterre , qui est à Bar-le-Duc. Il a vingt-sept ans. Comme il y a quelques villes en Angleterre qui l'ont déjà proclamé roi , on espère qu'il se sera fait quelques mouvemens populaires le jour de sa naissance.
a3 Juin.
Le roi, qui avait été assez resserré quelques jours, ce qui l'incommodait un peu, se trouva fort soulagé le soir, et son ventre s'ouvrit abondamment sans avoir pris aucun remède.
27 Juin.
On ôte onze des fermiers-généraux, et on les remplace par onze autres qui donneront chacun 55o,ooo livres ; les vingt-neuf autres , qui demeurent en place, donneront chacun 100,000 livres. Il reviendra au roi de cette affaire près de 9 millions de livres. Les onze fermiers qu'on ôte avaient
donné chacun 4^0,000 livres ; mais on ne les remboursera que quand on aura compté avec eux de leur régie.
14 Juillet.
Quelque envie que le roi eût d'ôter le dixième et la capitation, comme on l'espérait après la paix, après avoir bien examiné tous les moyens qu'il y aurait de donner ce soulagement-là à ses peuples, on n'a point trouvé qu'il fût possible que le roi se passât de ce secours-là. Ceux qui avaient racheté la capitation pour six ans qui se trouvent écoulés, recommenceront à la payer.
27 Juillet.
Le roi alla , l'après-dîner, faire la revue de son régiment. Madame la duchesse de Berri y était à cheval avec beaucoup de dames, qui avaient des écharpes magnifiques comme les hommes les portaient, et des nœuds d'épaule couleur de feu, qui est la couleur des nœuds d'épaule des soldats du régiment du roi.
4 Août.
Les garnisons , dans quelques villes de Flandre et à Strasbourg , ont fait des séditions sur le pain qu'on voulait qu'elles prissent des munitionnaires à plus haut prix qu'il ne vaut dans les marchés
7 Août.
Madame la duchesse de Berri alla à la roulette;
3i8 ARTICLES INÉDITS.
mais , comme on n'avait point commandé de chevaux pour la monter, elle se servit des soldats du régiment du roi qui se promenaient dans le jardin, et elle leur donna libéralement pour leur peine.
9 Août.
On a eu nouvelle que la mutinerie des garnisons d'Alsace était apaisée. Les soldats ont demandé miséricorde, et ont pris le pain des munitionnaires. Ils ont reçu quelque argent; ce qui a fort adouci les esprits. On mande aussi que les garnisons de Flandre, qui s'étaient mutinées aussi, sont rentrées dans leur devoir.
17 Août.
L'abbé Reverseau, aumônier de Saint-Roch , grand amateur de nouvelles , et qui était assez aimé de beaucoup de courtisans, et à qui le roi a donné deux pertes abbayes, a dit ou écrit quelque chose qui a déplu. On lui a donné ordre de vendre sa charge , et de s'éloigner de la cour de trente lieues.
18 Août.
Le comte de Ribeyra, ambassadeur extraordinaire de Portugal , fit son entrée à Paris, qui fut la plus magnifique qu'on eût vue depuis long-temps. Il jeta même au peuple beaucoup de médailles
ANNÉE 1715. 3ig
d'argent et quelques-unes d'or. Il devait avoir son audience mardi, et le roij'a rerms à huit jours.
20 Août.
M. Fagon a prié le roi de trouver bon que des médecins, que l'on fait assembler et de la cour et de Paris, pussent avoir l'honneur de le voir et d'examiner son mal. S. M. y avait quelque répugnance ; mais elle s'est rendue aux instances qu'on lui en a faites.
22 Août.
Le roi , hier à son coucher, donna ordre à M. de la Rochefoucault de lui faire voir des habits, pour choisir celui qui lui conviendra en quittant le deuil ; et M. de la Rochefoucault avertit les courtisans , qui ont quitté le deuil aujourd'hui.
4 Septembre.
On porta le soir à Paris les entrailles du roi à Notre-Dame. L'ordre était donné pour les porter à Saint-Denis. M. le cardinal de Noailles représenta que les entrailles des derniers rois avaient été portées à Notre-Dame , ce qui faisait une manière de droit. Sur sa représentation , l'ordre fut changé , et on les porta à Notre-Dame sans beaucoup de cérémonie. Les aumôniers du roi étaient chargés de les y porter dans un de ses carrosses.
32o ARTICLES INÉDITS.
6 Septembre.
M. le cardinal de Rohan porta le cœur du roi aux Jésuites de la rue Saint-Antoine, et leur fit un très-beau discours en le leur présentant. Le cœur de Louis XIII y avait été porté.
N. D. A. Quoique rien ne doive surprendre de l'ingratitude du monde, de tant de gens si obligés au feu roi , pour ne pas y ajouter tant d'autres si empressés autour de lui , il n'y eut pas six personnes de la cour qui se trouvassent aux Grands-Jésuites, hors ceux qui, par fonction nécessaire, assistaient à cette cérémonie.
