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Neveu du connétable , il porta les armes dès sa plus tendre jeunesse. L'Italie , la France , l'Aile magne et la Flandre, furent témoins de ses ex ploits, de ses talens, de sa bravoure et de son hu manité. La défense héroïque de Saint-Quentin le signala parmi les grands capitaines. Henri II le créa colonel-général de l'infanterie et amiral de France j et ces hautes dignités, achetées de son sang, ne furent point stériles entre ses mains.
Comme colonel-général, ii établit le premier la discipline dans ce qu'on appelait alors une armée, et la fit observer avec une sévérité qui coûtait à sa douceur naturelle, mais que la justice exigeait. Les belles ordonnances qu'il rendit furent admirées par ses ennemis autant que par ses amis, et long-temps pratiquées en France comme chez l'étranger. L'insensible Brantôme ne peut s'empêcher de leur rendre l'hommage suivant : « Elles ont été les plus « belles et les plus politiques qui furent jamais (( faites en France; et crois que depuis qu'elles ont «été faites, les vies d'un million de personnes « ont été conservées, et autant de leurs biens et « facultés; car auparavant ce n'étoit que pillerie , <f volerie, briganderie , rançonnement, meurtres, « querelles et paillardises parmi les bandes; si « bien qu'elles ressembloient plutôt des compa- « gnies d'Arabes et de brigands que de nobles « soldats. Voilà donc l'obligation que le monde
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« doit à ce grand personnage, qui n'est pas pe- « tite. »
Comme amiral, il déploya, pour les progrès du commerce et de la navigation, des vues fort supérieures à son siècle. Il essaya d'enrichir et de purifier son pays par la fondation de colonies lointaines propres à recevoir les religionnaires. Mais la cour, remplie d'intrigues etd'égoïsme, seconda mal des établissemens qui auraient ajouté à nos possessions le Brésil et les Florides.
La tyrannie des Guise, l'oppression des princes du sang, la perversité de la régente et 4e son conseil italien , et enfin l'atroce persécution des protestans, suscitèrent la guerre civile, où l'amiral fut entraîné ; le but de cette insurrection est expliqué par la triple légende d'une médaille que Jeanne d'Albret, mère de Henri IV, fit distribuer aux soldats : ou victoire entière^ ou paix assurée^ ou mort honnête.
Coligny se vit toujours à regret dans le champ des discordes publiques. Aussi peut-on remarquer qu'il ne prit jamais les armes que dans la nécessité de la défense , qu'il accepta la paix toutes les fois qu'elle lui fut offerte , qu'il ne stipula jamais rien pour ses intérêts particuliers, et que, du moment où la liberté de conscience était accordée , il refusa constamment d'exiger des places de sûreté , tant il connaissait le besoin de maintenir la puis-
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sance royale clans son intégrité. Entre les chefs de ces prétendues guerres de religion, il. était seul vraiment religieux; car, dans le parti catholique , Catherine de Médicis n'hésita pas, sur la nouvelle d'une bataille perdue, de s'écrier avec indifférence: « Eh bien ! nous ferons nos prières en français ; » et le cardinal de Lorraine entama des négociations avec les princes allemands pour rendre la France luthérienne, et s'en faire déclarer patriarche; tandis que, dans le parti protestant, le prince de Coudé et le prince de Béarn , tout entiers à la gloire et aux plaisirs , laissaient loin de leur pensée et les dogmes et les dissentimens théologiques.
L'ame droite et pieuse de l'amiral répugnait à tout déguisement. Quand on le soupçonna de complicité dans l'assassinat de François de Guise, son désaveu solennel convainquit tous ceux que l'esprit de parti n'aveuglait pas. Sa loyauté était si connue, que ses amis lui avaient caché avec soin le secret de la conjuration d'Amboise ; et toutes les fois qu'il avait découvert des complots contre la vie de son rival , il n'avait pas manqué de l'en avertir , quoique sa propre tête fût mise à prix, et que les cinquante mille écus d'or promis par le parlement l'environnassent continuellement d'assassins et d'empoisonneurs.
Si je n'avais trop de regret à louer un Français réduit au malheur de combattre l'autorité de son
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prince, je dirais tout ce qui fit de Coligny un homme ejctra ordinaire : profondeur de plans , exécution hardie, opiniâtre, infatigable; art de créer toutes ses ressources , et de conduire sans lois et sans finances des volontaires indisciplinés de diverses nations ; talent de négocier et de combattre, de subjuguer la fortime , et de sortir des revers phis redoutables que jamais : ou croit lire les plus belles pages de la vie d'Annibal ou de Sertorius. Pardonnons sa gloire à l'armée qui fut l'école de Henri IV. Il faut remarquer aussi que Famiral , trop modeste pour rechercher la domination, ne fut jamais en titre le chef de son parti, et que néanmoins il en tint la place par l'ascendant de son génie, de ses vertus , de sa renommée et de son invincible éloquence. Ajoutons que l'infériorité de ses forces l'ayant fait succomber dans presque toutes les actions générales, il n'en fut pas moins regardé par l'Europe comme le premier capitaine de son siècle, supérieur à ceux qui l'avaieïit vaincu.
