‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 236 sur 788 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

CLAtilCE, ALCIPPE.

ALCIPPE

Ah! Clarice! ab! Clarice! inconstante! volagcl

CLABICE, 9 )>.iil, le iiremicr vers.

Aurait-il deviné déjà ce mariage?

LE MliNTEUll.

Alcijipo, i|ii'a\ez-V(iiis'.' qui vous l'ail soupirer?

ALCiri'E.

(.'e que j'ai, déloyale! elil pcux-lu l'ignorer? Parle à la conscience, elle devrait fapprendre...

CLAllICt:.

Parlez un p''u plus has, mon père va descendre.

AI.CIPPE

Ton père va descendre, âme double et sans fui! Oonfcsse (jue tu n'as un père que pour moi. La nuit, sur la rivière...

CLARICE

Eli bien, sur la rivière!

La nuiti (juoi'.' i|u'est-ce enfin?

ALCiri'E.

Oui, la nuit tout entière.

CLARICE

Après?

ALCIPPE

(Juoi! sans rnugir?...

CLARICE

Rougir! à quel propos?

ALCIPPE

Tu ne meurs pas de honte, entendant ces deux mots!

CLARICE

Mourir pour les entendre! et qu'ont-ils do funeste '

ALCIPPE

Tu peux donc les ou'ir et demander le reste? Ne saurais-tu rougir si je ne te dis tout?

(Juoi, tout?

ALCIPPE

Tes passe-temps, de l'un à l'autre bout.

CLARICE

Je meure, en vos discours si je puis rien comprendre !

ALCIPPE

Quand je le v.eux parler, ton père va descendre, Il t'en souvient alors; le tour est excellent: Mais pour passer la nuit auprès de ton galant...

CLARICE

Alcippe, êtes-vous fou.'

ALCIPPE

Je n"ai plus lieu de l'être, A présent que le ciel me fait te mieux connaître. Oui. pour passer la nuit en danses et festin. Etre avec ton galant d« soir jusqu'au matin (Je ne parle que d'hier), tu n'as point lors de père.

CLARICE

Rêvez- vous? railloz-vous? et quel est ce mystère?

ALCIPPE

Ce mysière est nouveau, mais non pas fort secret. Choisis une autre fois un amant plus discret; Lui-même il m'a tout dit.

CLARICE

Qui, lui-même?

CLARICE

Dorante !

ALCIPPE

Continue et fais bien l'ignorante.

CLARICC.

Si je le vis jamais, et si je le coniioi!...

ALCIPPE

Ne vieiis-je pas de voir son père avecque loi? Tu passes, infidèle, âme ingrate et légère, La nuit avec le fils, le jour avec le père!

CLAP.ICE

Son jière, de vieux temps, est grand ami du mien.

ALCIPPE

Cette vieillo ainitii' faisait votre entretien? Tu te sens convaincue, et tu m'oses répondre! Te faut-il quelque chose encor pour te confondre?

CLARICE

Alcippe, si je sais quel visage a le lils...

ALCIPPE

La nuit était fort noire alors que tu le vis. 11 ne t'a pas donné quatre chœurs de musique, Une collation superbe et magnifique, Six services de rang, douze plats à chacun! Son entretien alors t'était fort impor un? Quand ses feux d'artifice éclairaient le rivage, Tu n'eus pas le loisir de le voir au visage? Tu n'as pas avec lui dansé jusques au jour? Kt tu ne l'as pas vu pour le moins au retour? T'en ai-je dit assez? Rougis et meurs de honte!

CLARICE

Je ne rougirai point pour le récit d'un conte.

ALCIPPE

Quoi! je suis donc un fourbe, un bizarre, un jaloux!

CLARICE

Quelqu'un a pris plaisir à se jouer de vous, Alcippe, croyez-moi.

ALCIPPE

Ne cherche point d'excuses; Je connais tes détours et devine tes ruses. Adieu : suis ton Dorante cl l'aime désormais; Laisse en repos Alcippe et n'y pense jamais.

CLARICE

Écoutez quatre mots.

ALCIPI'E.

Ton père va descendre.

CLARICE

Non, il ne descend point, et ne peut nous enlendic, Et j'aurai tout loisir de vous désabuser.

ALCIPPE

Je ne l'écoute point, à moins que m'épouser, A moins qu'en aitendant le jour du mariage M'en donner ta parole et deux baisers en gage.

CLARICE

Pour me justifier vous demandez de moi,

ALCIPPE

Deux baisers, et ta main, et ta foi.

CLARICE

Que cela?

ALCIPPE

Résou5-toi, sans plus me faire alleiidre.

ACÏi: II. SCÈNE V.

CLABICË.

Je liai pas le loisir, mon père va descendre.

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