9 Septembre.
Lorsque le corps du feu roi fut porté de Versailles à Saint-Denis, il fallut abattre le dessus d'une des portes du parc de Boulogne, parce que le chariot qui portait le roi était trop haut.
N. D. A. Le roi n'avait rien prescrit ni rien défendu pour ses obsèques. Il était donc de règle d'observer toutes les cérémonies usitées en pareille occasion , comme il fut pratiqué pour Henri IV, et comme on eût fait pour Louis XIII, s'il ne l'eût expressément défendu de bouche et par écrit. Le roi ne laissait point d'enfant en état d'en ordonner, et M. le duc d'Orléans n'avait jamais été traité par lui , pour y suppléer par le cœur. Il crut facilement ceux qui lui proposèrent d'en user comme pour Louis XIII , parce qu'en effet personne ne s'en souciait , et que cet abrégé de cérémonies sans fiu épargnerait beaucoup d'argent et de disputes. Tout fut donc exécuté avec l'épargne, la modestie et l'humilité qui peuvent être observées pour un roi ,
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toutes vertus aimées et pratiquées en grand par Louis XIII , mais bien inconnues du fils. Personne n'y trouva à redire.
Lé service du feu roi se fera le 1 3 du mois d'octobre. Il y aura des tables pour six ou sept cents personnes. Les maîtres-d'hôtel du roi disent que cela coûtera plus de 60,000 livres.
21 Septembre.
Le feu roi faisait donner à M. Desmarets, comme contrôleur-général , 35o,ooo livres au renouvellement des fermes. Il a représenté à M. le duc d'Orléans qu'il n'a point touché cette somme à ce dernier renouvellement-ci, parce qu'il y avait des affaires plus pressées : ce prince a promis de la lui faire payer.
24 Septembre.
Le roi donna audience à l'ambassadeur de Hollande, qui, dans sa harangue, lui souhaita un règne encore plus long que celui du feu roi, mais plus tranquille.
Ier Octobre.
Les spectacles ont recommencé à Paris , et on y en établira encore de nouveaux.
14 Octobre.
L'affaire entre le maréchal de Yillars et M. de Simiane, pour la Provence, est accommodée, iv. 21
M. de Simiane tirera de sa charge environ 2 5,ooo 1. par an, et le maréchal de Villars tirera aussi plus de la Provence que M. de Vendôme , qui en avait le gouvernement avant lui.
28 Novembre.
On fit à Notre-Dame le service du feu roi. L'abbé Maboul prononça l'oraison funèbre, et reçut de grands applaudissemens. Les princes et beaucoup de courtisans dînèrent chez le cardinal de Noailles. Le dîner fut fort magnifique.
1 Décembre.
A l'assemblée an prima mensis de la Sorbonne, il s'est passé des choses dont on croit que le pape ne sera pas content. Ils ont déclaré, à la pluralité des voix , efr des voix en grand nombre , qu'ils n'avaient jamais eu l'intention de recevoir la bulle Unigenitus , et que ce qu'ils avaient fait en cela n'était que pour obéir au feu roi.
7 Décembre.
Le prince Camille est mort à Nanci. Il était fils de M. le Grand, fort infirme depuis long-temps, et fort aimé ici et en Lorraine. Il avait une pension de M. de Lorraine , de 24,000 liv. Il en avait une en France sur l'archevêché d'Auch , de 8,000 liv., et le feu roi lui avait fait un don sur les litières , qui valait bien autant.
2 Janvier 1716.
M. le duc d'Aumont et M. le duc d'Antin ont obtenu un don de vingt sols par jour sur chaque carrosse de remise qui sont dans Paris. On compte qu'il y en a environ trois cents, ce qui monterait à 36,ooo écus par an pour eux deux.
5 Janvier.
On a fait plusieurs représentations à M. le duc d'Orléans sur le don qu'il avait fait à MM. les ducs d'Aumont et d'Antin. Ce don n'était pas encore scellé , et l'affaire ne se fera point. M. le duc d'Orléans leur a promis de leur faire des grâces d'ailleurs.
i3 Janvier.
Les Juifs de Metz ont envoyé ici pour représenter leurs intérêts sur le don accordé au duc de Brancas. Ils prétendent avoir rendu de grands services à l'État, et on commence à croire que le duc de Brancas tirera moins d'argent de cette affaire qu'il ne l'espérait.
21 Janvier.
Madame la duchesse de Lesdiguières de Retz mourut ici dans son hôtel après une longue maladie; le duc de Villeroi et son frère l'archevêque en hériteront de plus de 100,000 écus de rentes
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en terres magnifiques, de l'hôtel de Lesdiguières , et d'une infinité de beaux meubles.
