ACTE IV. SCLNK IV
Et que nicwi iil'ur n e>t point à l'ipreuve des traits Ni de tant de vertus ni de tant de bienfaits. Mais, hélas! ce haut rang, cette illustre naissance, Cet Etat de nouveau rangé sous ma puissance. Ce sceptre par vos mains dans les miennes remis, A mes vœux innocents sont autant d'ennemis. Ils allument contre eux une implacable haine : Ils me l'ont méprisable alors iju'ils me font reine; Et, si Home est encor telle qu'auparavant. Le trône où je me sieds m'abaisse en m'élevant; Et ces marques d'honneur, comme titres infâmes, Me rendent à jamais indigne de vos llamnies. J'ose encor toutefois, voyant votre pouvoir, l'ermettre à mes désirs un généreux espoir. Apréstant de combats, je sais qu'un si grand homme A droit de triompher des caprices de Home, Et que l'injuste horreur qu'elle eut toujours des rois Peut céder, par votre ordre, à de plus justes lois; Je sais que vous pouvez forcer d'autres obstacles : Vous me l'avez promis, et j'attends ces miracles. Votre bras dans Pharsale a fait de plus grands coups, Et je ne les demande à d'autres dieux qu'à vous.
CÉSAH.
Tout miracle est facile où mon amour s'applique. Je n'ai plus qu'à courir les côtes de l'Africiue, Qu'à montrer mon drapeau au reste épouvanté Du parti malheureux qui m'a persécuté:
[tome, n'ayant plus lors d'ennemis à me faire. Par impuissance enfin prendra soin de me plaire ; Et vos yeux la verront, par un superbe accueil-. Immoler à vos pieds sa haine et son orgueil. Encore une défaite, et dans Alexandrie Je veux que celte ingrate en ma faveur vous prie; Et qu'un juste respect, conduisant ses regards, A votre chaste amour demande des Césars. C'est l'unique bonheur où mes désirs prétendent: C'est le fruit que j'attends des lauriers qui m'atten-
[dent :
Heureux, si mon destin, encore un peu plus doux. Me les faisait cueillir sans m'éloigner de vous! Mais, las! contre mon feu mon feu me sollicite. Si je veux être à vous, il faut que je vous quitte. En quelques lieux qu'on fuie, il me faut y courir Pour achever de vaincre et de vous conquérir. Permettez cependant qu'à ces douces amorces Je prenne un nouveau cœur et de nouvelles forces, Pour faire dire encore, aux peuples pleins d'effroi, Que venir, voir, et vaincre, est même chose en moi.
CLÉUPATRE.
C'est trop, c'est trop, seigneur, souffrezque j'en abuse: Votre amour fait ma faute il fera mon excuse.
Vous me rendez le sceptre, et peut-être le jour: Mais, si j'ose abuser de cet excès d amour, [mes,
Je vous conjure encor, par ces plus puissants char- Par ce juste bonheur qui suit toujours vos armes. Par tout ce que j'espère et que vous attendez, De n'ensanglanter pas ce que vous me rendez. Faites grâce, seigneur, ou souffrez que j'en fasse, Et montre à tous par là que j'ai repris ma place.
Achillas et Photin sont gens à dédaigner; Ils sont assez punis en me voyant régner :' Et leur crime...
CKSAR.
Ah ! prenez d'autres marques de reine : Dessus mes volontés vous êtes souveraine; Maij, si mes sentiments peuvent être écoutés. Choisissez des sujets dignes de vos bontés. Ne vous donnez sur moi qu'un pouvoir légitime. Et ne me rendez point complice de leur crime. C'est beaucoup que pour vous j'ose épargner le roi, El si mes feux n'étaient...
CÉS.\R. CORNF.ME, CLÉOP.\TRE, ACllOllÉli, .\.NT01M;, LÉt'lDE, CHAUMION, eomaiss.
COBXÉLIE.
César, prends garde à loi :
Ta mort est résolue, on la jure, on l'apprête ; A celle de Pompée on veut joindre ta tête. Prends-y garde. César, ou ton sang répandu Bientôt parmi le sien se verra confondu. Mes esclaves en sont; apprends de leurs indic"> L'auteur de l'attentat, et l'ordre, et les complices ; Je te les abandonne.
cÉSAl;.
0 cœur vraiment romain.
Et digne du héros qui \ous donna la main ! Ses mânes; qui du ciel ont vu de quel courage Je préparais la mienne à venger son outrage. Mettant leur haine bas. me sauvent aujourd'hui Par la moitié qu'en teire il nous laisse de lui. 11 vit. il \it encore en l'objet de sa flamme. Il parle par sa bouche, il agit dans son âme; Il la pousse el l'oppose à cette indignité Pour me vaincre par elle en générosité.
CORKÉLIE.
Tu te Haltes, César, de mettre en ta croyance
Que la haine ait fait place à la reconnaissance :
Ne le présume plus; le sang de mon époux
A rompu pour jamais tout commerce entre nous.
J'attends la liberté qu'ici tu m'as offerle
Afin de l'employer tout entière à ta perte;
Et je te chercherai partout des ennemis.
Si tu m'oses tenir ce que tu m'as promis.
Mais, avec cette soif que j ai de ta ruine.
Je me jette au-devant du coup qui t'assassine,
Et forme des désirs avec trop de raison
Pour en aimer l'effet par une trahison :
Qui la sait et la souffre a part à l'inlamie.
Si je veux ton trépas, c'est en juste enneinie :
Jlon époux a des lils; il aura des neveux :
Quand ils le combattront, c'est là que je le \eu\,
Et qu'une digue main par moi-même animée,
Dans ton champ de b:itaille. aux yeux de ton armée,
T'immole noblement el parmi digne effort
.\ux mânes du héros dont tu \eii''es la mort.
ISO
POMI'fi lî.
Tous mes soins, tous inesva'UX, liàtejitcfUc vpnf,'ean-
Ta porte la reculi', et ton salut l'avance. [ce :
Quelque espoir qui (l'ailleiirsuieroseou puisse offrir,
Ma juste injpatience aurait trop à souffiii' :
La vengeance (éloignée est à demi jierdue;
Kt, quand il faut l'attejidre, elle est trop cher vendue.
Je n'irai point chercher sur les bords africains
Le foudre souhaité que je vois en tes mains;
La li:c qu'il menace en doit être frappée :
J'ai pu donner la tienne au lieu d'elle à l'ompée;
Ma haine avait le elniiv; mais cette haine enlin
Sépare son vainqueur d'avec son assassin,
L't ne croit avoii- droit de punir ta victoire
(Jn'aprés le châtiment d'une action si noire.
Rome le veut ainsi; son adorable front
Aurait de quoi rougir d'un trop honteux affront,
De voir en même jour, après tant de conquêtes,
Sous un indigne fer ses deux, plus nobles tètes.
Son grand cunir, qu'à tes lois en vain lu crois soumis,
Ln veut aux criminels plus qu'à ses ennemis
Kt tiendrait à malheur le bien de se voir libre
Si l'atlentat du .Ml affranchissait le Tibre.
Comme autre qu'un Romain n'a pu l'assujellii-,
.\utre aussi qu'un Romain ne l'en doit garantir.
Tu tomberais ici sans être sa victime;
;\u lieu d'un châtiment la mort serait un crime;
Et, sans que tes pareils en conçussent d'effroi.
L'exemple que tu dois périrait avec loi.
Venge-la de l'Lgypte à son appui falale.
Et je la vengerai, si je puis, de Pharsale. .
Va, ne perdspoint de temps, il presse, .\dieu: tu peux
Te vanter qu'une fois j'ai fait pour toi des vo'iix.