I.E VIEIL HOB.iCE
Nous venez-vous, Julie, apprendre la victoire?
JULIE
Mais plutôt du combat les funestes effets. Rome est sujette d'Albe, et vos fils sont défaits; Destroislesdeuxsontmorts.sonépouxseul vonsreste.
LE VIEIL HORACE
Oh ! d'un triste combat effet vraiment fnnesle! Home est sujette d'Albe, et pour l'en garantir 11 n'a pas employé jusqu'au dernier soupir! Non, non, cela n'est point, on vous trompe, Julie; Rome n'est point sujette, ou mon fils est sans vie : Je connais mieux mon sang, il saitmieux son devoir.
JULIE
.Mille, de nos remparts, comme moi l'ont pu voir. Il s'est fait admirer tant qu'ont duré ses frères; .Mais, comme il s'est vu seul contre trois adversaires. Près d'être enfermé d'eux sa fuite l'a sauvé.
LE MIIL IlonACE.
Et nos soldats trahis ne l'ont point achevé!
l'ans leurs rangs à ce lâche ils ont donné retraite!
JILIE.
Je n'ai rien voulu voir après celte défaite.
CA.MILLE
0 mes frères !
LE VIEIL HORACE
Tout beau, ne les pleurez pas tous; Deux jouissent d'un sort dont leur père est jaloux. Que des plus nobles fleurs leur tombe soit couverte ; La gloire de leur mort m'a payé de leur perte : ■Ce bonheur a suivi leur courage invaincu ', Qu'ils ont TU Rome libre autant qu'ils ont vécu. Et ne l'auront point vue obéir qu'à son prince, Ni d'un État voisin devenir la province. Pleurez l'autre, pleurez l'irréparable affront (,)ue sa fuite houleuse imprime à notre front; Pleurez le déshonneur de toute notre race Et l'opprobre éternel qu'il laisse au nom d'Horace.
JULIE
Que vouliez- vous qu'il fît contre trois?
LE VIEIL IlURACE.
Qu'il mourût '.
Ou qu'un beau désespoir alors le secourût.
' Ce mol i!:r(iii)cu n'a été employi- que p;u- Corneille, et deviail l'élre par tous nos poètes. Une expression si !)ien mise à s.i plate dans le Cilli-l dans ce'.tc admiralile scène ne doil jamais vieillir.
- Voilà ro fameux (ju'H moiinil, ce Irait du plus granJ sublime, ce mot ani|uel il n'en est aucun de coniparalili' dans toute l'iinlii|uité.
HORACE
N'eût-il que d'un luomi'iit reculé sa défaite, Roiiip i^fil élé (lu moins un peu plus lard sujette: 11 eût avec honneur laissé mes clieveuv gris, Et c'était de sa vie un assez ilijjne prix. Il est de tout son sang compl.ible à sa patrie, (Jhaque goutte épargnée a sa gloire llétrie, (Chaque instant de sa vie. après ce lâche tour. Met d'autant plus ma honte avec la sienne au jour. J'en romprai bien le cours, et ma juste colère, (Contre un indigne fils usant des droits d'un père. Saura bien faire voir, dans sa punition. L'éclatant désaveu d'une telle action !
S.\BINE
Écoutez un peu moins ces ardeurs généreuses, Et ne nous rendez point tout à fait malheureuses.
LE VIEIL nORACE.
Sabine, votre cœur se console aisément; Nos malheurs jusqu'ici vous touchent faiblement. Vous n'avez point encor de part à nos misères : Le ciel vous a sauvé votre époux et vos frères; Si nous sommes sujets, c'est de votre pays : [bis; Vos frères sont vainqueurs quand nous sommes tra- Et, voyant le haut point où leur gloire se monte. Vous regardez fort peu ce qui nous vient de honte. Mais votre trop d'amour pour cet infàine époux Vous donnera bientôt à plaindre comme à nous : Vos pleurs en sa faveur sont de faibles défenses; J'atteste des grands dieux les suprêmes puissances Qu'avant ce jour fini ces luains, ces propres mains, Laveront dans son sang la honte des Romains!
SABINE
Suivons-le promptement, la colère l'emporte. Dieux! verrons-nous toujoursdesinalheursde la sorte? Nous faudra-t-il toujours encraindredephisgramls. Et toujours redouter la main de nos parents?