N. D. A. Madame de Lesdiguières , reste des Gondi en France, était en tout point extraordinaire. Avec de l'esprit et des biens immenses, elle était invisible, et n'eût pas donné un poulet à ses plus familiers. Elle ne sortait presque jamais dé sa maison qui , fermée d'une grille , laissait voir un vrai palais de fée, tel que les dépeignent les romans. Le dedans, presque désert, y répondait par sa magnificence et sa singularité. Son équipage et ses maures, avec leurs turbans et leurs plumes, en achevaient le tableau. On lui avait reproché sa liaison trop marquée avec l'archevêque de Paris, Harlay, jusqu'à la mort de ce prélat.
24 Janvier.
M. le Duc alla le soir en traîneau dans les rues de Paris. Il y a long-temps qu'on n'y en avait vu.
4 Février.
On a ouvert le testament de Cavoye, et comme il était fort riche, qu'il n'avait point d'enfans, ni de parens de son nom, on croyait qu'il ferait des legs considérables à ses amis ; mais il y avait une donation mutuelle entre sa femme et lui, et il ne fait des dons considérables qu'aux pauvres , à qui il donne le quart de son bien après la mort de sa femme.
N. D. A. On ne peindrait pas aisément le courage de celte femme , à la mort de son mari , ni la sépulture à laquelle elle se condamna au moment même de cette mort, et qu'elle
«i gardée avec une fidélité inouïe Elle conserva son premier deuil toute sa vie , ne découcha jamais de la maison où elle Pavait perdu , passa les journées dans une chapelle de Saint- Sulpice où il fut enterré, ne voulut voir que les personnes qui se trouvèrent à sa mort, ne s'occupa que de bonnes œuvres , et presque toutes relatives au salut de son mari , et se consuma de la sorte en peu d'années , sans avoir jamais reculé en rien d'une ligne. Une véhémence de cette égalité , sans relâche en quoi que ce soit, et toujours surnagée de religion , est peut-être un exemple unique.
26 Février.
Les huit sœurs mariées du duc de Noaillessont la duchesse de Guiche, etc. Je marque cela par la singularité de voir huit filles de qualité de même père et de même mère toutes bien mariées.
18 Avril.
Le roi voit, dans la salle des Suisses , un petit vol d'oiseaux qu'on avait dressés à prendre des moineaux.
7 Juillet.
M. le nonce recommence à demander audience à M. le duc d'Orléans. Mais on ne la lui donnera point , s'il ne dit auparavant au maréchal d'Uxelles ce qu'il a ordre de dire. On veut savoir de quoi et comment il veut parler, afin de préparer la réponse. On s'attend bien qu'il n'a rien d'agréable à dire.
3^6 ARTICLES INEDITS.
a3 Août.
M. d'Aligre , président à mortier, a eu une pension de 6,000 livres qu'avait le feu président de Maisons, et c'est une des quatre pensions qu'on appelle les pensions de Pontoise.
N. D. A. Lorsque , dans la minorité du feu roi , le parlement se divisa pour et contre la cour, et le marqua , les uns par leur désobéissance en continuant de le tenir à Paris , les autres obéissant aux ordres de la cour en allant le tenir à Pontoise, les principaux de ces derniers eurent 6,000 livres de pension , que le feu roi continua assez ordinairement dans leur famille, et c'est ce qui s'appelle des pensions de Pontoise.
Ier Septembre,
On fit le service du bout de l'an pour le feu roi. Il n'y eut que les héraults qui firent les révérences ; les princes n'en firent point. La cérémonie, qui commença à dix heures et demie, ne dura pas deux heures.
21 Septembre.
M. le duc d'Orléans fit la revue des gardes-ducorps. Ils sont habillés de neuf, et leur habillement coûte 5o,ooo livres moins que les autres années ; mais il est plus habillement de guerre.
25 Septembre.
La duchesse d'Albret et la maréchale d'Estrées voulaient avoir la maison de Bourvalais , qui est
dans la place Vendôme. M. le duc d'Orléans l'a fait donner à la duchesse d'Albret , qui était logée en maison d'emprunt.
16 Octobre.
Le roi Jacques , qui est toujours à Avignon , a envoyé un courrier à Maréchal , premier chirurgien du roi, pour le prier de lui envoyer diligemment un chirurgien accoutumé à faire la grande opération. Maréchal, ne pouvant y aller lui-même , y a envoyé son neveu. Ce pauvre petit roi est accablé de bien des malheurs, et fait grande pitié.
17 Décembre.
Le roi alla se promener à la plaine de Grenelle , où il savait que l'on devait passer par les armes un soldat aux gardes qui avait déserté , et il voulut y aller pour lui faire grâce. Le roi témoigna même beaucoup d'impatience que le prisonnier arrivât, et dès qu'il fut à portée de lui , il cria grâce ; et l'on voyait le plaisir qu'il avait à la faire. La promenade fut courte; il ne l'avait faite que pour cela: le temps était fort vilain.
