‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 179 sur 788 · ALLIX · texte numérisé non relu

ALLIX

Tout le monde vous plaint.

On ne sait pas les maux dont mon cœur est alleini ;

De pensers sur pensers mon âme est agitée,

De soucis sur soucis elle est inquiétée;

Je sens l'amour, la haine, et la crainte, et l'espoii^,

La joie et la douleur tour â tour l'émouvoir;

J'entre en des sentiments qui ne sont pas croyables;

J'en ai de violents, j'en ai de pitoyables;

J'en ai de généreux qui n'oseraient agir;

J'en ai même de bas, et qui me font rougir.

J'aime ce malheureux que j'ai choisi pour gendre.

Je bais l'aveugle erreur qui le vient de surprendre;

Je déplore sa perle, et, le voulant sauver.

J'ai la gloire des dieux ensemble à conserver;

Je redoute leur foudre et celui de Décie;

Il y va de ma charge, il y va de ma vie.

Ainsi tantôt pour lui je m'expose au trépas.

Et tantôt je le perds pour ne me perdre pas.

ALBIN

Décie excusera lamilié d'un beau-père;

Et d'ailleurs Polyeucte est d'un sang qu'on révère.

FÉLIX

A punir les chrétiens son ordre est rigoureux ; Et plus l'exemple est grand, plus il est dangereux : On ne dislingue point quand l'offense est publique; Et, lorsqu'on dissimule un crime domestique, Par quelle autorité peut-on, par quelle loi, Châtier en autrui ce qu'on souffre chez soi?

ALBIN

Si vous n'osez avoir d'égard à sa personne. Écrivez à Décie afin qu'il en ordonne.

FÉLIX

Sévère nie perdrait, si j'en usais ainsi :

Sa haine et son pouvoir font mon plus grand souci.

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