‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 3 sur 788 · SL1'PLÉ.ME.\T A LA VIE LIE V. CORNEILLE · texte numérisé non relu

SL1'PLÉ.ME.\T A LA VIE LIE V. CORNEILLE

haut que son ail peut atleiiulre. A la fiji il s'affaiblit, «"■■teint peu à peu et n'est plus semljlalile à kii-iiièine que par iiilei'\ ailes.

Après Surnia, qui fui joué en lOT.'i, M. Corneille renonea tout de bon au iLéàtre, et ne. pensa jilus qu'à iMOurir elirétieiiueineut. 11 ne fut pas nièuie eu élat d'y penser beaucoup la dernière année de sa vie.

Je n'ai pas cru devoir iulerroiupre la suite de ses prands ouvrages pour parler de quel.|ues autres beaucoup moins considérables qu'il a donnés de temps en temps. Il a fait, étant jeune, quelques petites pièces de galanterie, qui sont répandues d ns des recueils. On a encore de lui quelques petites pièces de cent ou de deux cents vers au roi, soit pour le féliciter de ses victoires, soit pour lui demander des grâces, soit pour le remercier de celles qu'il en avait reçues. Il a traduit deux ouvrages latins du pè:e de la Rue, tous deux d'assez longue baleine, et plusieurs petites j)iéces de M. de Santeuil. Il eslinuiit extrêmement ces deux poètes. Lui-même faisait fort bien des vers latins, et il eu lit sur la campagne de Flandre, en UlnT, qui parurent si beaux, qi'e, nonsenlem.ent plusieurs personnes les mirent en français, mais que les meilleurs poètes latins en prirent 1 idée et les mirent encore en latin.

Il avait traduit sa première scène de Pompce en vers du style de Sénèque le tragique, pour lequel il n'avait pas d'aversion, non plus que pour Lucain. Il fallait aussi qu'il n'eu eût pas pour ï^tace, fort inférieur à Lucain, puisqu'il en a traduit en vers et publié les deux preiniers livres de la Thcbuïde. lis ont écbappé à toutes les rechercbes qu'on a faites depuis un temps pour en retrouver quelque exemplaire.

M. Corneille était assez grand 1 1 assez plein; l'air fort simple et fort commun: toujours négligé et peu curieux de son extérieur. Il avait le visage assez agréable, un grand nez, la bouche belle, les i.cux pleins de feu, la pbysionomie vive, des traits fort marqués et propres à être transmis à la postérité dans une médaille ou dans un liu<te. Sa prononciation n'était pas tout à fait nette; il lisait ses vers avec force, mais sans grâce.

Il snvait les belles-lettres, l'bisloire, la pditique;

mais il les prenait prineip.ilement du cùté qu'elles ont rapport au théâtre. Il n'avait, pour toutes les autres connaissances, ni loisir, ni curiosité, ni beaucoup d'estime. 11 parlait peu, même sur la matière qu'il entendait si parfaitement. Il n'ornait pas ce qu'il disait; et, pour trouver le grand Corneille, il le fallait lire.

Il était mélancolique. II lui fallait des sujets plus solides pour espérer et pour se réjouir que pour se chagriner ou pour craindre. Il a\ait Ibumeur brusque, et quelquefois rude eu apparence; au fond il était très-aisé à ^ ivre, bon père, bon mari, bon parent, tendre et plein d'amitié. Son tempérauient le portait assez à l'amour, mais jamais au libertinage, et rarement aux grands attacbemenls. Il avait l'âme fiére et indépendante: nulle souplesse, nul manège: ce qui l'a rendu très-propre à peindre la vertu romaine et très-peu propre â faire sa fortune. 11 n'aimait point la cour; il y apportait un visage presque inconnu, un grand nom qui ne s'attirait que des louanges, et un mérite qui n'était point le mérite de ce pa\s-lâ.

liien n'était égal à son incapacité pour les affaires que son aversion ; les plus légères lui causaient de l'effroi et de la terreur. Quoique son talent lui eût beaucoup rapporté, il n'en était guère plus ricbe. Ce n'est pas qu'il eût été fâché de l'être; mais il eût fallu le devenir par une habileté qu'il n'avait pas, et par des soins qu'il ne pouvait prendre.

Il ne s'était point trop endurci aux louanges, à force d'en recevoir; mais, s'il était sensible à la gloire, il était fort éloigné de la vanité : quelquefois il se conliait trop peu à son rare mérite et croyait trop facilement qu'il put avoir des rivaux.

A beaucoup de probité naturelle il a joint, dans tous les temps de sa vie, beaucoup de religion et plus de piété que le commerce du monde n'en permet ordinairement. Il a eu sûu\ent besoin d'être rassuré par des casuistessur ses pièces de théâtre, et ils lui ont toujours fiiit grâce en faveur de la i)ureté qu'il avait établie sur la scène, des nobles sentiments qui régnent dans ses ouvrages, et de la vertu qu'il a mise jusque dans l'amour.

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