3 Mars 1717.
Cette malheureuse femme qu'on appelle madame de La Fontaine, qui, pour prolonger son jugement, demandait à être confrontée avec M. Desmarets, a été convaincue, jugée, et con-
3a8 ARTICLES INÉDITS,
damnée au pilori. On dit pourtant qu'on n'y condamne pas les femmes. M. Desmarets est justifié sans avoir été obligé de comparaître.
N. D. A. Cette femme , produite et soutenue par le duc de Noailles, voulait faire pendre Desmarets, et pensa être pcndtie elle-même.
19 Mars.
On a appris , par le dernier ordinaire de Rome f que le pape avait fait brûler, par la main du bourreau, les lettres que quelques curés du diocèse de Paris avaient écrites à M. le cardinal de Noailles il y a quelque temps.
Albergotti mourut le matin. On le trouva presque mort en entrant dans sa chambre. Il était gouverneur de Saar-Louis, colonel de Royal-Italien, et avait outre cela 12,000 livres de pension et beaucoup d'argent comptant.
N. D. A. C'était un Florentin digne de figurer auprès de Catherine de Médicis , et dTètre du même pays qu'elle. C'est en deux mots beaucoup louer son esprit, et dire ce que valait son cœur. Du reste, avare à l'excès, particulier, débauché obscur et secret, excellent officier-général, mais dangereux selon ses vues personnelles; de la valeur la plus éprouvée, la plus froide, la plus soutenue, et à qui cependant les affronts publics les plus avérés ne coûtaient rien à rembourser en faveur de sa fortune; d'ailleurs froid, silencieux, dans l'intimité de Meudon , et sur un pied fort agréable avec le roi. Il avait beaucoup amassé. Il mourut d'un accès de haut-mal ,
auquel il était sujet, et faute d'être secouru, parce qu'il s'en cachait infiniment.
3i Mars.
M. d'Antin a prié M. le duc d'Orléans de le décharger du soin de l'Opéra. Il trouve que ceux qui le composent sont des gens trop difficiles à gouverner.
7 Avril.
Madame Fagon, femme du premier médecin du roi, est morte au Jardin du Roi. C'était une femme de beaucoup d'esprit, mais fort extraordinaire. Elle était toujours malade, et passait presque toute sa vie à Bourbon , où elle faisait beaucoup de bien et était fort honorée. Elle se croyait plus grand médecin que son mari , qui était reconnu généralement pour être le plus grand médecin de France.
3o Mai.
On a nouvelle que le prince Eugène est parti de Vienne le i/\. Il a fait un testament par lequel il fait son neveu son héritier. On prétend qu'il y a une prédiction fatale contre lui, et que l'Empereur sait ; mais il paraît que le prince Eugène n'en fait pas grand cas et n'y fait aucune attention.
24 Juin.
Deux mousquetaires, qui faisaient du désordre à trois heures du malin, ont été tués par le guet.
33o ARTICLES INÉDITS.
10 Juillet.
L'affaire du duc de Brancas sur les Juifs de Metz est enfin réglée : on a prouvé qu'il y avait bien moins de familles de Juifs dans cette ville-là qu'on n'avait cru, et que même la plupart étaient fort pauvres. Le duc de Brancas croyait en pouvoir tirer au moins 4o?oo° livres; cela est réduit à 16,000 livres; et la comtesse de Fontaine, qui avait donné cet avis au duc de Brancas , a le tiers de ces 16,000 livres.
29 Août.
Madame de Mouchi est déclarée dame d'atours de madame la duchesse de Berri, et madame de Pons , qui l'est déjà, y demeurera. Ainsi madame de Berri en aura deux.
N. D. A. Les riottes, les petites intrigues, les déplorables galanteries, pour en parler modestement, de cette petite cour de madame la duchesse de Berri, n'ont que trop fait de bruit dans le monde, tant que Dieu l'y a laissée; mais elles rempliraient trop ces notes, et trop fadement, depuis que tout cela a passé avec elle.
ier Septembre.'
L'anniversaire du feu roi se fit à Saint-Denis, où il n'y avait de princes que M. le duc du Maine et M. le comte d'Eu , et un assez petit nombre de courtisans. Les évêques qui y étaient voulurent avoir des carreaux. Le cardinal de Polignac était
avec eux. On ne voulut point leur en donner. Ils sortirent de l'église, et vinrent porter leurs plaintes à M. le duc d'Orléans.
8 Septembre.
On a pris la maison de Bourvalais pour en faire la maison des chanceliers. Le chancelier d'aujourd'hui , qui craint le bruit des carrosses et qui a beaucoup à travailler, fait faire un appartement pour lui sur le derrière de la maison , et il le fait faire à ses dépens.
