‹ Œuvres de P. et Th. CorneilleChapitre 2 sur 788 · VII-: DE r. r.OK.NEILLI · texte numérisé non relu

VII-: DE r. r.OK.NEILLI

iliiiiiiL' 11' preiiiii'i' une furiiie riiisuinalilL'; il lu poilo .i Sun plus haut point tlo perfi'clion, ri a laissé son si'fivt à i]ui s'en pourra soivir.

Axant qui- l'ou jouât folijciiclc, M. Cornoillo le lut à riuMel lie itaiiil)Ouillet , souverain trilninal des aliains d'esprit en ce temps-là. l.a pièce y fut apjilaudie autant que le demandaient la bienséance et la frrande réj)Utation cjuo l'auteur avait déjà, liais, juclques jours après, M. Voiture vint trouver S\. (.orneille et prit des tours fort délica!s pour lui dire que Pohjeiicle n'avait pas réussi comme il pensait ; que surtout le christianisme a\ait extrèmer.'iMit déplu. M Corneille, alarmé, voulut retirer la [lièce d'entre les mains des comédiens qui l'apjinnaienl ; mais enfin il la leur laissa sur la iuumIiî d'ua d'eniro eux, qui n'y jouait point parce qu'il étai'. Ir.op mauvais acteur. Ktait-ce d(mc à ce comédien ' à juger mieux que tout l'hùlel de Ranibouiilcl?

l'omiw suivit Polijciiclc. Ensuite \in.l le Mcnlciir, pièce comique, et presque entièrement prise de l'cspafjr.ol, selon la coutume de ce temps-là.

(Jnoique le Vcntcttr soif très-agréable, et qu'on l'apflaudissc encore aujourd'hui sur le théâtre, j'avoue que la comédie n'était point encore arrivée à sa perfeclion. Ce qui dominait dans les pièces, c'él:iit l'intrigue et les iniidenls, erreurs do nom, déguisements, lettres inlevceptées, aveninres nocturnes: et c'est pourquoi ou ])reiiait presque tous les sujets chez les Esjagnols, qui trior.iphent sur C'a ujatières. Ces pièces ne lais-aiejit pas d'èlre fort jdaisantes et pleines d'es|irit. Témoin le }k)ilciir, dorit nous parlons, Doit Bcrlniml ilc Ciijaral, le Gcôlici de foi-iiu'ii;e. Mais enlin la j)lus grande beauté de la comédie était inconnue : on ne songeait point au\ mœure et aux caractères; on allait chercher bien loin le ridicule dans des événements imaginés avec bc.iucoup de peine, et on ne s'avisait point de l'aller prendre dans le cœur humain, où est sa principale habitation. .Molière est le premier qui l'ait été chercher là, et celui qui l'a le niieux mis en œmre : iiomuie inimitable, et à qui la couiédie doit autant que la tragédie à .M. Corneille.

Comme le .Vch/c»)' eut beaucoup de succès, M. Corneille lui donna une Siiile, mais qui ne réussit guère. Il en découvre lui-même la raison dans 1rs examens qu'il a faits de ses pièces. Là il s'établit juge de ses propres ouvrages e! en parle avec un noble désintéressement, dont il tire en même teiiq)s le double fruit et de prévenir l'envie sur le mal qu'elle en pourrait dire, et de se rendre lui-iiiéme croxable sur II' bien qu'il en dit.

A la Suite du il/fu/cHC succéda Iknloyiinc. Il a écrit i|uelque part que, ])our trouver la plus belle de ses pièces, il fallait choisir entre Hodoyuue et Cinim; et ceux à qui il en a parlé ont démêlé sans beaucoup de peine qu'il était pour /.V/oi/hoc. Il ne m'appartient nullement de prononcer sur cela; mais peutêtre préférait-il [iodogiinc, parce qu'elle lui avait

* Il s':ippeluil UiiukToclie. 11 est aitlem- île qucluucs conicdics. Ili Comdlle mit sous son nom le Vcuil cl rEsy-r// i'otlct.

extrêmement coûh'. Il fut idusd'un an à di>po;er bî. sujet. Peut-être voulait-il, en metlari! son affection de ce côté-là, balancer celle du public, qui paruil êtiedc l'autre. Pour moi, si j'ose le dire, je ne mettrais point le différend entre Bodogiiûe et Cinna : il 'me parait aisé de choisir entre elles; et je connais quehjue pièce ' de M. Corneilie que je ferais passer o:.core avant la i)lus belle des deux.

