SUR FRANÇOIS DE LORRAINE
« la vie à un homme qui, de ton aveu, ne t'a jamais « offensé, la mienne m'ordonne de te pardonner: « juge laquelle des deux est la meilleure. » Ce fut après la journée de Dreux qu'il partagea son lit avec le prince de Condé qu'il avait fait prisonnier ^ et dormit d'un profond sommeil à côté de son ennemi vaincu.
La guerre civile n'était pas digne de tant de magnanimité. Bientôt im gentilhomme de l'Angoumois, nommé Poltrot de Mercy , qui , de catholique outré, était devenu protestant frénétique, tua le duc de Guise avec une recherche de trahison et de lâcheté que le fanatisme seul croit ennoblir. Le héros, se sentant frappé d'un coup mortel, fhiit en sage une vie qui n'était pas sans reproche, donnant à la reine des conseils humains et salutaires pour la paix et le bonheur de la France. Dans cette ame excellente, l'ambition seule était mauvaise. Guise fut trop grand pour un sujet; il eût été le modèle des rois , s'il fût né sur le trône.
Le parlement de Paris condamna Poltrot à la peine des régicides, et ces magistrats trouvèrent ainsi le moyen d'être flatteurs et factieux jusque dans l'ordonnance d'un supplice. Henri de Guise , héritier non moins célèbre des talens et des desseins de son père, en continua le dangereux personnage ; et l'on sait comment la Saint-Barthélemi, la ligue et les barricades, le conduisirent à la ca-
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tastrophe de Blois. Le fanatisme avait immolé le premier par le bras d'un obscur assassin; la politique égorgea le second dans la chambre même du roi , où il tomba sous les coups de neuf poignards que Henri III avait distribués à autant de gentilshommes de sa garde.
Quand on considère combien peu il s'en fallut que cette famille étrangère ne dépossédât nos rois, il est difficile de ne pas rechercher les causes de ce péril singulier. D'abord , l'ambition désordonnée de Charles VIII et de François V^ ayant constitué la France dans un état d'hostilité contre la plupart des puissances de l'Europe , elle fut assailUe par des aventuriers de tout rang, par des esprits inquiets et audacieux qui vinrent tenter la fortune sous ses drapeaux ; en second lieu , si la nation eût été comptée pour quelque chose, si l'état des hommes eût été réglé par des lois et non par des préjugés de courtisans , ces Lorrains , si promptement redoutables comme princes, n'eussent été que des citoyens modestes ou des hôtes inoffensifs ; enfin , on peut remarquer que les trois premiers ducs de Guise comptèrent parmi leurs frères ou leurs fils cinq cardinaux, presque tous renommés par leurs vices et leurs intrigues, et qui détournèrent vers la coupable ambition de leur famille l'or et l'influence de l'Église. Le seul cardinal de Lorraine réunissait deux archevêchés.
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quatre évéchés, et une foule d'autres grands bénéfices. Ainsi le trône fut alors gravement compromis par la folie des conquêtes , la vanité des cours, et l'abus des choses saintes.