27 Octobre.
On a donné au duc de Tresmes 80,000 livres, parce qu'à la mort du roi il n'a pas profité du deuil comme le premier gentilhomme de la chambre avait fait à la mort du roi Louis XIII.
1 a Novembre.
Crozat le cadet paie les bulles du père Massillon, nommé à l'évêché de Glermont.
18 Décembre.
Le sieur Lefèvre est mort àSaumur. Il était filstlu fameux Tanneguy Lefèvre, le plus savant homme de son temps. Celui qui vient de mourir avait été ministre en Suisse et en Angleterre. Il se fit catholique il y a quatre à cinq ans, et le roi lui donna une pension de 2,000 livres. Il était frère de madame Dacier, femme illustre dans les sciences.
20 Décembre.
Richard Hamilton est mort à Poussay, chez sa nièce l'abbesse, fille de la feue comtesse de Grammont sa sœur.
N. D. A. Richard Hamilton était un homme de beaucoup d'esprit, qui savait, qui amusait, qui avait des grâces et de l'ornement, et qui, ayant eu une fort aimable figure, avait eu beaucoup de bonnes fortunes en Angleterre et en France, où la catastrophe du roi Jacques l'avait ramené. Il avait servi avec distinction, et la comtesse de Grammont, sa sœur, l'avait aidé à s'initier dans les compagnies de la cour les plus choisies ; mais elles ne lui procurèrent aucune fortune, pas même le moindre abri de la pauvreté. Il était catholique , et sa sœur l'avait mis dans une grande piété , qui l'avait fait renoncer aux dames, pour qui il avait fait de très-jolis vers et des historiettes élégantes. 11 alla mourir chez sa nièce, quoique pauvre elle-même, mais moins pauvre que lui 7 pour ne pas
mourir de faim.
Ier Janvier 17 18.
Le feu roi, quand il était à Paris, allait tous les premiers jours de l'an entendre le salut aux Jésuites , et c'est sur cet exemple-là qu'on y a mené le roi.
icr Février.
Il n'y eut point de bal à l'Opéra , quoique ce soit un des jours que ces bals-là se donnent; mais comme c'est la veille de Notre-Dame, on a craint que cela fît perdre la messe à quelques masques, et le bal a été remis au lendemain.
16 Février.
À la thèse de l'abbé de Saint-Albin, à la Sorbonne, et où Madame assista , les cardinaux et les prélats avaient des chaises à dos. M. de Conflans, premier gentilhomme de la chambre de M. le duc d'Orléans, en faisait les honneurs par ordre de son maître.
JV". D. A. Jamais scandale si complet et si fou que celui de cette thèse, où le fils non reconnu d'une comédienne fut traité comme l'aurait pu être, et tout au plus fort, celui de M. et de madame la duchesse d'Orléans. Madame, qui, en grande princesse, ne se conduisait que par fantaisie, avait pris ce petit garçon en amitié, à peu près comme elle y prenait quelqu'un de ses chiens , et oubliait pour lui une naissance qu'elle détestait dans sa belle-fille et dans les autres bâtards du roi.
12 Mars.
Madame de Lorraine alla à la foire , et vit chez la Baron un spectacle qui réjouit tout Paris, et où on va plus qu'à l'Opéra et à la comédie.
16 Mars.
M. le cardinal de Polignac a pris la résolution de se faire prêtre, et dès qu'il aura fini des procès qui l'occupent fort présentement, il se mettra en retraite pour cela.
19 Mars.
Le parlement s'assembla, et condamna la lettre
de M. l'archevêque de Reims à être brûlée par la main du bourreau, ce qui doit être exécuté lundi.
Trois officiers de l'Académie rendirent compte à M. le duc d'Orléans de ce qui s'y était passé hier sur l'abbé de Saint-Pierre. Il approuva la déposition ; mais il dit qu'il fallait en user comme on avait fait de Furetière, qui fut déposé , et dont on ne remplit point la place.
20 Juin.
On surprit un conseiller au parlement nommé Laville-aux-Clercs, qui déchirait la nuit les affiches de l'arrêt du conseil de lundi après dîner. Il était à cheval dans les rues , et faisait d'autres désordres. On l'a mis en prison.
9 Juillet.
Quelques chanoines de Beauvais font une affaire cruelle à leur évêque, et l'accusent d'avoir un commerce trop particulier avec une fille de leur ville, et que ce prélat voulait, disaient-ils, loger dans l'évêché. Toute la famille de cet évêque est fort en mouvement pour approfondir cette affaire, et craint qu'il n'y ait quelque imprudence de sa part. Cette affaire fait d'autant plus de bruit qu'il était avant cela dans une grande réputation pour ses bonnes mœurs.