Après les quatre batailles de Dreux, de Saint- Denis, de Jarnac et de Moncontour , et lorsque le parti des réformés semble anéanti, l'amiral renaît tout à coup avec des forces nouvelles, et du pied des Pyrénées se dirige sur Paris. Cette uiarche, exécutée au travers de la France, et accompagnée de triomphes, est mise au rang des
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faits d'armes les plus prodigieux dont l'histoire ait gardé le souvenir. La cour en fut si déconcertée , qu'elle accorda la paix; paix scélérate, qui couvrit de son voile les apprêts de la Saint-Rarthélemy.
Coligny est appelé à Paris , et comblé de faveurs par la reine-mère et par le roi ; Charles IX comprend que l'intérêt de la patrie est le seul moyen de séduire ce noble vieillard , et il feint d'être touché de ses utiles projets. L'amiral se serait cru sacrilège de soupçonner un jeune roi qui le nommait son père, et qui s'attendrissait avec lui sur les misères publiques. Cependant sa mort et celle de tous les réformés étaient déjà résolues. Le 212 août, à onze heures du matin, l'amiral quittait le roi , et se retirait chez lui en lîsant une lettre, lorsqu'il est blessé à la main et au bras d'un coup d'arquebuse. Le coupable est un nommé Maurevel assassin aux gages de Charles IX , et vulgairement nommé le tueur du roi. On croit communément que Catherine de Médicis avait ordonné ce meurtre, dans l'espérance qu'il exciterait quelque trouble, et que, sous prétexte de l'apaiser, on* exécuterait le grand massacre comme une chose fortuite. Mais Coligny étant paisiblement rentré chez lui, il fallut par d'autres perfidies prévenir la fuite des protestans. Charles, Catherine et ses autres fils vinrent aussitôt trouver l'amiral, le plaignirent, le consolèrent, lui promirentjustice;
le roi redoubla de caresses, le jeune tigre pleura. Il ne manqua pas, selon sa coutume, de demander ensuite à sa mère et à ses horribles conseillers s'il avait bien joué son rôle.
Deux jours après , Goligny fut la première victime du massacre. Besme, domestique du duc de Guise , et marié à une fille naturelle du cardinal de Lorraine , se présente à la tête des assassins :« Jeune homme, lui dit le vieillard, tu « devrais respecter mes cheveux blancs ; mais fais « ce que tu voudras, tu ne m'abrégeras la vie que « de fort peu de jours. » Besme l'égorgé et le jette par la fenêtre; le duc de Guise, qui l'attendait dans la cour avec des cris d'impatience, lui essuie le visage pour le reconnaître, le frappe du pied , et court à d'autres meurtres. On coupe la tête de l'amiral et on la porte à la reine, qui la fit, dit-on, embaumer et envoyer au pape. La populace se joua pendant trois jours des restes du cadavre , et finit par les attacher aux fourches de Montfaucon avec une chaîne de fer au-dessus d'un brasier. F^e parlement eut la lâcheté d'imiter les fureurs de la multitude : il ordonna que l'effigie de l'amiral serait traînée sur la claie , et. pendue en la place de Grève; mais pour rendre cette infâme parodie digne du roi et de sa cour, qui y assistèrent , il y fit en même temps mettre à mort Briquemant, vieux gentilhomme, et Arnaud de
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Cavagnes , maître des requêtes , deux amis de l'amiral, découverts dans la retraite où ils avaient échappé au massacre. La mémoire de Coligny ne tarda pas à être réhabilitée ; celle du parlement ne l'a pas été.
On trouva dans les dépouilles de l'amiral des mémoires pour l'histoire de son temps , et plusieurs écrits qui attestaient ses grandes vues et son paîriolisme. La cour se hâta de les brûler, parle conseil de Gondi.
Au milieu des mouvemens d'horreur que la Saint-Barthéiemy excita en Europe , la perte d'un aussi grand homme que l'amiral fut particulièrement ressentie. Le duc d'Anjou , qui avait eu tant (!e part à cette nuit criminelle, put quelques mois aprèsconnaitrele jugement de l'opinion publique. En traversant l'Allemagne pour aller s'asseoir sur le trône de Pologne , il s'était arrêté chez le comte Palatin du Rhin; entrant un jour dans le cabinet du prince , il pâlit à la vue d'un portrait en pied de Coligny. « Vous connaissez bien cet homme , « Monsieur , lui dit le comte. Vous avez fait mou- « rir en lui le plus grand capitaine de la chrétienté, « et ne le deviez pas ; car il vous a fait et au roi « de très-grands services. « Le duc d'Anjou essayait de balbutier quelque apologie , quand le Palatin l'interrompit sèchement par ces mots : « Nous en savons toute l'histoire, Monsieur. » Le
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coupable Henri put lire sur tous les visages l'indignation que sa présence allumait, et il se crut un instant menacé du sort qu'il trouva plus tard sous le couteau d'un moine.
L'amiral laissa une fille unique, qui fut mère d'un stathouder de Hollande. Louise de Coligny, femme d'un noble et touchant caractère, eut les vertus et presque les revers de son père. Privée de son premier époux, le jeune Théligny, massacré à sa vue dans la nuit de la Saint-Barthélémy, elle perdit le second , dont elle allaitait encore l'enfant , sous les coups d'un assassin dont le roi d'Espagne n'eut pas honte de payer le crime par des lettres de noblesse. C'est assez désigner, comme la victime de ce forfait , l'illustre Guillaume de Nassau, prince d'Orange, et fondateur de la républipue des Provinces-Unies.