SÉVÈRE, FABIAN
SÉvtP.E.
iju'est ceci, Fabian? quel nouveau coup de fondre Tombe sur mon bonheur et le réduit en poudre'.' Plus je l'estime près, plus il est éloigné; Je trouve tout perdu quand je crois tout gagné; El toujours la fortune, à me nuire obstinée. Tranche mon espérance aussitôt qu'elle est née; Avant qu'offrir des vœux je reçois des refus : Toujours triste, toujours et honteux et confus De voir que làLliemenl elle ait osé renaître; iju'encor plus lâchement elle ait osé paraître; Et qu'une fenune enfin dans la calamité .Me fasse des leçons de générosité.
Votre belle àme est haute autant que malheureuse,' Mais elle est inhumaine autant que généreuse, Pauline; et vos douleurs avec trop de rigueur D'un amant-tout à vous tyrannisent le cœur. C'est donc peu de vousperdre, il faut que je vousdonne; Que je serve un rival lorsqu'il vous abandonne; ;
Et que, par un cruel et généreux effort, Pour vous rendre en ses mains je l'arrache à la mort.
FABIAN
Laissez à son destin cette ingrate famille; Qu'il accorde, s'il veut, le père avec la fille, Polyeucte et l'élix, l'épouse avec l'époux : D'un si cruel effort quel prix espérez-vous?
SÉVÈKE.
La gloire de montrer à cette âme si belle Que Sévère l'égale et qu'il est digne d'elle. Qu'elle m'était bien due, et que l'ordre des cieux En me la refusant m'est trop injurieux.
FABIAN. j
Sans accuser le sort ni le ciel d'injustice, '
Prenez garde au péril qui suit un tel service; Vous hasardez beaucoup, seigneur, pensez-y bien. Quoi '. vous entreprenez de sauver un chrétien !
ACTr V, SCI' M'; i.
1 Ji
Pouvez-vous ignorer pour cette secto inipii" (juelle est cl fut toujours la haine de Décie? C'est un ciinie vers lui si grand, si capital, Qu'à votre faveur niênie il peut être fatal
si'.vtnE.
Cet avis serait lion pour ([uelquc ànie commune. S'il tient entre ses mains ma vie et ma fortune, Je suis eiicor Sévère, et tout ce grand pouvoir Ne peut rien sur ma gloire et rien sur mon devoir. Ici l'honneur m'oblige, et j'y veux satisfaire: (Ju'après le sort se montre ou propice ou contraire, Comme son naturel est toujours inconstant, Périssant glorieux, je périrai content.
Je te dirai bien plus, mais avec confidence : La secte des chrétiens n'est pas ce que l'on jiense; On les hait; la raison, je ne la connais point; Et je ne vois Décie injuste qu'en ce point. Par curiosité j'ai voulu les connaître : On les tient pour sorciers dont l'enfer est le maître; Et sur cette croyance on punit du trépas Des mystères secrets que nous n'entendons pas. âlais Cérès Éleusine, et la bonne déesse, Ont hnirs secrets comme eux à Rome et dans la Grèce ; Encore impunément nous souffrons en tous lieux. Leur itieu seul excepté, toute sorte de dieux : [liome; Tous les monstres d'Egypte ont leurs temples dans Nos aïeux à leur gré faisaient un dieu d'un homnie; Et, leur sang parmi nous conservant leurs erreurs. Nous remplissons le ciel de tous nos empereurs : Mais, à parler sans fard de tant d'apothéoses, L'effet est bien douteux de ces métamor|ihoses.
Les chrétiens n'ont qu'un Dieu, maître absohi de De qui leseul vouloirfait toutce qu'il résout : [tout, Mais, si j'ose entre nous dire ce qu'il me semble, Les nôtres bien souvent s'accordent mal ensemble; Et, me dût leur colère écraser à tes yeux, 'Nous en avons beaucoup pour être de vrais dieux. Enfin chez les chrétiens les mœurs sont innocentes, Les vices détestés, les vertus florissantes; Ils font des vœux pour nous qui les persécutons. Et, depuis tant de teujps que nous les tourmentons, Les a-t-on vus mutins? les a-t-on ^ us rebelles? Nos princes ont-ils eu des soldats plus fidèles? Furieux dans la guerre, ils souffrent nos bourreaux; El, lions au combat, ils meurent en agneaux. J"ai trop de pitié deux pour no les pjs défendre. Allons trouver Félix; commen(;ons par son gendre; Et contentons ainsi, d'une seule action, El Pauline, et ma gloire, et ma compassion.