19 Juillet.
Les dames de la famille de M. l'évêque de Beauvais ont obtenu une lettre de cachet pour faire enfermer aux Madelonnettes la fille qui avait donné lieu au scandale , et cela fut exécuté hier matin. Les archers la vinrent prendre dans un village auprès de Paris où cet évêque l'avait fait venir. Il se plaint fort du procédé de sa famille.
N. D. A. Le feu roi nomma l'abbé de Saint-Aignan à l'évêché de Beauvais , malgré sa jeunesse et les représentations du duc de Beauvilliers, son frère. Malheureusement le nouvel évêque , qui était un ange de piété , se mit a. confesser ; métier peu propre à. son âge, et peu convenable à son état. Une jeune créature se mit en tête d'aller à lui pour le séduire. Elle n'y réussit que trop. Sa famille, le cardinal de Noailles, tout vint à son secours pour le cacher et le convertir. Lui-même fit tout l'éclat , et la tête lui tourna si entièrement, qu'après de longs scandales avec différentes maîtresses , qui le ruinèrent et le possédèrent en entier, il projeta de passer en Angleterre. Il fallut enfin changer son évêché en une abbaye , et le reléguer à Citeaux, où l'abbé n'oublia rien pour se faire décharger d'un pareil hôte.
5 Septembre.
Il y eut une fort jolie fête la nuit au moulin de Javelles. C'est M. le prince de Conti qui la don nait à une dame de Normandie. On prétend que le mari de cette dame n'a pas été content, et qu'il a emmené sa femme en son pays.
7 Octobre.
M. de Permanglée, ancien maréchal-de-camp, bien affligé de n'être point de la promotion des lieutenans-généraux , parla à M. le duc d'Orléans , qui lui dit qu'il n'avançait point les officiers qui étaient placés et qui avaient des gouvernemens. Sur cela M. de Permanglée dit qu'il était prêt de donner sa démission du gouvernement du fort Louis. M. le duc d'Orléans lui répondit : « De quoi vivriez- vous, monsieur, si vous n'aviez plus votre gouvernement? » Il lui répondit : «Je vivrai de pain et d'eau. » Et sortit comme un homme au désespoir.
io Novembre.
Mademoiselle, qui s'est faite religieuse à Chelles, a appelé au futur concile, et sept à huit religieuses se sont jointes à elle pour cet appel.
L'abbé Strikland, à qui M. le duc d'Orléans avait promis l'abbaye de Préaux , à la recommandation des ministres du roi Georges, a été présenté ce matin à Son Altesse Royale, à qui il a fait ses remerciemens.
3i Décembre.
L'abbé Mongaut, précepteur de M. le duc de
Chartres, prit sa place à l'Académie. Il fit un trèsbeau discours. M. de Sacy y répondit, et se chargea avec plaisir de la commission d y répondre , les officiers ne le pouvant pas faire.
3o Janvier 1719.
Madame la comtesse de Charlus est morte. La communauté avec son mari , qui est encore en vie a été bonne.
JV. D. A. Il faut quelquefois un conte pour délasser. Madame de Charlus s'appelait B***, d'une famille anoblie! Avec le visage, la taille, le port, la saleté et le maintien de ces grosses vilaines vendeuses de morue, qu'on voit bouffies et jurantes dans leurs tonneaux , elle était d'une avarice que rien n'égalait, et faite et vêtue à se faire donner l'aumône. Outre cela , joueuse démesurée , glorieuse , grossière et brutale à l'avenant. Elle jouait un soir, déjà vieille, chauve et blanche, chez madame la princesse de Conti, à une grosse partie de lansquenet , et y soupa pour jouer toute la nuit. Les femmes avaient alors ces coiffures si ridiculement hautes dont le feu roi ne put jamais les défaire, et les vieilles en portaient des bonnets tout coiffés, qui n'étaient point attachés, et qu'elles mettaient co-me les hommes font leurs perruques' Madame de Charlus se trouva à table auprès de l'archevêque de Reims, le Tellier , et, ne prenant pas garde à ce qu'elle faisait, mit le feu à sa coiffure. L'archevêque, qui la vit embrasçe, lui jeta son bonnet par terre. Madame de Charlus qu. ne s'était point aperçue du feu, se tourne en furie verl l'archevêque, et lui fait sauter au visage un œuf qu'il tenait à la main, en lui chantant pouille. On peut juger quel spectacle ce lut qoe cette vieille chenue décoiffée et furibonde,
et le large visage de M. de Reims tout barbouillé d'œuf. L'éclat de rire fut universel. Madame de Charlus fut surtout piquée de voir l'archevêque rire comme les autres , et se porta aux soufflets, qu'il parait du coude, en riant de plus en plus. Madame la princesse de Conti eut bien de la peine à lui faire comprendre le bon office qu'on lui avait rendu , et de l'empêcher de rognonner toute la nuit. Elle était sœur de Mezières qui, avec un visage de grenouille pourrie, se croyait un petit Luxembourg, parce qu'il était horriblement bossu par devant et par derrière. D'ailleurs bon officier, s'imaginant qu'il était couru de toutes les dames , et se mirant devant toutes les glaces. L'amour d'une part , et la pauvreté de l'autre, avaient fait son mariage avec mademoiselle Oalethorpe, fille d'un gentilhomme anglais, de bon lieu, et d'une blanchisseuse de la reine d'Angleterre.