On apprendra dans les examens de M. Corneille,, mieux que \\m ne ferait ici, Thistoirc de Thiodurc, iVllenicliiis, de Don Saiiche d'Aragon, iVAndronude, de yicomcde et de Pcrlharile On y verra pourquoi Théodore et Don Sanche réussirent fort peu, et jiourquoi Pcrlharile tomba absolument. On ne put soufl'rii', dans Théodore, la seule idée du péril de la proslitnlion ; et, si le public était devenu si délicat à qui M. Corneille devait-il s'en prendre qu'à lui-même'.' Avant lui, le viol réussissait dans les pièces de Uardv . Il maïKjua à Don Sunchc un suffrage illustre-, qui lui lit manquer tous ceux de la cour : exemple assez commun de la soumission des Français à de certaines autorités. Enfin, un mari (lui veut racheter sa femme en cédant un royaume fut encore, sans conqia raison . ]dus insupportable dans Pertharilc que la prostitution ne l'avait été dans Théodore. I,e bon mari n'osa se montrer au public que deux fois. Cette chute du grand Corneille peut être mise parmi les exemples les plus remarquables des x iiissitudes du monde ; et Bclisaire demandant l'aumône n'est pas plus étonnant.

Il se dégoûta du théâtre, et déclara qu'il y renouç it, dans une petite préface assez chagrine (ju'il mi; au devant de Perlhurite. Il dit pour raison qu'il commence à vieillir: et cette raison n'est que trop bonne, surtout quand il s'agit de. poésie et des autres talents de l'imagination. L'espèce d'esprit qui dépend de l'imagination , et c'est ce qu'on appelle communément e^)ril dans le monde, ressemble à la beauté, cl ne subsiste qu'avec la jeunesse. H est vrai que la vieillesse vient plus tard pour l'esprit, mais elle vient. Les plus dangereuses qualités qu'elle lui apporte sont la sécheresse et la dureté; et il y a des esprits qui eu sent naturellement plus susceptibles que d'autres, et qui donnent plus de prise aux ravages du temps : ce soni ceux qui avaient de la noblesse, de la grandeur, quelque chose de fier et d'austère. Cette sorte de caractère contracte aisément par les années je ne sais quoi de sec et de dur.

C'est à peu près ce qui arri\a à M. Corneille. H no perdit pas, en vieillissant, l'inimitable noblesse de son génie, mais il s'y mêla quelquefois un peu do dureté. H avait poussé les grands sentiments aussi loin que la natuie pouvait souffrir qu'ils allassent; il commença de temps en temps à les pousser un peu plus loin. Ainsi, dans Pcrlharile, une reine consent à épouser un tyran qu'elle déteste, pourvu iju'il égorge un fils unique qu'elle a, et que. par celle action, il se rende aussi odieux qu'elle soubaiti^ qu'il le soit. Il est aisé de voir que ce sentiment, au lieu

1 l'o'yeiicle.

- Ci;lui lie Louis Je TourljOD, luincc ilc CouJo.

VIE DE r. CORNEILLE.

d'rirc nobli', n'esl que dur; et )! uo faut pas trouver mauvais que le public uc lait pas giiiité.

t\\»vi l'criharite, M. Corneille, rebuté du théâtre, eiilreprit la traduction en vers de Vlmilation de Jesiis-Chrisi. Il y fut pirté par des pères jésuites de ses amis, par des sentiments de piété qu'il eut toute sa vie, et peut-être aussi par l'activité de son génie, qui ne pouvait demeurer oisif. Cet ouvrage eut un succès prodigieux et le dédommagea en toute manière d'avoir quitté le Ihéàtie. Cependant, si j'ose en parler avec une liberté que je ne devrais peut-é:re pas me permettre, je ne trouve point dans la liadu'tiun di' M. Corneille le plus grand charme de riniiliUion de Ji'f^its-ClirisL, je veux dire sa simplicité et sa naïveté. Elle se perd dans la pompe des vers qui était naturelle à M. (;orncille; et je crois même qu'absolunieiit ia forme des vers lui est contraire. Ce livre, le plus beau qui soit parti de la main d'un homme, puisque VEvunyilc n'en A icnt pas, n'irait pas droit au cœur comme il fait, et ne s'en saisirait pas avec tant de force, s'il n'avait un air naturel et tendre, à quoi la négligence même du slyle aide beaucoup.

n se passa six ans pendant lesquels il ne parut de Jl. Corneille que Vlmilalioii en vers. Mais enfin, sollicité par M. Fouquet, qui négocia en surintendant des (inancos, et peut-être encore plus poussé par son penchant naturel, il se rengagea au théâtre. iM. le surintendant, pour lui faciliter ce retour et lui oter toutes les excuses que lui aurait pu four- 'lir la difficulté de trouver des sujets, lui en proposa trois. Celui qu'il prit iulOEdipc; .M. Corneille, son frère, \iv\lCa)iima, qui était le second. .le m^ sais quel fut le troisième.

La réconciliation de M. Corneille et du tbràlrc fut heureuse : Œdipe réussit fort bien.

