‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 228 sur 788 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

DOnANTE, CLARICE, LUCnÈCE, ISAliKLLE CLARICt:, élisant un faux pj< H cumine se hiNsaiu choir.

.Ay!

liORANTi^, lui ilotiiiaiU la UKiiii.

Ce nialbeur me rend un favorable oflice, Puisqu'il me donne lieu de ce petit service; Et c'est pour moi, madame, un bonbeur souverain Que cette occasion de vous donner la main.

CLAIlICt:.

L'occasion ici fort peu vous favorise,

Et ce faible bonheur ne vaut pas qu'on le prise.

11 est vrai, je le dois tout entier au basard ; Mes soins ni vos désirs n'y prennent point de part; • Et sa douceur mêlée avec cette amertume Ne me rend pas le sort plus doux que de coulume. Puisque enfin ce bonbeur, que j'ai si fort prisé, A mon peu de mérite eût été refusé.

CLARICE

S'il a perdu sitôt ce qui pouvait vous plaiie, Je veux être à mon tour d'un sentiment contraire, Et crois qu'on doit trouver plus de félicité A posséder un bien sans l'avoir mérité.

J'estime plus un don qu'une reconnaissance; (Jui nous donne fait plus que qui nous récompense; Et le plus grand bonbeur au mérite rendu Ne fait que nous jiaycr de ce qui nous est dû. La faveur qu'on mérite est toujours achetée; L'heur en crott d'autant plus, moins elle est méritée; Ft le bien où sans jjeine elle fait parvenir Par le mérite à peine aurait pu s'obtenir.

niiKAMK.

Aussi ne croyez pas (jne jamais je prétende

Obtenir par mérite un(! faveur si grande :

.l'en sais mieux le haut prix ; et mon cœur amoureux,

.Moins il s'en connalldigne, et plus s'en tient heureux,

On me l'a pu toujours dénier sans injure;

Et, si, la recevant, ce cœur même en inurmun ,

Il se plaijit du malheur de ses félicités.

Que le hasard lui donne, et non vos volontés.

l'n amant a fort peu de quoi se satisfaire

Iles faveurs qu'on lui fait sans dessein de l>'s faire;

Comme l'intention seule en forme le prix.

Assez souvent sans elle on les joint au mépris.

Jugez par là quel bien peut recevoir ma flamme

D'une main qu'on me donne en me refusant l'âme.

Je la tiens, je la touche et je la touche en vain,

Si je ne puis toucher le cœur avec la main.

CLARIC.K.

Cette llamnie, monsieur, est pour moi fort nouvelle, Puisque j'en viens de voir la première étincelle. .Si votre cœur ainsi s'embrase en un moment, Le mien ne sut jamais brûler si promptemont; Mais peut-être, à présent que j'en suis avertie, Le temps doniun-a place à plus de sympathie. Confessez cependant qu'à tort vous murmurez Du mépris de vos feux, que j'avais ignorés.

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