29 Mars.
M. le duc de Richelieu fut arrêté chez lui à neuf heures du matin, par Duchevron, lieutenant de la prévôté , accompagné de plusieurs archers qui le menèrent à la Bastille. MM. les pairs trouvent qu'un pair devait être arrêté plus honorablement.
3 Avril.
M. le garde des sceaux et M. le Blanc furent long-temps à la Bastille , où Ton a permis à M. de Richelieu d'avoir un valet de chambre', et on lui donne des livres, un trictrac et un basse de viole, qu'il avait demandés.
ANNÉE 1719. 33g
M. Dupin, fameux docteur de Sorbonne, est mort. M. Petitpied et un autre docteur ont eu des lettres de cachet.
N. D. A. Dupin , docteur de Sorbonne, et de plus infiniment docte et laborieux, est un étrange exemple de la conduite de notre cour qui, dans des temps de brouilleries avec Home, se servit très-avantageusement de sa plume, puis le laissa manger aux poux. Il fut réduit à imprimer pour vivre. C'est ce qui a rendu ses ouvrages si précipités, et ce qui enfin le blasa de travail et d'eau-de— vie , qu'il prenait en écrivant pour se ranimer , et pour épargner d'autant sa nouri iture. Bel et bon esprit , juste , judicieux quand il avait le temps de l'être, et un puits de science et de doctrine, avec de la droiture , de la vérité et des mœurs.
i5 Juin.
Nyert, premier valet de chambre du roi , mourut ces jours passés.
N. D. A. Ce Nyert était un vieux singe, mais plus malfaisant qu'aucun de ces animaux. Son père avait fait fortune par sa voix et par son luth, en charmant les ennuis de Louis XIII, lorsqu'en 162g il s'obstinait à forcer le pas de Suze, contre l'avis du cardinal de Richelieu qui l'y laissait à dessein se morfondre. Le petit-fils de ce chanteur fut un saint, et un saint très-aimable, dès sa première jeunesse jusqu'à sa mort.
7 Décembre.
Le père Quesnel,qui a tant fait de bruit, et dont
3/to ARTICLES INÉDITS.
les ouvrages en font tant encore, est mort à Amsterdam, et a fait en mourant une profession de foi qu'on a rendue publique.
n Décembre.
M.Law fut élu ces jours passés à l'Académie des Sciences.
23 Décembre.
L'abbé Dubos fut élu à l'Académie française à la place de l'abbé Geriet. Il y avait vingt-quatre académiciens , et il eut les vingt-quatre voix.
ier Janvier 1720.
L'abbé d'Entragues a fait une démarche si étonnante qu'on a peine à la croire quoiqu'il y eût long-temps qu'on a des soupçons de sa mauvaise croyance. Il alla ces jours passés chez l'ambassadeur de Hollande , où il fit abjuration publique de la religion catholique , et communia avec les protestans. Il s'est même vanté d'avoir communié sous les deux espèces. M. le duc d'Orléans, qui en a été informé, avait donné ordre qu'on le mît à la Bastille. Mais des princesses ont intercédé pour lui, et ont cru qu'il valait mieux le laisser sauver. Sa famille a eu peine à lui faire prendre ce parti, tant il est extraordinaire dans toutes ses manières.
4 Janvier.
Le parlement va faire le procès à l'abbé d'Entra-
ANNÉE 1720. 34i
gués. M. le duc d'Orléans dit que, si on l'avait pris, il l'aurait envoyé à Saint-Lazare, ou aux Petites Maisons.
9 Janvier.
L'abbé d'Entragues qui avait été jusqu'à Anchin pour sortir du royaume, au lieu d'aller de là à Tournay dont il était fort proche , a voulu aller à Lille, où il s'est présenté au gouverneur et s'est nommé. Le gouverneur a envoyé un courrier à M. le duc d'Orléans, pour lui mander qu'il l'a fait arrêter.
Madame de Rabodange est morte. Elle était fille du feu maréchal de la Ferté. Elle avait eu la petitevérole dans une maison dont on l'avait fait sortir,
ce qui a fait un peu crier contre les maîtres de cette maison.
5 Février.
On a quitté le dessein qu'on avait de faire venir à Paris un Opéra italien. L'on a cru que cette musique-là, quoique fort belle, ne réussirait pas ici. Le prince de Carignan avait engagé les plus belles voix d'Italie à venir.
