SUR FRANÇOIS DE LORRAINE
duc de Guise d'être en effet un trop grand homme pour la monarchie; mais il n'était phis temps, et les dix-sept mois du règne de François II furent la proie des princes lorrains. La nouvelle reine était leur nièce Marie Stuart , que les plaisirs berçaient en attendant la hache des bourreaux. Le Balafré avait un frère, le fameux cardinal de Lorraine, assez appliqué aux affaires , mais poltron et féroce comme les animaux carnassiers. Chargé des finances du royaume, il fit planter des gibets à sa porte, et menaça de mort quiconque l'importunerait de ses demandes ou de ses plaintes. La conspiration d'Amboise se forma* contre la tyrannie des deux frères, et fut révélée avîjnt l'exécution; le cardinal ne s'en baigna pas moins dans le sang de ses ennemis, et, il faut bien le dire, François de Lorraine n'irrita que trop ses cruautés.
Il n'est point de vertus que ne corrompe une ambition effrénée. Le duc de Guise, qui exerçait de fait la puissance souveraine, se voyant placé entre la branche- des Valois qui déclinait, et la branche des Bourbons qui devait la remplacer, parut s'attacher à opprimer la première, et à détruire la seconde. Maître du roi , il dégrada Antoine de Bourbon, en l'obligeant à se tenir devant lui debout et découvert; et, sous de vains prétextes, il fit condamner à mort le prince de Condé par des commissaires. Sa tête devait tomber le jour de
l'ouverture des élats-généraux , et Ton délibérait si celle du pusillanime Antoine n'aurait pas le rnéme sort, quand la mort de l'impuissant François II, au nom de qui se préparaient ces horreurs, amena d'autres événemens non moins funestes.
Catherine de Médicis , effacée jusqu'alors, parut sur la scène avec l'enfant de dix ans qui fut Charles IX. Importunée de la puissance des Lorrains , elle affecta de favoriser les protestans et les princes de la maison de Bourbon. François de Guise comprit alors qu'une guerre de religion forcerait la reine-mère d'abdiquer ce rôle factice; et l'odieux massacre de Vassi, qu'il provoqua luimême et que ses gens exécutèrent, eut en effet cette fatale conséquence. Rendu à la vie des camps, et sevré de la maligne influence de son frère, il sema au moins de quelques vertus cette arène de tous les crimes. La prise de Rouen et la victoire de Dreux portèrent au plus haut point sa popularité , ainsi que l'éclat de son génie belliqueux. On le vit au sein des discordes civiles, comme en des temps plus prospères, affable, calme, prompt à réparer ses torts, chéri des femmes, adoré des soldats protecteur du mérite, et si libéral qu'il laissa dans sa succession 600,000 francs de dettes..
Ce fut devant Rouen qu'un protestant, qui devait l'assassiner , fut renvoyé par lui sain et sauf avec cette belle réponse : « Si ta religion t'oblige d'ôter