‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 126 sur 788 · IIS · texte numérisé non relu

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l-'altaclieiiii'iil ilt' rautouv à ratliou présente souvent ne lui permet pas de descendre à l'examen sévère de celte justesse, et ce n'est pas un crime que de s'en prévaloir pour l'éblouir quand il est malaisé de le satisfaire.

Le personnage de Sabine est assez lieuieusenient in\enté et trouve sa vraisemblance aisée dans le rapport à riiistoire, qui niaïque assez d'amitié et d'égalité enlre les deux familles pour avoir pu faire cette double alliance.

KUe ne si'rt pas davantage à l'action que Tinfante à celle du Cid et ne fait que se laisser toucber diversement, comme elle, à la diversité des événements. Néanmoins on a généralement approuvé celle-ci, et condamné l'autre. J'en ai clierclié la raison, et j'en ai Irouvé deux : l'ulie est la liaison des scènes, qui semble, s'il m'est permis de parler ainsi, incorporer Sabine dans celte pièce, au • lieu que, dans le Cid, toutes celles de l'infante sont détacliées et paraissent hors d'œuvre :

Tantum sei'iesjuucturaqub poUel.

L'autre, ([u'ayant une fois posé Sabine pour femme d Horace il est nécessaire que tous les incidents de ce poëme lui donnent les sentiments qu'elle en témoigne avoir, par l'obligation qu'elle a de prendre intérêt à ce qui regarde son mari et ses fi'éres; mais l'infante n'est point obligée d'en prendre aucun en ce qui touclie le t;id; et, si elle a quelque inclination secrète pour lui, il n'est point besoin qu'elle en fasse rien paraître, pu is(]u'el le ne produit aucun effet.

L'oracle qui est proposé au premier acte trouve son vrai sens à la conclusion du cinquième. Il semble clair d'aliiird et piule l'imagination à un sens contraire; et je les aimerais mieux de celte sorte sur nos théâtres que ceux qu'on fait entièrement ohscurs, parce ([ue la surprise de leur véritable effet en est plus belle. ,ren ai usé ainsi encore dansr.hK/co/iut/i; cl dans VOEdipe. Je ne dis pas la même chose des songes, qui peuvent faire encore un grand ornement dans la prolase, pourvu qu'on ne s'en serve ])as souvent. Je voudrais qu'ils eussent l'idée de la lin véritable de la pièce, mais avec quelque confusion qui n'en permit pas l'inlelligence entière. C'est ainsi que je m'en suis servi deux fois, ici et dans Polyeiicte, mais avec plus d'éclat et d'artifice dans ce dernier poème, où il marque toutes les particularités de l'événement, qu'en ci'lui-ci, où il ne fait qu'exprinn'r «ne ébauche tout à fait informe de ce qui doit arriver lie funeste.

Il passe pour constant que le second acte est un des plus pathétiques qui soient sur la scène, et le troisième un des plus artiticieux. Il est soutenu de la seule narration de la moitié du cnmbat des trois frèi es, qui est coupée Ires-heureusement pour laisser Horace le père dans la colère et le déplaisir, et lui donner ensuite un beau retour à la joie dans le quatrième. Il a été à pro|)os. pour le jeter dans

celte erreur, de se servir de l'impalieme d'une femme qui suit brusquement sa première idée et jirésume le combat achevé, parce (ju'elle a vu deux lloraces par terre, et le lioisièine en fuite, lii homme, qui doit être plus posé et plus judicieux, n'eût pas été (iropre à donner cette fausse alarme : il eùl ilù prendre plus de patience, afin d'avoir plus de certitude de révénemciit, et n'eût pas été excusable de se lai.sser emporter si légèrement, par les apparences, à présumer le mauvais succès d'un combat dont il n'eût pas vu la fin.

Bien que le roi n'y paraisse (ju'au cintiuieme. il y est mieux dans sa dignité que dans le (Ud, parnqu'il a intérêt pour tout son Klal dans le reste de la pièce: et, bien qu'il n'y jiarle point, il ne laisse pas d'y agir comme roi. Il vient aussi, dans ce cinquième, comme roi qui veut honorer par celte visite un père dont les fils lui ont conservé sa couronne et acquis celle d'.Mbe au prix de leur sang. S'il y fait l'office de juge, ce n'est que par accident; et il le fait dans ce logis même d'Horace, par la seule contrainte iju'impose la règle de l'unité de lieu. Tout ce cinquième est encore une des causes du |ieu de satisfaction que laisse celte tragédie : il est tout en plaidoyers, et ce n'est pas là In place des harangues ni des longs discours : ils peuvent être supportés en un commencement de pièce, où l'action n'est pas encore échauffée; mais le cinquième acte doit plus agir que discourir. L'attention de l'auditeur, déjà lassée, se rebute de ces conclusions qui tratiieiil et tirent la fin en longueur.