17 Avril.
On a fait ces jours-ci un service à la Pitié pour le père Quesnel. On ne dit point aux dépens de qui ce service s'est fait, ni celui qui l'a ordonné.
On sait seulement que les évêques de Montpellier et de Boulogne y étaient , et on croit que cela n'a pas été agréable à la cour. On disait que ces deux évêques auraient des lettres de cachet.
17 Mai.
On mande de Lille que l'abbé d'Entragues s'est refait catholique, et a fait son abjuration entre les mains de l'abbé de Champigny. On ne sait pas encore s'il aura la permission de revenir à Paris.
N. D. A. L'abbé d'Entragues, parent de madame la princesse de Conti , et fort répandu dans la plus haute société, était un grand homme sec, bien fait, avec des manières aisées, mesurées, très—polies, d'un esprit extrêmement orné , d'un langage agréable, et naturellement plaisant sans le vouloir être ; habile à saisir les ridicules , et avouant les siens de bonne grâce; se moquant fort de la cour, et d'ailleurs sans mœurs , sans honte et sans peur. Il se piquait d'être extraordinaire , et l'était en tout et au dernier point. Il affectait toutes les manières des femmes, travaillait en tapisserie, portait un éventail , et en déshabillé se coiffait comme elles , avec une pâleur de mort , du rouge aux lèvres , du noir aux sourcils. Pelletier de Souzy le trouvant un jour assis dans son lit , en peignoir , en cornettes et en rubans, et travaillant en tapisserie, crut s'être trompé, et s'enfuit. C'étaient là les façons de ce bon ecclésiastique, qui s'était fait tel par choix, et avec la vocation qu'on voit par ce peu qu'on en dit, et le rare est sans poltronnerie, car cet homme — femme n'avait peur de rien. Il couchait ses mains suspendues pour se les rendre plus blanches, et se faisait saigner très-souvent du pied; puis marchait tout le jour dans les rues , quoiqu'il eut
un earosse et d'assez bonnes abbayes. On l'avertissait qu'il deviendrait hydropique; il répondait que c'était sa friandise. Très-rangé dans ses affaires quand le jeu ne le dérangeait pas; propre à l'excès; d'un goût exquis en habits, en meubles, en maisons, se crevant ^e fruits et de glaces jusqu'à la dernière vieillesse , et du reste très-sobre. On n'a jamais pu savoir, ni lui non plus, ce qui le détermina à la surprenante démarche dont il s'agit. Il se piqua quelque temps du personnage de confesseur persécuté» Il s'en lassa bientôt , et on se lassa aussi de le tenir en prison. Il rentra au giron de l'Eglise, et fréquenta comme auparavant toutes les maisons des princes du sang, et autres. Il affecta d'abord de se faire voir à la messe , avec un grand bréviaire ; mais il revint bientôt à sa vie ordinaire. Il ne laissait pas, avec ses mœurs dépravées, de donner beaucoup aux pauvres. 11 parvint à plus de quatre-vingts ans, sans infirmités, et mourut avec courage, et à ce qu'il parut, en bon chrétien.
25 Mai.
L'abbé Alary entra pour la première fois à l'étude du roi, et l'entretint fort sur le blason. Le roi lui fit des questions fort à propos , et comme un homme à qui la matière plaisait.
La comtesse de Gacé est sortie depuis quelques jours de son couvent. On ne sait où elle est^allée. MM. de Matignon ont obtenu des lettres de cachet pour la faire reprendre partout où elle sera.
17 Juin.
Madame de Coësquen est morte a Rennes dans
344 ARTICLES INEDITS.
un couvent. Il y a long-temps qu'elle s'était retirée de la cour, où elle avait été fort bien avec feue Madame, et mêlée dans beaucoup d'affaires. Elle était sœur cadette de feue madame de Soubise, et quoique moins belle , elïe plaisait presque autant.
N. D. A. Elle est fameuse pour avoir tiré de M. de Turenne, son amant, le secret du siège de Gand. Cette aventure , que M. de Louvois ne laissa pas ignorer, depuis qu'elle ne fut plus d'aucune conséquence, donna , tant le Français est admirable, beaucoup de relief à madame de Coësquen. Elle était belle, encore plus agréable, et de grande mine , avec de l'esprit, et fort faite pour la cour et le grand monde , où elle figura long-temps. Le roi la considérait.
ier Août.
Le comte de Saxe , fils du roi de Pologne et de la Konismark , est en France depuis quelques mois. On vient de le faire maréchal-de-camp , comme il était dans les troupes du roi son père; et, pour s'attacher davantage au service de la France , il a acheté le régiment de Link, qui est un régiment allemand qu'avait le comte Spaar pendant qu'il a servi en France. Il en donne plus de 100,000 liv.