‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 148 sur 788 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

AUGUSTE

Ciel, à qui voulez-vous désormais que je lie

Les secrets de mon ùiiie et le soin de ma vie?

Reprenez le pouvoir (|ue vous m'avez commis,

Si, donnant des sujets, il ùte les amis.

Si tel est le destin des grandeurs souxeraiiies

Que leurs plus grands bienfaits u'attirentquedeshai-

Et si votre rigueur les condamne à chérir [nés.

Ceux que vous animez à les faire périr. [dre.

Pour elles rien n'est sûr ; qui peut tout doit tout crain-

Rentre en toi-même. Octave, et cesse de te plaindre. Quoi ! tu veux qu'on t'épargne, et n'as rien épargné ! Songe au fleuve de sang où ton bras s'est baigné. De combien ont rougi les champs de Macédoine, Combien en a versé la défaite d'Antoine, Combien celle de Sexte, et revois tout d'un temps Pérouse au sien noyée, et tous ses habitants; Remets dans ton esprit, après tant de carnages, De tes proscriptions les sanglantes images. Où toi-même, des tiens devenu le bourreau, Au sein de ton tuteur enfonças le couteau, Et puis ose accuser le destin d'injustice Quand tu vois que les tiens s'arment pour ton sup- Et que, par ton exemple à ta perte guidés, Iplice, Ils violent des droits que tu n'as pas gardés! Leur trahison est juste, et le ciel l'autorisç : Quitte ta dignité comme tu l'as acquise; Rends un sang infidèle à l'infidélité.

Et souffre des ingrats après l'avoir été.

Mais que mon jugement au besoin m'abandonne I Quelle fureur, Cinna, m'accuse et te pardonne? Toi, dont la trahison me force à retenir Ce pouvoir souverain dont lu me veux punir. Me traite en criminel, et fait seule mon crime, Relève pour l'abattre un trône illégitime,

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CINXA.

Kl, d'un zelc ffl'ronti'; cuuvraiit son allLMilal, S'oppose, pour me perdre, au bonlieur de KKlal? Donc jusqu'à l'oublier je ])ourrais me contraindre! Tu vivrais en repos après m'avoir fait craindre I Non, non, je nie trahis moi-même d'y penser: Qui pardonne aisément invite à l'offiMiser; l'unissons l'assassin, proscrivons les complices.

iMaisipioi! toujoursdu sang,el toujours des suppli- Ma cruauté se lasse, et ne peut s'arrêter; |cesl

Je veux me faire craindre, et ne fais qu'irriter. Itonie a pour ma ruine une hydre trop fertile : Une tête coupée en fait renaître mille, Et le sang répandu de mille conjures Rend mes jours plus maudits, et non plus assurés. Octave, n'attends plus le coup d'un nouveau Brute; Meurs, et dérobe-lui la gloire de ta chute; Meurs; tu ferais pour vivre un lâche et vain elïort. Si tant de gens de cœur l'ont des \œu\ pour ta mort. Et si tout ce que Rome à d'illustre jeunesse Pour te faire périr tour à tour s'intéresse; Meurs, puisque c'est un mal que tu ne peiix guérir: Meurs enfin, puisqu'il faut ou tout perdre ou mourir. La vie est peu de chose, et le peu qui t'en reste Ne vaut pas l'acheter par un prix si funeste ; ftleurs, mais quitte du moins la vie avec éclat. Éteins-en le flambeau dans le sang de l'ingrat, \ toi-même en mourant immole ce perfide ; Contentant ses désirs, punis son parricide; Fais un tourment pour lui de ton propre trépas. En faisant qu'il le voie et n'en jouisse pas; Mais jouissons plutôt nous-même de sa peine: Et, si Rome nous hait, triomphons de sa haine.

0 Romains! ô vengeance! o pouvoir absolu! 0 rigoureux combat d'un cœur irrésolu Oui fuit en même temps tout ce qu'il se (U'opose! D'un prince malheureux ordonnez quelque cho.^e. Qui des deux dois-je suivre, et duquel m'éloigner'.' Ou laissez-moi périr, ou laissez-moi régner.

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