ACTE I, SCÈNR H
nni\AME.
Que veut-elle?
LVJr:.
l'iic (lamo Vous offre encclto lettre un ciHiirlmii plein tic lia ni nie.
DORANTE
Vne (lame?
CLITON
Lisez sans faire de tarons:
Dieu nous aime, monsieur, comme iKius sommes bons; V.l ce n'est ]ias là tout, l'ainonr ouvre son coffre. Kl l'argent (lu'elletieiil vautbien le cœurqu'elle offre.
IiliRASIF, lil.
« .\u liruit du monde qui \ous conduisait prison- « nier, j'ai mis les yeux à la fenêtre, et vous ai « trouvé de si bonne mine, que mon cœur est allé « dans la même prison que vous et n'en veut point u sorlir tant que vous y serez. Je ferai mon possible « pour vous en tirer au plus tôt. i:ependant obligez- « moi de vous servir de ces cent pistoles ijue je v ous « envoie; vous en pouvez avoir besoin en l'état où « vous êtes, et il m'en demeure assez d'autres à « voire service. »
(Donnilc coiuinne.)
Dette lettre est sans nom.
CLlTdN.
Les mots en sont francois.
IMs-iiKii, sont-ce louis ou pistoles de poids?
nORiNTE.
Tais-toi.
LVSE, j Duianle.
Pour ma maîtresse il est de conséquence fie vous taire deux jours son nom et sa naissance; Ce secret trop tôt su peut la perdre d'honneur.
DOBAXTE.
Je serai cependant aveugle en mon bonheur? Et d'un si grand bienfait j'ignorerai la source?
CLITON, il Dorante.
(Curiosité bas, prenons toujours la bourse. .Souvent c'est perdre tout (|ue vouloir tout savoir.
LVSE, à Doi.inlo.
Puis-je la lui dunner?
CLlTOIi, à Lyse.
" Donne, j'ai tout pouvoir.
Quand même ce serait le trésor de Venise.
DOUANTE.
Tout beau, tout beau, Cliton, il nous faut...
CLITON
Lâcher prise? Quoi! c'est ainsi, monsieur...
Dor.ANTE.
Parleras tu toujours?
CLITON
Et voulez-vous du ciel renvoyer le seccîUrs?
nORAXTE.
Accepter de l'argent porte en soi quelque honte.
CLITON. [compte.
Je m'en charge pour vous, et la prends pour mon-
DORANTE, S IjTse.
Ecoule un mol.
CLITO.V, à pari.
Je tremble, il va la refuser.
DliRïNTE.
Ta maîtresse m'oblige.
CLITON, à part.
Il en veut mieux user.
Oyon.s.
DORANTE
Sa courtoisie est extrême et m'étonne; Mais...
CLITON, à paît.
Le diable de inaisi
Mais qu'elle me pardonne...
CLITON, à part.
Je me meurs, je suis mort!
DORANTE
Si j'en change l'effet.
Et reçois comme un prêt le don qu'elle me fait.
CLITON, a part.
Je suis ressuscité; prêt ou non, ne m'importe.
DORANTE, à Cliton, et puis à Lyse.
Prends. Je le lui rendivi même avant que je .sorte.
CLITON, à Lyse.
Écoute un mot : tu peux t'en aller à l'instant. Et revenir demain avec encore autant.
Et vous, monsieur, songez à changer de demeure. Vous serez innocent avant qu'il soit une heure.
DOUANTE, à Clilon, et puis à Lyse.
Ne me romps plus la tête; et toi, tarde un moment; J'écris à ta maîtresse un mot de compliment.
^Dorante va édire sur la lal)le.) CIITON.
Ilirons-nous cependant deux mots de guerre ensemi.vsE. [ble?
Disons.
CLITON
Contemple-moi.
Toi ?
CLITON
Oui, moi. Que t'en seinlih^?
Dis.
LÏSE.
Que tout vert et rouge, ainsi qu'un perinqui-l, Tu n'es que bien en cage, et n'as que du caquet.
CLITOX.
Tu ris. Celle action, qu'est- elle?
LVSE.
Ridicule.
CLITON
Et celte main?
LVSE.
De taille à bien ferrer la mule.
CLITON
Celte jambe, ce pied?
T.A sriTi: nu Jiii.NTtUR.
LYSE
Si tu sors des prisons, Dignes de t'inslaller aux Petites-Maisons.
CMION.
Ce front?
lYSE.
Est lin peu i-ivuv.
cm ON.
Cette tète?
USE
Vn pou l'iilli'.
CLITOX.
Co ton (le V(ii\ onfin avec cette parole?
Ali ! c'est là que mes sens ilemeureiit élunnés : I.c ton (le voi\ est rare, aussi bien que le nez.
CLIION.
Je meure! Ion humeiii- me semble sijVlie, Que tu vas me résoudre à faire une folie. Tùuclie, je veux t'aimer, tu seras mon souci : Nos maîtres font l'amour, nous le ferons aussi. J'aurai mille beaux mots Ions les jours à te dire: Je coucherai de feux, de sanjilots, de martyre; Je te (lirai : « Je meurs, je suis dans les abois, <( Je lirùle... »
LVsE.
Et tout cela de ce beau ton de voix?
Ah! si tu m'entreprends deux jours de cette sorte. Mon cœur est déconfit, et je me tiens pour morte; Si tu me veux en vie, affaiblis ces attraits. Et retiens pour le moins la moitié de leurs traits.
Tu sais même charmer alors que tu te moques. Gouverne doucement l'àine que lu m'escroques. On a traité mon maîlre avec moins de rigueur; On n'a pris que sa bourse, eltu prends jusqu'au cœur.
LVSE.
Il est riche, ton maîlre?
CLITON
Assez.