La Toison d'or fut faite ensuite à l'occasion du mariage du roi; et c'est la plus belle pièce à machines que nous ayons. Les machines, qui sont ordinairement étrangères à la pièce, deviennent, par l'art du poète, nécessaires à celles-là; et s\irtout le prologue doit servir de modèle aux prologues à la modeine, qui sont faits pour exposer, non pas le sujet de la pièce, mais l'occasion pour laquelle elle a été faite.

Ensuite parurent Scnoriits et Sophonisbe. Dans la première de ces deux pièces, la giandeur romaine éclate avec toute sa pompe; et l'idée qu'on jiourrait se former de la conversation de deux grands hommes qui ont de grands intérêts à démêler est encore surpassée par la scène de Pompée et de Sertorius. 11 semble que M. Corneille ait eu des mémoires particuliers sur les Romains. Soplionisbe avait déjà été traitée par .Mairet avec beaucoup de succès, et M. Corneille avoue qu'il se trouvait bien hardi d'oser le traiter de nouveau. Si Mairet avait joui de cet aveu, il en aurait été fort glorieux, même étant vaincu.

Il faut croire qu'.lr;<'5i/«s est de .M. Corneille, puisque son nom y est, et qu'il y a une scène d'Agésilas et de Lysaiider ([ui ne pourrait pas facilement être d'un autre.

.■\près Arjmlus vint Olhon, ouvrage où Tacite est

nn's en o'u\re par le grand CorneilK', et où se sont unis deux génies si sublimes. .M. Corneille y a peint la corruption de la cour des enq)ereurs du même pinceau dont il avait peint les vertus de la république.

Eu ce temps-là, des pièces d'un caractère fort différent des siennes parurent avec éclat sur le théâtre. Elles étaient pleines dr tendre.-se et de sentiments aimables. Si elles n'allaient pas jusqu'aux beautés sublimes, elles élaient bien éloignées de tomber dans des défauts cboquanis. Lue élévation (jui n'était pas Ju' premier degré, beaucoup d'anjour, un slyle tresagréable et d'une élégance qui ne se démentait point, une infinité de traits \ifs et naturels, un jeui e auteur : voilà ce qu'il fallait aux femmes, dont le jugement a tant d'autoriti' au Théâtre-Français. Aussi furent-elles charmées; et Corneille ne fut plus chez elles que le vieux Corneille. J'en excepte quelques femmes <iui valaient des hommes.

Le goût du siècle se tourna donc enlièrcment du côté d'un genre de tendresse moins noble, et dont le modèle se retrouvait plus aisément (Lins la plu|iart des ca.'urs. Jlais M. Corneille dédaigna fièrement d'avoir de la complaisance pour ce nouveau goût. Peut-être croira-l-on que son àgo ne lui permettait pas d'en avoir. Ce soupçon serait très-légilime si l'on no voyait ce qu'il a fait dans la Payelic' A''- .Molière, où, étant à l'ombre du nom d'autrui, il s'est abandonné à un excès de tendresse dont il n'uui'ait pas \oulu déshonorer son nom.

Il ne pouvait mieux braver son siècle qu'en lui donnant Mlila, digne roi des Huns. 11 règne dans celte pièce une férocité noble que lui seul pou\ait attraper. La scène où Attila délibère s'il se doit allier à l'Empire qui tombe, ou à la Franco qui s'élève, est une des plus belles choses qu'il ait faites.

Bérénice fut un duel dont tout le monde sait l'histoire. Une princesse ', fort touchée des choses d'esjirit, et qui eût pu les mettre à la mode dans un pays liarbare, eut besoin de beaucoup d'adresse pour faire tr luver les deux combattants sur le champ de bataille sans qu'ils sussent où on les menait. Mais à qui demeura la victoire? au plus jeune.

Il ne reste plus que Pulchérie et Snréna, tous deu.'c sans comparaison meilleurs que Uerniiee, tons deux dignes de la vieillesse d'un grand homme. Le caractère de Pulchérie est de ceux que lui seul pou\ait faire; et il s'est dépeint lui-même avec bien de la force dans Marlian, qui est un vieillard amoureux. Le cinquième acte de cette pièce est tout à fait beau.

On voit dans Snirna une belle peinture d'un homme que son trop de mérite et de trop grands services rendent criminel auprès de son maître; et ce fut par ce dernier effort que M. Corneille termina sa carrière.

La suite de ses pièces représente ce qui doit naturellement arriver à un grand homme qui pousse le travail jusqu'à la lin de sa vie. Ses commencenienis sont faibles et imparfaits, mais déjà dignes d'admiralion par rapport à son siècle. Ensuite il va aussi

* lîcniicUe-.\i»nc d'.ViiuU-lcrrc.

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