‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 136 sur 788 · C IN N'A · texte numérisé non relu

C IN N'A

Non pas qu'elle vous croie avoir trop acheté. Des maux qu'elle a soufferts elle est trop bien payée; Mais une juste peur lient son âme effrayée : Si, jaloux de son heur, et las de commander. Vous lui rendez un bien qu'elle ne peut f^arder. S'il lui faut à ce [irix eii ;ieheter un aulri'. Si vous ne préférez son intérêt au votre, Si ce funeste don la met au dé'sespoir. Je n'ose dire ici ce que j'ose prévoir. (Conservez-vous, seigneur, en lui laissant un niallie Sous qui son vrai bonheur commence de renaître; Et, pour mieux assurer le bien commun de tous. Donnez un successeur qui soit digne de vous.

AUGUSTE

N'en délibérons ])lus. celte pilié l'emporte.

Mon repos m'est bien cher, mais Rome est la plus forte;

El, quelque grand malheur qui m'en puissr arriM'r,

Je consens à nie perdre afin de la sauver.

Pour ma tranquillité mon cœur en vain soupire :

Cinna, par vos conseils, je retiendrai l'empire;

Mais je le retiendrai pour vous en faire part, [fard.

Je vois Irop que vos cœurs n'ont point pour moi de

Et que chacun de vous, dans l'avis qu'il me donne,

Regarde seulement l'Êlal et ma personne.

Voire amour en tous deux fait ce combat d'esprits.

Et vous allez ions deux en recevoir le prix.

Maxime, je vous fais gouverneur de Sicile,

Allez donner mes lois à ce terroir fertile :

Songez que c'est pour moi que vous gouvernerez.

Et que je répondrai de ce que vous ferez.

Pour épouse, Ciiiua. je vous donne ^Emilie;

Vous savez qu'elle tient la ]ilace de Julie,

Et que si nos malheurs et la nécessité

-M'ont fait Irailcr son père avec sévérili-,

.Mon épargne depuis en sa faveur ouverte

Doit avoir adouci l'aigreur de cette perte.

Voyez-la de ma part, lâchez de la gagner :

Vous n'êtes point pour elle un homme à dédaigner:

De l'offre de vos vceux elle sera ra\ie.

Adieu : j'en veux porter la nouvelle à Livie.

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