fjuelques-uiis ne \eulenl pas que Valère y soit un digne accusateur d'Horace, parce que, dans la pièce, il n'a pas fait \o\v assez de passion pour (Jamille; à quoi je réponds que ce n'est pas à dire qu'il n'en eût une très-foite, mais qu'un amant mal \oulu ne pou\ail se montrer de bonne grâce à sa maîtresse dans le jour qui la rejoignait à un amant aimé. Il n'y avait point de place pour lui au premier acte, et encore moins au second : il fallait qu'il tint son rang à l'armée pendant le troisième; et il se montre au quatrième, sitôt (jue la mort de son rival fait i|uelque ouverture à son espérance : il lâche à gagner les bonnes grâces du père par la commission qu'il prend du roi de lui apporter les glorieuses nouvelles de l'honneur que ce prince lui veut faire; et, p;ir occasion, il lui apprend la victoire de son fils, qu'il ignorait. H ne manque pas d'amour durant les trois [U'emiers actes, mais d'un temps propre à le lémoigni>r; et, dès la jiremière scène de la pièce, il paraît bien qu'il rendait assez de soins à Camille, puisque Sabine s'en alarme pour son frère. S'il ne prend pas le procédé de France, il faut considéri'r qu'il est Romain, et dans home, où il n'aurait \>\i entriMiiviidre un duel contre un autre Romain sans faire un crime d'Ëtal, et que j'en aurais lait un de théâtre, si j'a\ais habillé un Romain a la française.

FliX ut L EXASlKiN 1) noU.^CE.

C I rs iN A

L\ (:LK)Ja^>jCI^ D'AlHUSTf:

'JK.\l,i;iill. K,N CINO ACTIFS

ii;:i;i

AVKKTISSKMKNT \)\i VOLTVIIII.

Cl' n'est pas ici une pièce tulle que les Humces. On voit bien le niénie pinceau, mais rnrilonnance ilu tableau est lrt's-su)ièneure. Il n'y a point de ilouble action; ce ne sont point des intérêts indépendants les uns des autres, des actes ajoutés à des actes: c'est toujours la nièiiie intrigue. Les trois unités sont aussi parfaitement observées qu'elles puissent l'être, sans que l'action soit gênée, sans que l'auteur paraisse faire le moindre effort. Il y a toujours de l'art, et l'art s'y montre rarement à découvert.

A MONSlKlll I)K MONTORON

Monsieur,

.le vous présente un tableau d'une des plus belles actions d'Auguste. Ce monarque était tout généreux, et sa générosité n'a jamais paru avec tant d'éclat que dans les effets de sa clémence et de sa libéralité. Ces deux rares vertus lui étaient si naturelles et si inséparables en lui, qu'il sembh" qu'en cette bistoire <|ue j'ai mise sur notre tliéàtre, elles se soient tour à tour enireproduites dans nos âmes. 11 avait été si libéral envers Cinna, que, sa conjuration ayant fait voir une ingratitude extraordinaire, il eut besoin d'nii extraordinaire effort de clémence pour lui pardonner: et le pardon qu'il lui donna fut la sdurcede nouveaux bienfaits dont il lui fut ]uodigue, pour vaincre tout à l'ail cet esprit qui n'avait pu être gagné par les premiers; de sorte qu'il est

vrai de dijc qu'il eut été moins clément envers lui s'il eût été nioi:is libéral, etijn'il eût été moins libéral s'il eût éti' moins clément. Cela étant, à qui pourrais-je ]>lus justement donner le portrait de l'une de ces béroiques vertus qu'à celui qui possède l'autre en un si baut degré, puisque, dans cette action, ce grand prince les a si bien attachées c! comme unies l'une à l'autre, qu'elles ont été tout ensemble et la cause et l'effet l'une de l'autre'.' Vous avez des richesses, mais vous savez en jouir, et vous en jouissez d'une façon si noble, si relevée et tellement illustre, que vous forcez la voix publique d'avouer (|ue la fortune a consulté la raison quand elle a répandu ses faveurs sur vous, et qu'on a plus de sujet de \ous en souhaiter le redoublement que de vous en envier l'abondance. J'ai vécu si éloigné de la tlatterie, que je pen.se être en possession de me faire croire quand je dis ilu bien de queliju'un; et, lorsque je donne des louanges (ce qui m'arrivc assez rarement), c'est avec tant de retenue, que je supprime toujours (|nantlte de glorieuses \érités, pour ne me rendre pas suspei't d'étaler de ces meiisonges obligeants que beaucuup de nos modernes savent débiter de si bonne grâce. Aussi je ne dirai rien des avantages de votre naissance, ni de votre courage, qui l'a si dignement soutenue dans la profession des armes, à qui vous avez donné vos premières années; ce sont des choses trop connues de tout le monde. Je ne dirai rien de ce prompt et puissant secours que reçoivent chaque jour de votre main tant de bonnes familles rui.'iées par les désordres de nos guerres; ce sont des choses que vous voulez tenir cachées. .le dirai seulement un mol de ce que vous avez particulièrement de commun avec Auguste : c'est que cette générosité qui compose la

CINNA

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